La Réole

À La Réole, une œuvre oubliée depuis quatre siècles va retrouver sa voix

Du 25 au 27 septembre, la 18e édition des Riches Heures de La Réole fera voyager le public entre chants corses, musique de la Renaissance et créations contemporaines. Le festival s’achèvera par la recréation d’un Requiem publié au XVIIe siècle et resté silencieux pendant près de quatre cents ans.

Certaines partitions traversent les siècles en continuant d’être jouées. D’autres disparaissent presque entièrement avant de refaire surface au détour d’un fonds d’archives. C’est autour de l’une de ces redécouvertes que se refermera, dimanche 27 septembre, la prochaine édition des Riches Heures de La Réole.

Le festival de musiques anciennes présentera l’Office des défunts et Requiem à huit voix de Sebastián López de Velasco, publié en 1628. Annoncé comme une recréation mondiale, le concert sera donné par l’ensemble Vox Cantoris sous la direction de Jean-Christophe Candau.

Une musique liée à la cour des Habsbourg

L’histoire de cette œuvre conduit au monastère des Descalzas Reales, à Madrid. Fondé au XVIe siècle, ce lieu accueillait plusieurs femmes de la famille des Habsbourg, parmi lesquelles l’impératrice Marie d’Autriche et sa fille, l’infante Marguerite de la Croix.

Francisco Dávila y Páez, maître de chapelle du monastère, y aurait composé un Requiem à douze voix. L’œuvre donnée à La Réole en est issue : elle a été reprise et publiée dans une version à huit voix par son successeur, Sebastián López de Velasco, en 1628.

La part exacte revenant à chacun des deux compositeurs reste difficile à établir. La partition témoigne en tout cas de la richesse de la musique polychorale espagnole du début du XVIIe siècle, pensée pour faire dialoguer plusieurs groupes de chanteurs.

Selon les organisateurs, huit imprimés consacrés aux œuvres de López de Velasco ont été redécouverts en 2021 dans les fonds de la cathédrale de Puebla, au Mexique, et de la Bibliothèque nationale d’Espagne, à Madrid. Leur étude permet aujourd’hui à cette musique de retrouver le chemin du concert.

Pour cette recréation, Vox Cantoris réunira seize chanteurs, accompagnés d’une dulciane et d’un cornet à bouquin. Le concert sera donné dimanche 27 septembre à 16 heures dans l’église Saint-Pierre de La Réole.

Un dialogue entre Allegri et Arvo Pärt

La veille, la même église accueillera une rencontre entre les époques. L’ensemble Dulci Jubilo, composé de douze chanteurs placés sous la direction de Christopher Gibert, rapprochera le célèbre Miserere de Gregorio Allegri des œuvres vocales d’Arvo Pärt.

Le programme associera également des compositions de Monteverdi, Tallis, Lassus, Kerensa Briggs et Savvas Karantzias. Il fera apparaître les correspondances entre la polyphonie ancienne et certaines écritures chorales contemporaines.

Le festival entend également marquer les quarante ans du concert donné en novembre 1986 au Théâtre de la Ville, au cours duquel Festina lente d’Arvo Pärt avait été créée. Le compositeur estonien est notamment connu pour son style tintinnabuli, fondé sur une écriture dépouillée et une attention particulière au silence et à la résonance.

Le rendez-vous est fixé samedi 26 septembre à 20 h 30.

Des instruments de la Renaissance à Saint-Michel-de-Lapujade

Plus tôt dans la journée, le festival donnera une place à de jeunes musiciens avec son concert tremplin. L’ensemble Par le Regart se produira à 16 h 30 dans l’église Notre-Dame-de-Lorette de Saint-Michel-de-Lapujade.

Né à la Schola Cantorum de Berne, l’ensemble s’intéresse à l’alta capella, une formation d’instruments à vent utilisée à la fin du Moyen Âge et pendant la Renaissance. Chalemie, bombarde et trompette feront entendre des œuvres de Guillaume Dufay, Guillaume de Machaut ou Gilles Binchois, ainsi que des improvisations inspirées des pratiques anciennes.

Des rencontres seront par ailleurs proposées aux élèves des écoles et collèges ainsi qu’au grand public à La Réole.

Des polyphonies corses pour ouvrir le festival

L’ouverture des Riches Heures se déroulera vendredi 25 septembre à 20 h 30 dans l’église de Gironde-sur-Dropt. Fondé en 1978 à Pigna, l’ensemble A Cumpagnia y présentera un répertoire de chants corses sacrés et profanes.

Polyphonies populaires, chants franciscains, complaintes et chants d’amour seront accompagnés d’instruments traditionnels comme la cetera, la pirula, la pivana ou la cialamella. L’ensemble associe transmission et recréation pour faire vivre un patrimoine musical longtemps transmis oralement.

Un atelier de chant corse animé par Jérôme Casalonga sera également organisé samedi 26 septembre à La Réole.

Créé en 2009, le festival Les Riches Heures de La Réole s’est spécialisé dans les répertoires allant du haut Moyen Âge à l’époque baroque, avec une place particulière accordée aux œuvres rarement interprétées. Cette 18e édition prolongera cette démarche en reliant traditions populaires, partitions anciennes et musique contemporaine.

Les Riches Heures de La Réole, du 25 au 27 septembre 2026 à Gironde-sur-Dropt, Saint-Michel-de-Lapujade et La Réole. Programme, tarifs et réservations sur lesrichesheuresdelareole.fr.

Écrit par

La rédaction