Empêchée de se tenir à Uzeste en raison des restrictions liées au risque d’incendie, la 49e Hestejada de las arts aura finalement bien lieu. Son nouveau programme est désormais publié : une édition reconstruite dans l’urgence, du 19 au 22 août à Bazas et Saint-Macaire, sur fond de vif désaccord entre Uzeste Musical et les autorités.
Il n’y aura finalement pas de Hestejada à Uzeste cet été. Mais il y aura bien une Hestejada.
Après plusieurs jours d’incertitude, Uzeste Musical et la Compagnie Lubat ont publié le nouveau programme de la 49e édition. Le rendez-vous commencera mercredi 19 août à Bazas, avant de se poursuivre les 20, 21 et 22 août à Saint-Macaire.
Quatre jours au lieu des six initialement prévus du 17 au 22 août et, surtout, deux communes mobilisées pour permettre à une manifestation profondément liée à Uzeste de ne pas disparaître du calendrier.
Ce déplacement ne constitue donc pas un simple changement de décor. Il a fallu reconstruire en quelques jours une édition dont le fonctionnement repose habituellement sur une multitude de lieux, de rencontres et de propositions artistiques.
Une interdiction vivement contestée par Uzeste Musical
La situation trouve son origine dans les mesures prises en Gironde face au risque persistant de feu de forêt.
Le 4 août, un arrêté préfectoral a notamment interdit les manifestations culturelles dans les « espaces exposés des communes à dominante forestière ». Le lendemain, un arrêté municipal a interdit « tout rassemblement et toute manifestation sur tout le domaine public du territoire d’Uzeste ».
Pour la Hestejada, qui investit traditionnellement rues, jardins, salles et différents espaces du village, ces dispositions rendent impossible l’édition telle qu’elle avait été préparée.
Mais Uzeste Musical ne s’est pas contenté de prendre acte de la décision. Dans un communiqué publié le 11 août, l’association la conteste avec des mots particulièrement durs.
« Cette décision est brutale », écrit-elle, avant d’élargir le débat aux conséquences de telles restrictions pour l’accès à la culture dans les communes forestières girondines. Le texte va jusqu’à évoquer, sous forme interrogative, une « cancel culture préfectorale ? ».
Uzeste Musical estime que les solutions alternatives proposées n’ont pas été suffisamment étudiées. L’association affirme notamment avoir envisagé une Hestejada raccourcie assortie d’un protocole de sécurité renforcé. Elle rappelle qu’en 2022, dans un contexte déjà marqué par les incendies, la manifestation avait été adaptée et maintenue.
Le communiqué dépasse toutefois largement la seule question de l’organisation de la manifestation. Uzeste Musical y défend l’accès à la culture, aux débats et aux rencontres dans les territoires ruraux et conteste une décision qu’elle considère comme trop générale.
Le désaccord porte également sur le terme même d’« annulation ». Répondant au communiqué de la municipalité d’Uzeste, l’association affirme : « Vous pouvez certes interdire la tenue de la manifestivité sur le territoire public de la commune, mais il n’est pas de votre ressort de décider d’une annulation. »
Cette distinction prend aujourd’hui tout son sens. Dès le 11 août, Uzeste Musical annonçait que la 49e Hestejada, « reconfigurée pour l’occasion », continuerait ailleurs.
Quelques jours plus tard, la publication du nouveau programme à Bazas et Saint-Macaire transforme cette déclaration en réalité.
Sauver l’esprit plutôt que reproduire Uzeste
Déplacer la Hestejada est d’autant plus complexe que son identité repose précisément sur son implantation dans le village.
Créée en 1978 autour de Bernard Lubat, la manifestation mêle depuis près d’un demi-siècle jazz, improvisation, théâtre, poésie, cinéma, débats et rencontres. Les artistes ne se succèdent pas simplement sur une scène : la Hestejada se déploie dans différents espaces et entretient une relation étroite avec Uzeste et ses habitants.
Le communiqué du 11 août permet d’ailleurs de mesurer combien le départ dépasse, pour ses organisateurs, une simple difficulté logistique. Uzeste Musical évoque une « colossale tristesse de devoir quitter Uzeste », tout en affirmant sa volonté de poursuivre ses actions de création et d’éducation populaire en milieu rural.
Impossible, dans ces conditions, de transporter à l’identique six jours de programmation vers une autre commune.
La formule dévoilée ce week-end apparaît donc comme une édition de repli reconstruite dans l’urgence, avec un calendrier raccourci et une partie seulement des propositions initialement imaginées.
La manifestation conserve néanmoins ce qui constitue depuis longtemps sa singularité : le croisement entre musique, parole, improvisation, création artistique et réflexion, plutôt qu’une simple succession de concerts.
De Bernard Lubat à François Corneloup, un programme préservé
La Hestejada commencera mercredi 19 août à Bazas, avec une soirée présentée comme une avant-première et un hommage aux sapeurs-pompiers ainsi qu’aux habitants qui leur sont venus en aide pendant les incendies.
À partir de 21 heures, sous la halle de la mairie, Bernard Lubat proposera notamment ses « Chansons enjazzées », avec des paroles en langue d’Oc sur des standards de jazz, ainsi qu’un « Concerto pour piano brûlant ». Il retrouvera également François Corneloup et le batteur Émile Rameau pour un « test match concert ».
Dès le lendemain, la Hestejada s’installera à Saint-Macaire et retrouvera sa diversité habituelle : concerts, projections, théâtre, émissions de Radio Uz et rencontres se succéderont dans différents lieux de la commune.
La programmation fait notamment place à François Corneloup, Fabrice Vieira, Louis et Bernard Lubat, Benat Achiary, Bruno Maurice ou encore Papanosh.
Vendredi soir, Serge Teyssot-Gay, Marc Nammour et Cyril Bilbeaud proposeront une mise en musique du Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire. La soirée se poursuivra notamment avec Abuz d’ici trio, réunissant Louis Lubat, Fabrice Vieira et Bernard Lubat, puis Papanosh et un jazz bal musette.
La situation des incendies trouvera également sa place dans les débats. Vendredi matin, une conférence intitulée « L’incendie et après ? » réunira notamment le Collectif Forêt Vivante de Sud-Gironde, des représentants syndicaux, le maire d’Uzeste Fabrice Quennet et le président d’Uzeste Musical Alain Delmas.
Samedi, une autre rencontre abordera directement la question de la création contemporaine en milieu rural, avec notamment Jean-Luc Gleyze, président du Conseil départemental de la Gironde, des élus locaux, Bernard Lubat et des représentants du Parc naturel régional des Landes de Gascogne.
La soirée finale réunira notamment les « Chansons enjazzées » de Bernard Lubat et le tandem André Minvielle/Lionel Suarez, avant un « grand bal final bio bal sauvage » annoncé à partir de 23 heures.
Le nouveau programme montre ainsi que, malgré la réduction du format, les organisateurs ont choisi de préserver le mélange entre création artistique, réflexion politique et sociale et convivialité qui caractérise la manifestation.
Bazas puis Saint-Macaire, un déplacement contraint
Le choix de ces deux communes permet à la Hestejada de conserver son ancrage en Sud-Gironde. Cette circulation n’est d’ailleurs pas totalement étrangère à son histoire : la manifestation a déjà régulièrement dépassé les limites d’Uzeste et investi d’autres communes du territoire.
La différence est majeure cette année. Ce déplacement n’a pas été imaginé comme un choix artistique mais imposé par les circonstances.
L’objectif n’est donc plus de reproduire l’édition prévue à Uzeste, mais d’assurer une continuité artistique et de permettre aux artistes, aux équipes et au public de se retrouver malgré l’interruption de l’organisation initiale.
Le maintien de la manifestation à Bazas puis Saint-Macaire prend dès lors une dimension supplémentaire : il constitue aussi la réponse concrète d’Uzeste Musical à l’interdiction de tenir la Hestejada dans son village historique.
Quand le risque d’incendie atteint aussi la vie culturelle
Cette édition particulière illustre également une conséquence moins spectaculaire mais durable des incendies qui ont frappé la Gironde cet été.
Après les évacuations, les fermetures de massifs et les manifestations annulées ou reportées, le risque de feu continue de peser sur l’activité de certaines communes forestières et sur leurs événements culturels.
À Uzeste, cette contrainte prend une dimension particulière tant la Hestejada et le village sont associés depuis près d’un demi-siècle. Elle ouvre aussi un débat plus large, soulevé avec vigueur par les organisateurs : celui des conditions dans lesquelles les manifestations culturelles peuvent continuer à exister dans les territoires forestiers lorsque le risque d’incendie demeure élevé.
À un an de sa cinquantième édition, la Hestejada connaîtra ainsi l’un des épisodes les plus singuliers de son histoire : une édition sans Uzeste, reconstruite en quelques jours grâce à l’accueil de deux autres communes du Sud-Gironde.
Le nouveau programme ne constitue donc pas seulement un nouvel agenda. Il donne la mesure de ce qu’il a été possible de préserver après la remise en cause de plusieurs mois de préparation.
Du 19 au 22 août, Bazas puis Saint-Macaire accueilleront une 49e Hestejada nécessairement différente de celle qui avait été imaginée. Une manière, malgré les restrictions, le changement de lieux et le profond désaccord exprimé par les organisateurs, d’éviter une année blanche.
Informations pratiques
La 49e Hestejada de las arts débutera mercredi 19 août à 21 heures sous la halle de la mairie de Bazas. Tarif unique : 15 euros.
La manifestation se poursuivra du jeudi 20 au samedi 22 août à Saint-Macaire, dans plusieurs lieux de la commune. Une partie des rendez-vous est à prix libre. Les principales soirées organisées à la salle des fêtes sont annoncées à 20 ou 25 euros.
Le programme détaillé, les lieux et les éventuelles modifications de dernière minute sont à consulter sur le site d’Uzeste Musical.
Bernard Lubat lors de la Hestejada à Uzeste en 2006. Photo : Pierre Rudloff / Wikimedia Commons



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