Samedi 10 octobre 2026, le Green Paradize Festival a refermé sa deuxième édition au parc de Mussonville, à Bègles. De l’univers singulier de Bertrand Belin aux sonorités trip-hop de Morcheeba, avant le disco fédérateur de Cerrone et les ambiances électroniques de The Avener, cette dernière soirée a fait se rencontrer les styles et les générations. Malgré les pluies de l’après-midi, le public était venu nombreux pour profiter des concerts.
Il avait plu dans l’après-midi et, à certains endroits, les pelouses du parc de Mussonville en conservaient les traces. Mieux valait avoir choisi des chaussures adaptées plutôt qu’une paire de baskets blanches. Mais samedi soir, la pluie a laissé les festivaliers tranquilles. Une bonne nouvelle pour Green Paradize, qui retrouvait son public pour la deuxième et dernière soirée de son édition 2026.
Et du monde, il y en avait. Les allées semblaient bien remplies, les abords de la grande scène également. Comme la veille, plusieurs générations se côtoyaient, venues parfois pour des artistes aux univers très éloignés. Il faut dire qu’entre Bertrand Belin, Morcheeba, Cerrone et The Avener, la programmation proposait quelques changements d’atmosphère assez radicaux.
Pour ce dernier grand rendez-vous musical en plein air de la saison dans la métropole bordelaise, Mussonville avait une nouvelle fois changé de visage.
KuleeAngee ouvre la soirée à Mussonville
La soirée a débuté avec KuleeAngee, qui ouvrait la programmation sur la grande scène. Parmi les titres interprétés, All In et Pretty Love ont donné un premier aperçu de son univers musical.
Dans un festival où les têtes d’affiche occupent naturellement une grande place, ces premiers concerts permettent aussi aux spectateurs arrivés tôt de découvrir d’autres artistes, avant que la soirée ne prenne progressivement de l’ampleur.
Et samedi, le programme allait rapidement changer de registre avec l’arrivée de Bertrand Belin.
Bertrand Belin, l’élégance d’un dandy à part dans la chanson française
Costume lie-de-vin, silhouette élégante et gestuelle parfois déroutante : Bertrand Belin possède une présence scénique immédiatement reconnaissable. Il y a quelque chose du dandy chez cet artiste qui semble cultiver autant le mystère que l’humour.
Mais c’est surtout sa voix qui retient l’attention. Grave, légèrement traînante, portée par un phrasé sophistiqué et singulier, elle évoque parfois celle d’Alain Bashung. Une parenté qui tient moins à une imitation qu’à cette manière de faire exister les mots, de leur donner du poids et de laisser les silences travailler entre les phrases.
Bertrand Belin était entouré de six musiciens : trois aux claviers, un batteur, un bassiste et un guitariste. Une formation de sept personnes au total, avec une place particulièrement importante accordée aux claviers. Sur scène, cette configuration donnait de l’ampleur aux arrangements, tout en laissant toute sa place à la voix grave et au phrasé si particulier du chanteur.
Bertrand Belin prenait également la guitare sur certains morceaux, alternant ainsi entre chant et jeu instrumental.
Le concert a commencé avec Que dalle tout, avant de se poursuivre notamment avec Pluie de data, extrait de son dernier album, Watt.
Chez Bertrand Belin, les textes ne se livrent pas immédiatement. Il faut accepter de s’y perdre un peu. Les images se succèdent, parfois absurdes, parfois inquiétantes. L’humour surgit au détour d’une formule, avant de laisser place à quelque chose de plus sombre.
Pluie de data en est un bon exemple. Derrière les associations de mots et les images inattendues, la chanson traverse les rapports de domination, la violence et les destructions humaines. Belin ne cherche pas à délivrer un message explicite. Il laisse plutôt les images s’accumuler, jusqu’à faire naître un sentiment de désolation, sans exclure complètement l’espoir.
Sur scène, cette étrangeté passe aussi par le corps. Ses mouvements de danse, parfois presque surréalistes, semblent prolonger l’univers de ses chansons. Un geste, un déplacement ou une posture suffisent à introduire une forme de décalage.
Tambour vision et Oiseau ont également trouvé leur place dans cette prestation, où la musique et les mots entretiennent un dialogue permanent.
Et puis il y a eu cette remarque adressée au public : « Nous sommes dans une belle prairie. » Une manière très personnelle de saluer le cadre du parc de Mussonville, assez éloigné des salles dans lesquelles on retrouve habituellement le chanteur.
La fin du concert a réservé un dernier moment de proximité. Après De corps et d’esprit, Bertrand Belin a terminé avec La Béatitude, en s’approchant au plus près des festivaliers du premier rang.
Une conclusion à son image : singulière, élégante et légèrement imprévisible.
Morcheeba, la voix de Skye Edwards et les guitares de Ross Godfrey
Autre forme d’élégance, autre univers musical. Après le costume lie-de-vin de Bertrand Belin, c’est dans une ample tenue bleu nuit, ceinturée de noir et surmontée d’un chapeau, que Skye Edwards est apparue sur la scène de Mussonville.
Avec Morcheeba, Green Paradize retrouvait les sonorités trip-hop qui ont fait connaître le groupe britannique dans les années 1990. Au centre de cette musique, la voix de velours de Skye Edwards, douce et enveloppante, presque hypnotique, demeure immédiatement reconnaissable.
À ses côtés, Ross Godfrey rappelait combien la guitare participe à l’identité de Morcheeba. Son jeu, particulièrement marquant samedi soir, se déployait sur ces lignes de basse profondes et répétitives caractéristiques du trip-hop. Tantôt mélodique, tantôt plus incisive, sa guitare donnait du relief aux atmosphères enveloppantes du groupe.
L’histoire de Morcheeba a pourtant connu plusieurs changements. Skye Edwards avait quitté la formation en 2003 pour poursuivre une carrière solo, avant de revenir en 2010. Depuis le départ de Paul Godfrey en 2014, le groupe poursuit son chemin autour du duo formé par la chanteuse et Ross Godfrey.
Sur scène, cette association prend tout son sens, entre les guitares, les arrangements aux influences multiples et cette pulsation trip-hop qui traverse les années.
Le concert a débuté avec Trigger Hippie, l’un des titres emblématiques du groupe. Dès les premières notes, le contraste avec Bertrand Belin était saisissant. Aux mots énigmatiques et au phrasé presque parlé du Français succédaient les mélodies souples et les atmosphères feutrées de Morcheeba.
Le groupe a puisé dans différentes périodes de son répertoire, avec notamment Never an Easy Way, Otherwise, Blindfold et l’incontournable The Sea, dont la mélodie reste indissociable de la voix de Skye Edwards.
Des titres plus récents figuraient également au programme, dont Call for Love et We Live and Die, issus de l’album Escape the Chaos, paru en 2025. Une manière de rappeler que Morcheeba ne se résume pas à ses succès des années 1990 et poursuit son parcours musical.
Le groupe a aussi proposé une reprise de I Shot the Sheriff, chanson de Bob Marley, apportant une autre couleur à un concert déjà riche en influences.
Dans le cadre de Mussonville, cette parenthèse trip-hop apportait une respiration bienvenue avant une fin de soirée nettement plus tournée vers la danse.
Cerrone, le disco emporte tout Mussonville
Avec Cerrone, Mussonville a basculé dans la fête. Après les univers plus singuliers de Bertrand Belin et Morcheeba, le pionnier français du disco a entraîné le public dans une soirée résolument dansante.
Dès les premières notes de Je Suis Music, les festivaliers se sont laissé entraîner. Toutes les générations semblaient réunies autour d’une même envie : danser.
Give Me Love, All We Are et A Part of You ont accompagné cette montée en puissance, avant l’un des moments les plus attendus : Supernature.
Avec ce titre, Cerrone a définitivement emporté le public de Mussonville. Près d’un demi-siècle après sa sortie, Supernature n’avait rien perdu de sa puissance. Devant la scène, la soirée était devenue une fête collective, réunissant des festivaliers de tous âges.
Mais Cerrone ne s’est pas contenté d’enchaîner les morceaux destinés à faire danser. À un moment de son set, c’est la voix de John Lennon qui a résonné dans le parc de Mussonville, avec la diffusion de la version originale d’Imagine. Une parenthèse musicale inattendue, avant que Summer Lovin’ ne ramène le public vers les rythmes disco.
Samedi soir, Cerrone rappelait surtout que le disco n’appartient pas uniquement à une époque. Certains spectateurs avaient découvert cette musique à sa sortie, d’autres bien plus tard. Devant la scène, des spectateurs de tous âges dansaient ensemble.
The Avener, une dernière immersion dans l’électro
Pour terminer cette deuxième soirée, The Avener a pris le relais avec une proposition où l’univers visuel comptait autant que la musique.
Le producteur français cultive une électro mélodique nourrie d’influences house, blues et soul. À Mussonville, les jeux de lumière et les effets visuels accompagnaient les rythmes électroniques, donnant à sa prestation une dimension immersive.
Après le disco de Cerrone, The Avener a ainsi prolongé la dynamique dansante du festival dans une atmosphère différente, où les images et les sons participaient d’un même spectacle.
Une manière de refermer Green Paradize sur l’une des composantes essentielles de son identité : la place accordée aux musiques électroniques, sans pour autant leur réserver l’ensemble de la programmation.
À Bègles, Green Paradize trouve progressivement sa place
Au terme de ces deux soirées, Green Paradize confirme son choix d’une programmation qui ne cherche pas à enfermer son public dans un seul genre musical.
Vendredi, Mama Lou, Selah Sue, Caravan Palace, Bakermat et Purple Disco Machine figuraient au programme. Samedi, Bertrand Belin, Morcheeba, Cerrone et The Avener ont prolongé cette rencontre entre des univers parfois très éloignés.
Le public semblait particulièrement nombreux pour cette dernière soirée. Sans chiffres officiels de fréquentation, difficile de mesurer précisément l’affluence, mais l’impression d’un parc bien rempli était nette.
Après une première édition en 2025, Green Paradize poursuit son installation dans le paysage musical de la métropole bordelaise. Cette deuxième édition a dessiné plus nettement son identité, fondée sur la rencontre de styles et de générations, dans un cadre inhabituel pour des concerts de cette ampleur.
Dimanche, le parc de Mussonville allait retrouver son calme. Les festivaliers, eux, repartaient avec des souvenirs musicaux très différents. Et, pour certains, un peu de boue sous les chaussures.



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