Bordeaux

Encadrement des loyers à Bordeaux : ce que les locataires doivent savoir

Alors que la préfète de Gironde doit signer autour du 20 juin le nouvel arrêté fixant les loyers de référence à Bordeaux, l’encadrement des loyers entre dans une séquence décisive. Appliqué depuis 2022 dans la commune, le dispositif doit aussi arriver à échéance au niveau national en novembre 2026. Pour les locataires bordelais, l’enjeu est très concret : savoir si le loyer demandé respecte bien les plafonds.

À Bordeaux, parler de logement revient souvent à parler de pouvoir d’achat. Pour de nombreux locataires, étudiants, jeunes actifs, familles ou ménages modestes, le loyer reste la première dépense du mois. Dans une ville où la pression immobilière demeure forte, l’encadrement des loyers est donc bien plus qu’un sujet technique. C’est un outil qui peut peser concrètement sur le montant à payer chaque mois.

Le sujet est revenu dans le débat public lors du conseil municipal du 1er juin. L’élu socialiste Mathieu Hazouard a interpellé Thomas Cazenave sur la position de la nouvelle majorité bordelaise, en rappelant que le calendrier s’accélère : la préfète de Gironde doit signer autour du 20 juin le nouvel arrêté fixant les loyers de référence applicables à Bordeaux, tandis que l’expérimentation nationale doit arriver à son terme en novembre 2026.

La question est donc double. À court terme, quels seront les nouveaux plafonds applicables aux logements bordelais ? À plus long terme, Bordeaux souhaite-t-elle continuer à défendre ce dispositif si l’État décide de le prolonger ou de le pérenniser ? En attendant une réponse politique claire, les locataires ont intérêt à comprendre comment fonctionne un encadrement déjà en vigueur dans la commune.

Un dispositif appliqué à Bordeaux depuis 2022

L’encadrement des loyers est entré en vigueur à Bordeaux le 15 juillet 2022. Il concerne les baux signés depuis cette date pour les locations nues ou meublées, qu’il s’agisse d’une première mise en location, d’un changement de locataire, d’un renouvellement de bail ou d’un bail mobilité. Les colocations sont également concernées.

Tous les logements ne sont pas inclus. Les logements sociaux, les logements conventionnés APL, les locations touristiques ou encore certains logements meublés situés dans des résidences avec services échappent à ce cadre. Mais pour une grande partie du parc locatif privé bordelais, le principe est clair : le loyer ne peut pas être fixé librement au-delà d’un certain plafond.

Chaque année, un arrêté préfectoral définit les loyers de référence applicables à Bordeaux. Ces loyers varient selon plusieurs critères : le secteur géographique, le nombre de pièces, le type de location, vide ou meublée, l’époque de construction du logement et la catégorie du bien. Le nouvel arrêté attendu autour du 20 juin doit donc fixer les repères qui serviront de base aux prochains baux et aux renouvellements concernés.

Loyer de référence, loyer majoré : comment ça marche ?

Le dispositif repose sur trois valeurs. Le loyer de référence correspond au loyer médian observé pour une catégorie de logement donnée. Le loyer de référence majoré, lui, est supérieur de 20 %. C’est ce niveau qui sert de plafond. Le loyer hors charges demandé au locataire ne doit pas dépasser ce montant, calculé au mètre carré de surface habitable.

Il existe aussi un loyer de référence minoré, inférieur de 30 % au loyer de référence. Il intervient surtout en cas de demande de réévaluation lors du renouvellement d’un bail, lorsque le loyer est considéré comme très inférieur aux références du secteur.

En pratique, un locataire bordelais peut vérifier si son loyer respecte le plafond applicable à son logement. Pour cela, il doit connaître la surface habitable, l’adresse, le nombre de pièces, l’année de construction et le type de bail. Bordeaux Métropole met à disposition un simulateur permettant d’obtenir les références correspondant au logement.

Le bail doit aussi mentionner le loyer de référence et le loyer de référence majoré. Leur absence ou un dépassement injustifié peut ouvrir la voie à une demande de régularisation.

Le complément de loyer, point sensible du dispositif

Un propriétaire peut parfois appliquer un complément de loyer, mais celui-ci doit être justifié par des caractéristiques particulières de localisation ou de confort. Autrement dit, il ne suffit pas de considérer qu’un logement est “bien placé” pour dépasser le plafond. Le complément doit correspondre à un avantage réel par rapport à des logements comparables du même secteur.

Ce point est souvent sensible. Dans plusieurs villes, les associations de locataires dénoncent des compléments de loyer jugés abusifs, parfois appliqués à des logements qui ne présentent pas de caractéristiques exceptionnelles. La réglementation limite déjà certains cas : depuis août 2022, aucun complément de loyer ne peut être demandé pour un logement présentant certains défauts, comme des sanitaires sur le palier, des signes d’humidité, une mauvaise performance énergétique classée F ou G, des infiltrations ou encore une installation électrique dégradée.

Pour les locataires, le réflexe est donc de ne pas regarder seulement le loyer global, mais aussi sa composition : loyer de base, charges, complément éventuel et références indiquées dans le bail.

Que peut faire un locataire en cas de dépassement ?

Si le loyer de base dépasse le loyer de référence majoré, le locataire peut demander une diminution. Le premier réflexe consiste à comparer son bail avec les références officielles, puis à conserver les échanges écrits avec le propriétaire ou l’agence immobilière.

La première étape reste souvent l’échange direct. En cas d’échec, il est possible de saisir la commission départementale de conciliation, avant d’aller plus loin si nécessaire.

La démarche peut sembler technique, voire dissuasive, mais elle n’est pas anecdotique. Pour un logement loué plusieurs dizaines d’euros au-dessus du plafond, l’écart peut représenter plusieurs centaines d’euros sur une année. Dans un contexte où les budgets sont serrés, la vérification peut donc avoir un réel impact.

L’encadrement des loyers ne règle pas à lui seul la crise du logement. Il ne crée pas de nouveaux logements, ne résout pas la pénurie d’offres accessibles et ne remplace pas une politique de construction ou de rénovation. Mais il agit sur un point précis : limiter les loyers excessifs dans les zones où la tension locative est forte.

Une année décisive pour Bordeaux

Avant même l’échéance nationale de novembre 2026, une première date est à surveiller à Bordeaux : celle du nouvel arrêté préfectoral attendu autour du 20 juin. C’est ce texte qui fixe les loyers de référence, les loyers minorés et les loyers majorés applicables selon les secteurs et les catégories de logements. Pour les locataires comme pour les propriétaires, il déterminera les nouveaux repères à utiliser pour vérifier ou fixer un loyer.

La seconde échéance se jouera à l’échelle nationale. L’expérimentation prévue par la loi Elan, prolongée par la loi 3DS, doit s’achever en novembre 2026. Sans prolongation ou pérennisation, les villes qui appliquent aujourd’hui l’encadrement des loyers pourraient perdre cet outil.

À Bordeaux, le sujet arrive au moment où la nouvelle majorité municipale prépare sa stratégie logement. Thomas Cazenave avait exprimé pendant la campagne ses réserves sur le dispositif, estimant qu’il ne répondait pas à lui seul au problème du logement. Depuis son arrivée à la mairie, sa position précise sur la poursuite de l’expérimentation reste attendue.

Pour les propriétaires, l’enjeu est celui de la lisibilité des règles et de l’équilibre économique de la location. Pour les locataires, il est beaucoup plus immédiat : savoir si le loyer demandé est conforme, comprendre ses droits et anticiper ce qui pourrait changer si le dispositif disparaissait.

À Bordeaux, derrière les textes et les arrêtés, la question reste très concrète : combien faudra-t-il payer pour continuer à se loger en ville ?

Écrit par

La rédaction