« Féministe » n’est pas un gros mot



Publié le 19 décembre 2015 à 10:40

Art de vivre

Les féministes veulent dominer les hommes : CLICHE. Un homme ne peut pas être féministe : CLICHE. Il n’y a qu’un seul courant féministe : CLICHE.
Mais alors : qu’est ce que le féminisme ? Comment se traduit un engagement féministe au quotidien ? Comment s’expriment les différents courants féministes ?


Bordeaux Gazette a interviewé Clarence Edgard-Rosa, auteure du blog féministe « Poulet Rotique » et journaliste notamment à Causette, afin de décortiquer ces questions et quelques points d’actualité marquants.
« Le féminisme est un mouvement politique ayant pour but l’émancipation des femmes et l’égalité des genres, que cela soit d’un point de vue politique, financier, économique ou social. » explique Clarence. Elle affirme que c’est un terme qui, à première vue, peut sembler très compliqué ; mais qui est pourtant très simple. Pour appuyer ses propos elle évoque le test du site Are you feminist. Celui-ci propose en effet deux questions très simples, afin de déterminer si on est ou non féministe : « Pensez vous que tous les êtres humains sont égaux ? » et « Pensez vous que les femmes sont des êtres humains ? » Si la réponse à chacune des deux questions est « oui », une phrase s’affiche sur l’écran : « Félicitations, vous êtes féministe ! »
Pourtant le mot « féministe » a souvent mauvaise presse. Certaines personnes revendiquent l’égalité homme-femme, mais n’osent pas employer ce terme pour se qualifier. « Humaniste » ou « égalitariste » sont parfois employés « pour ne pas utiliser le mot « féministe » ; « car ils font moins peur ». Une pétition a même été lancée par une certaine Janet Wilkinson sur le site change.org afin de classer le féminisme comme étant un groupe terroriste. Selon Clarence, le féminisme est « un mot qui souffre d’un manque de mots. On a souvent du mal à le qualifier. Il y a eu également un très bon boulot des anti-féministes pour en saper le sens et la portée intellectuelle ». Pourtant, « il est très important de garder ce mot » notamment parce ce qu’il correspond à « un héritage culturel et militant très fort sous lequel se sont menés les combats dont nous jouissons aujourd’hui des victoires  ». Cela n’a « absolument rien à voir avec un combat contre les hommes. C’est un combat contre le patriarcat, qui est un système institutionnel et culturel favorisant le masculin au détriment du féminin. »
Marion Maréchal
En effet, en se penchant sur le récent projet (et échec) de Marion Maréchal Le Pen sur la réduction des aides accordées au planning familial, on peut se rendre compte que le problème ne vient pas forcément des hommes… Clarence réagit : «  il ne faut vraiment pas penser que les femmes sont automatiquement moins misogynes que les hommes. C’est un gros piège : hommes et femmes ont été éduqués dans les mêmes valeurs sexistes, que chacun déconstruit comme il le peut. »
Mais alors, pourquoi y a t-il des groupes féministes non mixtes ? C’est quelque chose de « très mal compris » regrette Clarence. Pour expliciter la non-mixité, elle fait le parallèle avec la lutte contre le racisme. « Au sein du mouvement pour les droits civiques, les noirs avaient parfois besoin de se retrouver entre eux, ne serait-ce que pour partager leur expérience et leurs problématiques communes ». « Un homme peut être très féministe » mais «  on n’expérimente pas les mêmes choses ». Les femmes ont parfois besoin d’échanger sur « ces expériences communes qu’elles sont seules à connaître. On a besoin de moments où on peut lire et entendre une même histoire, pour identifier son caractère systémique et envisager des solutions collectives ».
A propos de l’image des féminismes dans la société, Clarence regrette que cela soit souvent les mêmes dont les actions sont reprises dans les médias. En effet, lorsqu’on demande à une personne lambda de citer une association féministe, il y a de forte chance que la réponse soit « Femen » ou « Osez le féminisme ». Ce qui « ne représente pas du tout la richesse du mouvement féministe. En entendant toujours les mêmes, on a un aperçu riquiqui de ce qu’est le mouvement, et l’impression parfois qu’il nous exclut. » Par ailleurs, le discours véhiculé derrière les actions n’est pas toujours compris. Clarence saisi l’exemple de l’association Femen. Leur mode d’action est « basé sur la mise en scène et a donc une très grande force de frappe visuelle, mais le discours est brouillon voire inexistant, ce qui brouille les pistes. »
En effet, il existe une grande multitude de courants féministes. Actuellement nous sommes dans la troisième vague du féminisme. Ce qui implique une prise en compte : « de toutes les femmes non-représentées avant, comme les femmes « racisées », les femmes transgenre ou les femmes non-valides, qui ont des problématiques spécifiques » ; « de la sexualité et du travail du sexe » ainsi que de « l’aspect culturel, comme la représentation des genres dans le cinéma ou les médias ». Il y a certains terrains sur lesquels les opinions féministes diffèrent, notamment aux sujets de la prostitution, la GPA et le port du voile. Le « socle commun est la défense des droits et libertés des femmes ». Après, « tout dépend de la conception que l’on a de cette notion de liberté, en fonction de notre héritage culturel, notre mode de vie et notre mode de pensée ». Par ailleurs, les courants féministes ne sont pas réductibles à des associations féministes. « Certains militent autrement, à travers les arts ou les nouveaux médias par exemple. »

Ceci étant, pour lutter contre les inégalités encore faut-il les avoir repérées. Pourtant certaines sont tellement ancrées dans la société et inscrites dans notre éducation qu’elles ne sont pas immédiatement perceptibles. C’est notamment le cas du sexisme ordinaire. Clarence le qualifie de « très fourbe. Nombreuses sont les femmes qui pensent être seules à le vivre. A partir du moment où on se rend compte que c’est collectif, là on va pouvoir agir. » Mais alors comment les repérer ? Une des astuces les plus efficaces est l’inversion des rôles. Ainsi, il suffit parfois d’inverser la position de la femme et de l’homme sur une publicité pour se rendre compte du sexisme de celle-ci… Clarence s’exprime au sujet du test de Bechdel. « C’est un test par l’absurde ; non pas pour démontrer si un film est féminisme ou non, mais pour pointer du doigt la stéréotypie des personnages féminins au cinéma ». Celui-ci se base sur trois questions : y a t-il au moins deux personnages féminins portant un nom ? ; se parlent elles entre elles ? Et parlent elles d’autre chose que d’un homme ? Peu de films arrivent à passer ce test…
Après avoir repérer les inégalités, comment agir ? « La première chose à faire est de balayer devant sa porte » répond Clarence. «  Il s’agit de se comporter de manière cohérente. » Elle prend l’exemple du double-standard, réflexe de stigmatiser les femmes qui ont une sexualité riche tout en élevant les hommes qui se comportent de la même manière au rang de tombeurs. « Beaucoup l’appliquent sans se rendre compte que c’est incohérent avec leurs valeurs. » La bienveillance entre femmes est essentielle « afin de lutter contre le stéréotype selon lequel les femmes se tirent tout le temps dans les pattes. » Elle souligne qu’il n’est pas du tout indispensable d’intégrer une association pour faire avancer les choses. Il est important de «  se documenter, faire de la pédagogie autour de soi, créer des échanges, démontrer ce que l’on a repéré comme schéma systémique. Il ne faut pas hésiter à l’ouvrir en tant que victime ou témoin. Cela permet ensuite aux autres de trouver la force pour le faire. » Clarence évoque la récente libération de paroles au sujet du harcèlement de rue comme avancée positive dans cette lutte.
Bonne nouvelle pour les féministes en cette fin d’année : les protections hygiéniques vont être considérées comme produits de première nécessité. La TVA va ainsi passer de 20 % à 5,5 %. Un combat qui a payé après de fortes mobilisations et prises de paroles féministes. Pourtant les règles en elles-même sont toujours autant taboues. En témoigne la photo de la canadienne Rupi Kaur, censurée deux fois par Instagram. Sur ce cliché publié en avril 2015, elle apparaît dos tourné, une tache au niveau de l’entrejambe de son pantalon. Suite aux nombreuses réactions de soutien envers Rupi Kaur, Instagram a finalement remis en ligne cette photo, prétextant une erreur. « La censure des réseaux sociaux est un très bon indicateur pour savoir où on en est » commente Clarence. La taxe rose était évoquée « d’un point de vue politique, ça ne veut pas dire que la parole se libère là dessus. Cette censure persistante montre bien que les fluides corporels des femmes sont encore considérés comme dégoûtants. Les règles sont le tabou ultime. »
Concernant le corps féminin, on pourrait croire que la question des poils a perdu de sa gravité. En début d’année, divers magazines consacraient des articles au phénomène consistant à se laisser pousser les poils des aisselles et les afficher fièrement sur Instagram. Dans le film « Love » de Gaspar Noé, les femmes ont des poils sur le pubis. « Le retour des poils est un mythe total. Ce n’est qu’un micro-phénomène. » On en revient au même problème : « ie corps des femmes est (perçu comme) sale et leur sexualité aussi ». « Il y a une pression sociale très forte à se débarrasser de ses poils. Dans tous les cas, on peut être à peu près sûre d’avoir tort : garder ses poils est sanctionné socialement, les enlever peut être perçu comme une forme d’aliénation. » Clarence s’est récemment penchée sur la question dans le dossier « Qui a peur du grand méchant poil ? » du dernier numéro de Causette.

En cette période proche de Noël, la campagne « Marre du rose » fait parler d’elle. Son objectif est de lutter contre les jouets stéréotypés. « Nous exigeons que vous abandonniez les rayons séparés filles/garçons, et toute référence au sexe de l’enfant à qui le jouet est destiné, en particulier tout code-couleur rose/bleu. » demandent les membres des Chiennes de garde et d’Osez le féminisme. Ce n’est pourtant pas la première fois que les jouets stéréotypés sont dénoncés. Le débat avance t-il pour autant ? « Oui » répond Clarence, « certaines marques prennent leurs responsabilités ». Mais « est ce que tout le monde a bien compris les implications que cela a ? Les jouets « genrés » ont un réel impact sur les modèles donnés aux enfants. « Cette habitude de les classer en deux catégories porteuses de valeurs considérées comme masculines d’un côté – l’action, la force, la violence -, féminines de l’autre – la recherche de la beauté, la maternité, le « care » réduit le champ des possibles. Je crois que c’est ce rapport de causalité qui est encore mal compris aujourd’hui. » Ainsi, est ce qu’une petite fille « adore le rose, donc on lui en achète ? Ou est qu’on lui en achète et en conséquence, elle l’adore ? »
L’éducation a en effet un rôle très important dans la lutte contre le sexisme. Pas de formule magique pour cela, il faut « apprendre ce qu’est l’égalité et ce que cela implique » . L’école, lieu « où on apprend le vivre ensemble », a aussi un rôle a jouer. En Suède, tous les élèves de 16 ans recevront gratuitement le livre Nous sommes tous des féministe. En France le programme « ABCD de l’égalité » proposé par Najat Vallaud-Belkacem il y a deux ans, s’était heurté à de violentes réactions de refus, notamment de la part de la Manif pour tous.


Marie Verger


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