Bordeaux

Le bon sens des Bordelais et les « sourcils » des Bordelaises

C’est dans le courant du mois de Mars 1838 qu’un célèbre touriste parcourt durant plusieurs jours les rues de notre ville. C’est à l’hôtel de France de M. Baron, situé « sur la magnifique place nommée les Allées de Tourny » que va séjourner Stendhal après un voyage accablant de fatigue.

La beauté de la ville

Nous sommes à Bordeaux, centre de la vivacité gasconne, ville plus méridionale que Valence dit-il, et d’ajouter : « Lorsque vers le minuit, par un beau clair de lune, on sort de la rue Sainte-Catherine et que l’on voit à droite cette magnifique rue du Chapeau-Rouge, à gauche, la rue des Fossés de l’Intendance, en face, la place du Théâtre, au-delà, la place de Tourny et les échappées de vue sur les Quinconces plantés d’arbres, on se demande si aucune ville du monde offre des aspects aussi imposants. A chaque instant on est arrêté à Bordeaux par la vue d’une maison magnifique. Quoi de plus heureux que celle du Café Montesquieu (actuellement office du tourisme), sur les Quinconces ? Je voulais citer une maison de la rue des Fossés située au coin de la rue transversale, mais les rues ici ne portent point leur nom. Les échevins fort économes pour ces sortes de dépenses, prétendent que tout le monde connaît les rues.
Bordeaux est sans contredit la plus belle ville de France, elle est un peu en pente vers la Garonne. De toutes parts on aperçoit ce beau fleuve tellement couvert de navires que, pendant assez longtemps, je remarquais qu’il eût été impossible de tendre une corde d’un bord à l’autre sans passer sur un navire. Tous étaient pavoisés à cause du dimanche. Après deux heures d’admiration, il a bien fallu quitter cet admirable quai des Chartrons, cette sublime promenade des Quinconces qui a remplacé le Château Trompette. Le grand soleil de mars, vu pour la première fois et auquel je m’étais exposé imprudemment, m’avait fait mal à la tête, j’ai pris un fiacre.
 »

De l’administration de la ville
Deux choses me font bien penser de l’administration municipale de Bordeaux : Elle n’a point le langage stupide de la police de Paris qui écrit sur les murs : « Sous peine de punition, il est défendu de … Henri Beyle, connu sous le pseudonyme de StendhalLa municipalité fait écrire : « par ordre et pour la salubrité il est défendu …. ». Elle daigne raisonner avec ses administrés … Cette municipalité à vie imite la police de Rome ancienne, de petits édifices … et des tonneaux numérotés procurent une grande propreté.
Et de souligner que dans cette belle ville, « le bon sens est vraiment admirable. »

Des Bordelaises
« Ici les filles du peuple ont la tête coiffée d’un mouchoir. Les formes annoncent évidemment des métisses provenant de la race Ibère. Mais ce qui frappe le plus le voyageur qui arrive de Paris, c’est la finesse des traits et surtout la « beauté des sourcils » des femmes de Bordeaux …. Ici la finesse est naturelle, les physionomies ont l’air délicat et fier sans le vouloir. Comme en Italie les femmes ont, sans le vouloir, ce beau sérieux dont il serait si doux de les faire sortir".
En peu de jour Stendhal semble bien avoir pénétré quelques secrets de l’âme de notre ville, de cet esprit gascon, plus bon vivant qu’artiste, plus commerçant qu’intellectuel qui ne saurait tout à fait disparaître quoi qu’en pensent les bordelais. Sans oublier les fameux sourcils des bordelaises dont je suis tout à fait certain, messieurs, que bien peu d’entre vous les aviez à ce jour si bien remarqués !!!

Sources : Extraits des dossiers d’Aquitaine : Histoire des Maires de Bordeaux.

Ecrit par Dominique Mirassou