« Lubrik, à braquer nos idées sur scène c’est ça l’impro ! »



Publié le 14 février 2018 à 16:36

Cinéma & Spectacles

C’est dans les années 1970 que né au Québec le théâtre d’improvisation, lors des mi-temps des matchs de hockey sur glace. S’inspirant des codes de ce sport, il mélange jeux et spectacle dans une volonté de divertissement complet La Lubrik, troupe bordelaise, nous a ouvert les coulisses de ce genre théâtral particulier.


En ce mardi soir, il fait déjà presque nuit mais la porte de l’amphi de mathématiques ne cesse de s’ouvrir. Les jeunes acteurs entrent au compte-goutte pour la répétition hebdomadaire. Certains, étudiants, sortent de cours, d’autres du travail ou embaucheront plus tard. Les blagues fusent entre les habitués, et les anciens mettent à l’aise les nouvelles recrues de ce début d’année. La Lubrik est une troupe de taille moyenne qui compte une vingtaine de personnes et qui met un point d’honneur à ne pas dépasser un nombre trop important d’acteurs « pour garder une cohésion de groupe forte » intime Clément, joueur mais aussi président de cette association étudiante. Puis les ateliers commencent sous la direction de Léo, professeur du jour. Les quolibets se taisent peu à peu, l’ambiance devient feutrée, les regards sont concentrés vers la scène où ils acteront chacun leur tour. On oscille entre rire et larmes. Chacun se livre et touche ses camarades à sa façon. « Le but est de faire une histoire qui se tient en jouant avec l’autre ». Ils viennent tous pour des raisons propres, mais la passion est la même. Et les fils se lient doucement pendant les entraînements.

Le mercredi suivant, l’air est froid à 20h devant la Maison Ausone. Mais dès qu’on passe la porte du bar les esprits se déglacent. Il y a tant de monde que l’on s’assoit sur des tables disposées devant la scène, certains resteront debout jusqu’à la fin. Marie-Jo, la propriétaire de l’établissement aime ses rendez-vous avec le théâtre d’impro, un partenariat à d’ailleurs été passé avec la Ciguë, une autre équipe bordelaise. « Ici on aime l’expression, orale, musicale… Le théâtre d’impro fait partie de la vie du bar ! ». C’est contre cette équipe que va jouer la Lubrik mais l’ambiance n’est pas à la compétition. Mathieu, membre de la Ciguë nous intime qu’« il y a un temps d’adaptation pendant l’entraînement d’avant-match, mais c’est jouer ensemble qui est intéressant, c’est le but premier ». Pas vraiment le score donc. Il y a pourtant un arbitre qui fait son entrée sous les huées après les 5 min d’entraînement réglementaire des deux équipes : cris, gesticulations, cache-cache dans le public, grimaces… Les coachs n’épargnent rien aux acteurs mais nous donnent tout : c’est une manière d’enfiler le costume devant le public, on entre dans le match avec eux.
Les derniers verres sont commandés au bar, on englouti les tapas, puis le maître de cérémonie chauffe la salle. Chaque rôle à son importance, et tous sont acteurs du match, « même, vous, le public ! » nous lance-t-il. Et cela se vérifie quand les acteurs évoluent entre les rangées de chaises et utilisent des spectateurs pour jouer. Camille, membre de la Ciguë également, est dans le public ce soir, elle nous dit qu’ « on aime ces interactions, c’est la synergie qui fait que ça marche ! ».

Les prestations défilent sous les rires et les bouches bées des spectateurs, les thèmes s’enchaînent : « absinthe et chocolat à la manière de Zola ». Temps, catégorie, durée, nombre de joueurs, comparée ou mixte… Tout est orchestré et après quelques secondes de préparation, le sifflet intime le silence. On alterne entre calme et débandade, euphorie, bons mots et bouleversement. Pendant le tiers-temps on se lève, on sort, on mange, on rappelle à notre voisin un moment qui nous a fait vibrer. Puis l’effervescence se calme et le match reprend « thème : mutation, catégorie : libre, joueurs : illimités ». Les trois meilleurs joueurs sont désignés à la fin du match, les mains sont en feu de tant applaudir.
« Les gens viennent à l’impro pour des raisons différentes » disait Clément à l’entraînement, et chacun repart sans se presser de quitter cette bulle de plaisir hors du temps, en ayant l’impression d’avoir fait un peu partie de l’histoire également.


Sabine Taverdet


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