Bordeaux

Osiris et les Fontaines Wallace ...

Lorsque l’on imagine une scène typiquement parisienne, il est probable que l’on y aperçoive la silhouette inimitable d’une fontaine Wallace... or, un certain nombre d’entre elles peuvent également être vues à Bordeaux !

Ces élégantes fontaines publiques en fonte, conçues en 1872 par le sculpteur français Charles-Auguste Lebourg, ont été commandées à l’origine à Paris par un Anglais, le riche et philanthrope collectionneur d’art Richard Wallace (1818-1890 et enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris). La fortune de Wallace héritée de son père lui permet d’aider sa ville d’adoption qui souffre pendant les années 1870 de la guerre franco-prussienne, Wallace choisit de faire une utilisation altruiste de sa fortune, une partie pour créer deux hôpitaux de campagne et une autre pour offrir à la ville 50 de ces fontaines, afin d’offrir des sources d’eau potable gratuite aux sans-abris et aux nécessiteux.

Deux modèles différents (un grand modèle et un en applique) ont été initialement conçus ; Wallace établit des critères de hauteur (assez grand pour être vu de loin, mais pas trop pour ne pas détruire l’harmonie du paysage environnant), de forme (pratique et agréable à regarder), de prix abordable et de matériaux (résistant, facile à façonner et simple à entretenir). Deux autres variantes suivront (un petit modèle et un à colonnettes), mais la plus emblématique est le grand modèle.

La fontaine Wallace classique fait 2,71 mètres de haut et comprend un socle octogonal sur lequel quatre cariatides (représentant la bonté, la simplicité, la charité et la sobriété) sont montées dos à dos, leurs bras soutenant un dôme pointu décoré par les dauphins. Activé aujourd’hui par une pédale de pied, l’eau coule en mince filet depuis le centre du dôme vers le bassin. Produit à l’origine par la fonderie Val d’Osne dans le nord-est de la France, les fontaines Wallace continuent à être fabriquées dans la même région par l’entreprise GHM à Sommevoire.

La fontaine Place Mitchell à Bordeaux

En 1873, peu de temps après les premières installations de fontaines dans Paris, le riche banquier Daniel Iffla (1825-1907, mieux connu sous le nom de Daniel Osiris) décide de suivre l’exemple de Wallace mais pour Bordeaux. Osiris finance l’achat de six fontaines Wallace, stipulant qu’elles soient situées à des endroits précis de la ville qui lui avait été recommandés par un ingénieur des eaux. Un de ces endroits était la place des Augustins (actuelle place du Général Sarrail), toute proche du lieu de naissance d’Osiris.

La fontaine y est resté jusqu’en 2003, où elle a été transférée Place Stalingrad sur la rive droite de la Garonne. Car la fontaine ne correspondait pas aux projets de l’architecte Jean-Michel Wilmotte, chargé de moderniser la Rue Sainte-Catherine, qui longe un côté de la petite place Sarrail. Une campagne a été menée par le photographe et écrivain Richard Zéboulon pour voir la fontaine retourner Place du Général Sarrail, par respect pour la mémoire des généreuses contributions d’Osiris à la ville. Zéboulon a réussi à convaincre la mairie de faire marche arrière et la fontaine est maintenant de retour à sa position initiale :

Deux autres fontaines datant de 1873 se trouvent dans le Jardin Public et dans les jardins du Palais Rohan, l’hôtel de ville :

Les trois autres fontaines, qui auraient été situées sur la Place des Martyrs-de-la-Résistance, sur la place Gambetta et à proximité de l’église Saint-Michel ont disparu pendant la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, on peut en voir une au centre culturel de Créon, une autre a voyagé jusqu’à l’île de la Grenade dans les Antilles, où elle aurait été détruite par un ouragan, et la troisième est passée récemment sous le marteau d’un commissaire-priseur.

Ecrit par Dominique Mirassou


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