Bordeaux

"Le Combat des Maires" : Bordeaux annexe La Bastide !!!

Si l’affaire ne date pas d’hier, l’histoire de cette petite annexion mérite d’être contée, car bien peu de bordelais la connaissent. Dès 1821, le conseil municipal de Bordeaux, avec le maire Joseph-Marie de Gourgue, demande au roi Louis XVIII l’autorisation de réunir une portion du territoire de Cenon à Bordeaux. Avec la mise en service du Pont de Pierre en 1822 apparaît le risque de provoquer une concurrence économique pour Bordeaux si des tavernes et des auberges s’installent sur l’autre rive. Le projet ainsi présenté sera rejeté par le maire de Cenon, et Bordeaux n’obtiendra pas l’extension de l’octroi sur les territoires réclamés.


Les premiers plans d’annexion et les réactions

Le député Simiot, en 1847, présente au maire Duffour-Dubergier « un plan d’annexion de La Bastide » et le justifie en ces termes : « Une grande ville en possession d’un grand fleuve, dans l’intérêt de sa prospérité commerciale doit masser sa population autour de son port .. Ce port sera le plus près possible, en face de nous, à la Bastide, et pour cela il faut que cette localité fasse partie de Bordeaux. L’intérêt immédiat de la ville exige cette réunion, et comme corollaire, le pont doit être affranchi de tout péage. » Le conseil municipal de Bordeaux écarte le projet. En 1850 le commerçant Balaresque reprend l’initiative en écrivant : « La construction de la gare de La Bastide va devenir pour Bordeaux un véritable danger, notre commerce en sera atteint comme jadis le quartier de Paludate par la construction du pont. A La Bastide, une église, une gare, une salle, un débarcadère pour les navires ont été construits. Des établissements industriels s’y forment ; les vignes, les roseraies se transforment en rues et places publiques, des maisons s’élèvent, des routes et des quais s’étendent jusqu’à la Souy et à Lormont.
Clocher de Sainte Marie de La Bastide
Encore un peu de temps, toutes nos craintes et nos tristes prévisions seront réalisées. » Dans une lettre, Lagrave, maire de Cenon va répliquer de façon cinglante : « Bordeaux ne convoite La Bastide que pour accroître ses revenus. En 1821, la création du pont de chemin de fer fut un prétexte pour demander l’annexion ; aujourd’hui c’est la gare de chemin de fer … Nous n’envions pas les splendeurs de Bordeaux, qu’elle nous laisse dans notre humilité. Elle fait payer trop cher l’honneur de lui appartenir. »

L’intervention du Préfet

Trente deux ans plus tard, alors que le maire de Bordeaux est Antoine Gautier, une commission créée par le préfet Pierre de Mentque s’empare de l’affaire. Le nouveau projet englobe non seulement La Bastide mais également une partie de Floirac, Cenon et Lormont, et sur la rive gauche le territoire entier des communes de Bruges, du Bouscat, Caudéran, Talence, Bègles, Mérignac, Pessac etc …. Selon le conseiller municipal, Adolphe Alphand, le projet d’annexion de ces territoires a pour objet de donner à la ville une ampleur qui lui manque, de faire disparaître les irrégularités de son enceinte, et de rendre à Bordeaux son antique splendeur.
Un témoin d'une époque révolue

La difficile solution

Les vigoureuses oppositions des maires concernés vont entrainer l’ajournement de cet ambitieux projet. Antoine Gautier n’envisage qu’une annexion minimale et rejette le projet préfectoral sous prétexte qu’il pourrait entrainer de très imprévisibles et grandes dépenses. Ses successeurs les maires Castéja et Brochon, n’osant pas affronter les querelles de clocher, vont se contenter de gérer l’affaire sans aller contre leurs intérêts électoraux. Presque dix ans vont s’écouler en palabres et propositions diverses pour enfin aboutir à une solution acceptable par tous. La ville de Bordeaux rachète le péage du pont de pierre en échange de l’annexion de terrains nécessaires à l’agrandissement de la ville du côté de La Bastide. L’annexion de La Bastide, confirmée par le décret du 27 avril 1864, devient effective le 1er janvier 1865. Le nouveau quartier, dénommé Bordeaux-Bastide, comprend plus de la moitié du territoire de Cenon ainsi qu’une partie de Floirac et de Lormont.

Sources : Histoire des Maires de Bordeaux – Les dossiers d’Aquitaine. Guide de Bordeaux – Regards sur l’Aquitaine.

Ecrit par Dominique Mirassou


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