Fermée au public depuis novembre 2021, la flèche Saint-Michel rouvre ses portes ce samedi 13 juin à Bordeaux, après près de cinq ans de restauration. Présenté à la presse ce jeudi matin au pied du monument, le chantier marque la fin d’une opération patrimoniale majeure et le retour d’un repère familier dans la vie du quartier.
À Saint-Michel, la flèche n’a jamais vraiment disparu. Même masquée par les échafaudages, même inaccessible au public, elle est restée là, au-dessus du marché, des terrasses, des commerces et des rues du quartier. Mais ce samedi 13 juin, elle retrouve une fonction que Bordeaux attendait depuis longtemps : celle d’un monument que l’on peut à nouveau visiter.
Avec ses 114 mètres, la tour-clocher Saint-Michel est considérée comme le quatrième clocher le plus haut de France. Elle offre l’un des panoramas les plus impressionnants sur Bordeaux, entre les toits anciens, la Garonne, la basilique voisine et les lignes plus récentes de la métropole.
La restauration a été présentée ce jeudi matin en présence de Thomas Cazenave, maire de Bordeaux, Fabien Robert, adjoint chargé du tourisme et du patrimoine historique, Nathalie Bois Huyghe, adjointe chargée de la culture et des mémoires, Maylis Descazeaux-Roques, directrice régionale des affaires culturelles de Nouvelle-Aquitaine, et Charline Claveau, vice-présidente de la Région en charge de la culture et du patrimoine.
L’attente est déjà visible. Pour marquer cette réouverture, la Ville de Bordeaux a choisi d’offrir trois semaines d’accès gratuit, du 13 juin au 5 juillet. Les 3 800 places disponibles ont été réservées très rapidement. Un signe clair de l’attachement des Bordelais à ce monument, mais aussi de la curiosité autour d’un chantier longtemps resté spectaculaire depuis la place.
Un chantier de 11,3 millions d’euros
La restauration de la flèche Saint-Michel représente un investissement total de 11,3 millions d’euros. La Ville de Bordeaux y a contribué à hauteur de 4,62 millions d’euros. L’État a apporté 5,68 millions d’euros, dont 3,68 millions via la DRAC au titre de la conservation du patrimoine et 2 millions au titre de la dotation de soutien à l’investissement. La Région Nouvelle-Aquitaine a participé à hauteur d’un million d’euros.
Ce chantier achève une séquence engagée en 2017. Il constitue la troisième et dernière tranche de restauration du monument. La maîtrise d’œuvre a été assurée par Michel Goutal, architecte en chef des monuments historiques, sous le contrôle scientifique et technique de la DRAC Nouvelle-Aquitaine.
La difficulté tenait à la nature même de l’édifice. Il fallait intervenir très haut, sur une flèche fragilisée, sans ajouter de contraintes supplémentaires à la structure. La restauration a nécessité un échafaudage autoporté, devenu pendant plusieurs années une silhouette presque aussi visible que le monument lui-même. Les travaux ont porté sur les pierres sommitales altérées, les éléments de structure, les gargouilles, le fleuron, la croix et les vitraux.
Maylis Descazeaux-Roques a rappelé ce jeudi le rôle de l’État dans ce type d’opération : protéger les monuments historiques, autoriser les travaux, puis contribuer à leur financement. Elle a aussi insisté sur la dimension technique et humaine du chantier, où des savoir-faire traditionnels ont été mobilisés et transmis, notamment à des apprentis.
Un phare dans Bordeaux

- Flèche Saint-Michel à Bordeaux : réouverture d’un monument emblématique
- © Photo Kanel Duranty
Pour Thomas Cazenave, cette réouverture ne relève pas seulement de la conservation du patrimoine. Elle rend aux Bordelais un monument que beaucoup considèrent comme un repère dans la ville. Depuis la route, depuis le train ou depuis les quais, la flèche Saint-Michel fait partie des silhouettes qui annoncent Bordeaux.
Le maire a salué le travail des artisans, ouvriers, entreprises et services mobilisés sur cette restauration. À ses yeux, un chantier patrimonial de cette ampleur n’est pas une simple rénovation. Il engage la ville sur le temps long, parfois pour plusieurs générations. La dernière grande campagne de restauration de la flèche remontait au XIXe siècle, sous la conduite de Paul Abadie, après des siècles d’intempéries et de fragilités, dont l’ouragan de 1768 qui avait emporté une partie de l’édifice.
La flèche Saint-Michel appartient à cette catégorie de monuments que les habitants ne visitent pas forcément souvent, mais qu’ils regardent presque tous les jours. Elle structure le paysage. Elle sert de point de repère. Elle accompagne les déplacements, les rendez-vous, les habitudes du quartier.
Un monument enraciné dans son quartier
C’est aussi ce qui donne à cette réouverture une portée particulière. La flèche domine Bordeaux, mais elle est d’abord enracinée à Saint-Michel. Charline Claveau a rappelé la dimension sociale du monument, dans un quartier marqué par son histoire artisanale, commerçante, populaire et cosmopolite.
Saint-Michel reste l’un des quartiers bordelais où la mixité sociale demeure visible, malgré les transformations urbaines et la pression immobilière. Autour de la basilique, le marché, les cafés, les commerces, les étudiants, les habitants anciens et nouveaux composent un paysage humain qui donne à la flèche une présence différente. Elle n’est pas seulement un objet patrimonial. Elle fait partie de la vie du quartier.
Cette réouverture intervient d’ailleurs au moment de la clôture du festival Chahuts, très ancré à Saint-Michel. L’inauguration officielle est prévue samedi à 18 heures, suivie d’un concert de carillon. La soirée se poursuivra avec la “Nuit de la Flèche”, organisée avec le festival Chahuts et le collectif de commerçants Le Grand Saint-Michel. Trois concerts gratuits sont annoncés pour accompagner ce retour du monument dans l’espace public.
Des visites très encadrées
La flèche Saint-Michel sera ouverte d’avril à octobre, tous les jours de 10 heures à 13 heures et de 14 heures à 18 heures. Le dernier accès aura lieu 30 minutes avant la fermeture. La jauge reste limitée à 19 personnes, en raison des contraintes de circulation dans la tour-clocher.
À partir du 6 juillet, l’accès deviendra payant : 7 euros en plein tarif, 5 euros en tarif réduit. L’entrée sera gratuite pour les moins de 13 ans et les détenteurs du City Pass. Le tarif Carte Jeune sera de 2 euros. Un billet combiné Flèche Saint-Michel et Porte Cailhau sera également proposé à 11 euros, avec une validité de trois mois.
Avec cette réouverture, Bordeaux retrouve plus qu’un point de vue. Elle retrouve un monument de plus d’un demi-millénaire, un signal dans le ciel et un morceau de l’identité de Saint-Michel. Après des années de chantier, la flèche peut à nouveau être regardée d’en bas, mais aussi parcourue de l’intérieur. Pour les visiteurs comme pour les habitants, c’est une autre manière de relire Bordeaux depuis l’un de ses sommets.



Sur le même sujet
Bordeaux : retour en images sur l’inauguration de la nouvelle porte de l’Hôtel de Ville
Bordeaux : le MADD rouvre enfin, devant une foule dense.
Bordeaux : la porte de l’Hôtel de Ville renaît et retrouve son apparence d’origine
Église Sainte-Croix à Bordeaux : de l’abbaye bénédictine aux fouilles de la place Renaudel
À la croisée du passé et du présent : l’histoire de la Porte de Bourgogne à Bordeaux
Ouverture de la 103ème Foire de Bordeaux