Bordeaux

À Bordeaux, la « bête » de Theo Jansen va prendre racine à Bacalan

Quatre ans après avoir fait découvrir ses étonnantes créatures aux Bordelais, Theo Jansen en laisse une derrière lui. Mais avant que Siamesis ne s’installe durablement au Garage Moderne, à Bacalan, quelques passionnés vont tenter de faire remarcher cette « bête de plage » de onze mètres de long.

Elle mesure onze mètres de long, quatre mètres de large et plus de quatre mètres de haut. Constituée principalement de tubes de PVC, de plastique, de ruban adhésif et de colliers de serrage, Siamesis appartient à la grande famille des Strandbeests, les « bêtes de plage » imaginées depuis plusieurs décennies par l’artiste néerlandais Theo Jansen. Créée en 2010, elle avait été confiée au FAB après le passage de l’artiste à Bordeaux en 2022.

Le samedi 10 octobre 2026, l’œuvre doit trouver durablement sa place dans la charpente restaurée du Garage Moderne, rue des Étrangers, à Bacalan. Le lieu vient tout juste de rouvrir après plus de deux ans de chantier, au terme d’une importante réhabilitation de cette ancienne halle industrielle inscrite au titre des monuments historiques.

Le rendez-vous fait partie de la clôture du Festival international des Arts de Bordeaux Métropole. Le programme prévoit également la projection en continu du film Belia à partir de 19 h 30, avant l’inauguration de Siamesis à 20 heures puis un bal dans la soirée.

Une créature bordelaise depuis 2022

Le public bordelais avait découvert l’univers de Theo Jansen à l’automne 2022. Invité d’honneur du FAB, l’artiste avait présenté plusieurs de ses Strandbeests dans les jardins de l’Hôtel de Ville et au Musée des Beaux-Arts, dans le cadre de l’exposition Strandbeests, The New Generation.

À cette occasion, les Strandbeests de Theo Jansen avaient investi le jardin de la mairie de Bordeaux, offrant au public bordelais une première rencontre avec ces étranges structures articulées pensées pour se déplacer sous l’effet du vent.

À la fin de cette exposition, Theo Jansen avait proposé que Siamesis reste plusieurs années à Bordeaux. Pendant les travaux du Garage Moderne, partenaire historique du FAB, la sculpture avait trouvé un hébergement provisoire à la Cité Bleue. Son installation à Bacalan marque donc moins une arrivée qu’une nouvelle étape dans une histoire bordelaise commencée il y a quatre ans.

Depuis les années 1990, Theo Jansen développe ces grandes machines articulées destinées à avancer grâce au vent. Leur mécanique, réalisée à partir de matériaux simples, donne à ces structures l’allure de grands animaux préhistoriques. Mais Siamesis a connu un destin un peu particulier.

Peut-elle encore remarcher ?

La sculpture est aujourd’hui scindée en deux. Avant son installation au Garage Moderne, Lionel Roy, spécialiste de la mécanique des Strandbeests, s’est lancé dans une tentative de remise en état. Le FAB ne promet toutefois pas de miracle : « personne ne sait si elle pourra un jour remarcher », précise le festival.

Plusieurs ateliers participatifs sont organisés les 1er, 2 et 3 octobre afin d’associer le public à cette opération de restauration. Une opération de levage est également prévue le 3 octobre dans l’après-midi.

Cette tentative ajoute une dimension particulière à l’installation. Siamesis arrive à Bacalan avec les traces de ses démontages, de ses déplacements et de ses années passées loin des plages pour lesquelles les Strandbeests avaient pourtant été imaginées.

Une « bête de plage » qui supportait mal la plage

Le paradoxe est que Siamesis n’était déjà pas tout à fait faite pour vivre dehors. Theo Jansen explique que cette génération de Strandbeests subissait difficilement les irrégularités du sable et les contraintes mécaniques provoquées par ses déplacements. Ces efforts pouvaient aller jusqu’à endommager la structure.

L’artiste en était arrivé à la conclusion que Siamesis ne pouvait finalement survivre durablement que dans un espace protégé. Son arrivée sous la charpente du Garage Moderne apparaît ainsi moins comme la retraite d’une machine conçue pour le grand air que comme la suite logique de son histoire.

La rencontre est d’autant plus symbolique que le Garage Moderne vient lui-même de retrouver son bâtiment historique après plus de deux ans de travaux. Sa vaste charpente a été restaurée et consolidée avant la réouverture du lieu. C’est désormais une autre mécanique fragile que cette structure rénovée s’apprête à accueillir.

Ancien atelier automobile devenu espace associatif, culturel et solidaire, le Garage Moderne entretient depuis longtemps un rapport à la mécanique, à la réparation et au détournement des objets. L’arrivée de Siamesis prolonge ainsi, à sa manière, cette histoire de machines que l’on entretient, transforme et tente de faire durer.

Reste désormais à savoir si, avant de prendre ses quartiers à Bacalan pour plusieurs années, la grande créature de Theo Jansen pourra encore effectuer quelques pas.

Écrit par

Jean-Sébastien Dufourg

Directeur de la publication

Créateur du site web et co fondateur du magazine en 2011