Bordeaux

Vingt ans déjà pour le Théâtre des Salinières !

Dès 19 h les invités se pressaient dans le hall du théâtre. Le directeur malgré une apparente maîtrise de la situation laissait affleurer une légère fébrilité chuchotant les dernières recommandations à son assistante, une jolie blonde affable.

Tout se présentait bien, quelques comédiens traversèrent la foule, anonyme encore pour quelques instants avant de se glisser bientôt dans leur costume de personnages de comédie. Des photographes visaient certains invités qui souriaient avant d’être mitraillés de flash non violent les jetant dans la lumière pour la postérité. Deux cents personnes invitées pénétrèrent dans le théâtre. Les sons des pas fondirent dans la moquette, transformant les visiteurs qui cherchaient leur place en chats discrets anthropomorphiques. Sagement installés dans les fauteuils profonds, les spectateurs virent devant eux défiler les images de vingt années de représentations théâtrales qui avaient embelli la scène des Salinières. Il commençait par la photographie
originelle de ce grand atelier morne devenu, comme frappé par un sortilège, un lieu chaleureux de velours et de charme. On sut plus tard que la magie venait de l’énergie créatrice du fondateur très persuasif et de l’enthousiasme de son banquier. Sur quelques places, au premier rang, des tissus blancs déposés sur les dossiers désignaient l’emplacement dédié aux spectateurs de marque. Ils n’allaient pas tarder à arriver.

Frédéric Boucher et Alain Juppé

En effet, s’avança dans l’allée, un attroupement qui progressait lentement au centre duquel le maire de la ville de Bordeaux répondait aux questions d’un animateur plein de fougue. Un cameraman filmait la scène, éblouissant les visages habitués à la lumière des projecteurs, et dont les paupières ne clignaient pas. On annonça Frédéric Bouchet ; le directeur auteur comédien monta sur la scène avec l’aisance de quelqu’un qui se sent chez lui. Remerciant les spectateurs, il conta en quelques minutes et avec une émotion assaisonnée d’humour les vingt dernières années de son théâtre. Enfin, le maire fut convié à venir sur scène. Alain Juppé c’est son nom, enjamba non sans une certaine appréhension les marches raides qui menaient à la scène nous spécifiant qu’il avait un genou en métal. Il paraissait épanoui semblant apprécier ce genre de manifestation où l’on s’assoit, on regarde un chouette spectacle et parfois même, on grignote des petits fours. Il dit à peu près la même chose avec ses mots à lui.

L’ouragan vient de Carcassonne

Il remercia son hôte d’autant plus que le théâtre des Salinières étant privé, il ne demandait jamais de subvention à la ville et il espérait que cet état de choses puisse perdurer encore longtemps. (Sans doute, au moins, le temps de son mandat). On applaudit le directeur et son maire qui regagna sa place. On appela la doyenne des actrices et la plus jeune. Une petite dame blonde élégante et timide(!) un chignon sage sur la tête monta sur la scène accompagnée d’une autre plus jeune ardente aux boucles brunes qui portait une pièce montée (ce qui est habituel au théâtre des Salinières). Elles soufflèrent des bougies factices au-dessus de ces faux gâteaux et embrassèrent avec sincérité le papa fier des vingt ans de son adulescent. Alors retentit la fameuse chanson d’anniversaire, la version américaine (plus rock’n’roll que celle de chez nous, mais c’est une affaire de goût). La soirée n’était pas finie, le rideau se leva sur un ouragan. Pas celui de Stéphanie de Monaco, mais celui de Frédéric Bouchet qui, une fois de plus, nous a prouvé ses talents d’auteur avec cette pièce : « L’ouragan vient de Carcassonne ».

L’ouragan vient de Carcassonne

De l’humour, un point de vue personnel sur le monde glissé par-ci par-là et une pointe de mystère à la limite du surnaturel, voilà la patte reconnaissable de son auteur. Une histoire qui semblerait simple, mais qui se complexifie au fur et à mesure de l’avancement du récit pour le bonheur des spectateurs. Un couple de fervents catholiques s’apprête à recevoir un oncle qui ne devrait pas tarder à devenir pour la gloire de la famille un cardinal. Mais voilà, le mari vient de retrouver par hasard, un copain perdu de vue depuis vingt ans qui s’invite chez lui avec son épouse. Ce ne serait pas bien grave si la personnalité excessive, voire carrément vulgaire, de ces derniers ne faisait un brutal contraste avec son éminence. Ils viennent de Carcassonne et sont adeptes des boissons anisées surtout la femme dont un certain don inattendu se révèle à chaque excès de ce breuvage. Il s’avérera que, outre la confrontation entre ces deux mondes si opposé est réjouissant, les protagonistes de cette histoire vont se dévoiler bien différents de ce qu’ils prétendent être.
Les acteurs sont au mieux de leur forme : Laura Luna, Grace-Alexandra Guénard, Franck Bevilacqua, Alexis Plaire qui est aussi le metteur en scène enfin David Mira-Jover et Didier Poulain. Une bonne comédie dans un rythme d’enfer.


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