Bordeaux

Au Miroir d’eau, Bordeaux se met à l’heure du French Cancan

Jupons colorés, jambes levées et reflets devant la place de la Bourse : mercredi 30 septembre, le French Cancan a investi le Miroir d’eau dans le cadre du Festival international des Arts de Bordeaux Métropole. Une performance pensée comme une tentative de record, mais surtout comme un grand spectacle à ciel ouvert

« Oubliez Montmartre, oubliez Pigalle. » Quelques instants avant l’entrée des danseuses et danseurs sur le Miroir d’eau, la Madame Loyal donne le ton. Après un détour par les origines du quadrille et du French Cancan, son récit change de décor : « Nous sommes à Bordeaux, en 2026, sur le magnifique miroir d’eau. »
Le contraste fonctionne immédiatement. Derrière les artistes, les façades de la place de la Bourse remplacent celles des cabarets parisiens. Sous leurs pieds, le sol humide multiplie les reflets et prolonge les costumes dans le Miroir d’eau.

Le cabaret sort de ses murs

L’événement s’inscrivait dans la 11e édition du FAB et dans la Saison Cabaret soutenue par le ministère de la Culture. Plusieurs cabarets de Nouvelle-Aquitaine, écoles de danse et artistes venus de différents univers du cabaret étaient réunis autour de cette performance, coordonnée par L’Ange Bleu.

Deux passages étaient programmés, l’un vers 15 h 30, l’autre vers 17 h 30, après un prélude en cabaret organisé place de la Bourse. Lors de la première session, suivie par Bordeaux Gazette, le public entourait déjà largement le bassin au moment où les danseuses et danseurs ont pris place.

Un rassemblement de compagnies sur le Miroir d’eau
Plusieurs cabarets et écoles de danse de Nouvelle-Aquitaine étaient réunis pour cette performance collective organisée dans le cadre de la Saison Cabaret et du FAB.

Pas de scène surélevée ici. Les artistes évoluent presque au même niveau que les spectateurs. Les costumes, dont les couleurs et les styles diffèrent selon les compagnies, composent un ensemble très contrasté sur le Miroir d’eau.

Puis la musique lance le French Cancan : les lignes se forment, les jupes se soulèvent et les jambes partent à l’unisson.

Jambes levées et roues devant la place de la Bourse

Le geste est immédiatement reconnaissable, mais le décor en change complètement la perception.
Là où l’imaginaire du French Cancan reste associé aux cabarets parisiens, il se joue ici à ciel ouvert, devant l’une des images les plus connues de Bordeaux. Les costumes se reflètent dans le bassin, tandis que les mouvements collectifs occupent presque toute la largeur du Miroir d’eau.

Les organisateurs avaient également annoncé une tentative de record mondial, ainsi qu’un second défi autour des roues enchaînées. Le rendez-vous bordelais devait notamment réunir le plus grand nombre possible d’interprètes dans une même chorégraphie.

Jambes levées devant la place de la Bourse
Lors de la première session de 15 h 30, les figures emblématiques du French Cancan ont pris place sur le Miroir d’eau, au cœur du FAB.

Mais vu depuis les quais, la dimension du record passe presque au second plan. Ce qui marque surtout, c’est la transformation temporaire du lieu : le Miroir d’eau n’est plus seulement un espace de promenade ou de passage, mais devient pendant quelques minutes une immense scène à ciel ouvert.

Du quadrille parisien au Miroir d’eau

Issu du quadrille pratiqué dans les bals parisiens du XIXe siècle, le French Cancan développe progressivement ses figures les plus spectaculaires : jambes levées, sauts, grands écarts et jeux de jupons. L’ouverture du Moulin Rouge en 1889 contribuera ensuite largement à diffuser cette image dans le monde, avec des figures comme La Goulue ou Jane Avril.

À Bordeaux, le déplacement est donc autant géographique que scénique : le French Cancan quitte les salles de cabaret pour rejoindre un espace traversé quotidiennement par les habitants et les touristes.

Le FAB continue d’investir la ville

Depuis le début du festival, plusieurs performances ont déjà transformé l’espace public bordelais. Le Boléro de Ravel avait investi la place du Parlement avec l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, tandis que Maria en Ballon, de la compagnie Aérosculpture, avait parcouru les quais jusqu’au Miroir d’eau à la nuit tombée.

Avec le French Cancan, le FAB poursuit cette même logique, mais dans un registre différent : celui du cabaret, de la couleur et du mouvement collectif.

Pendant quelques minutes, le Miroir d’eau a ainsi accueilli un imaginaire habituellement associé à Pigalle et Montmartre, avec la place de la Bourse pour décor.

Écrit par

Jean-Sébastien Dufourg

Directeur de la publication

Créateur du site web et co fondateur du magazine en 2011