Bordeaux

À Saint-Loubès, le RER girondin prend de la longueur

Inaugurée ce 11 juin, la halte de Saint-Loubès marque une étape concrète du Service Express Régional Métropolitain autour de Bordeaux. Quais allongés, nouvelles rames Regio2N, capacité renforcée : derrière les discours officiels, c’est le quotidien des voyageurs entre Libourne, Bordeaux et Arcachon qui commence à changer.

Le train passe, les discours s’interrompent, puis les regards reviennent vers les quais. À Saint-Loubès, l’inauguration du Service Express Régional Métropolitain avait quelque chose de très concret : ici, la promesse du RER girondin se mesure en mètres de quai, en places supplémentaires et en trajets du quotidien moins contraints.

Ce jeudi 11 juin, la halte ferroviaire rénovée a été inaugurée en présence de Madame la Préfète, d’Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine, de Thomas Cazenave, président de Bordeaux Métropole, de Jean Galand, maire de Saint-Loubès, d’Antoine de Tournemire et d’Alain Resplendy-Bernard. Tous sont venus saluer une étape de plus dans le déploiement du SERM bordelais, ce projet appelé à renforcer les liaisons ferroviaires autour de Bordeaux.

Mais l’intérêt de cette inauguration dépasse largement le protocole. À Saint-Loubès, commune située entre Bordeaux et Libourne, la gare n’est pas un équipement périphérique. Elle est devenue un point d’appui pour les habitants qui travaillent, étudient ou se déplacent vers l’agglomération bordelaise. Et avec l’arrivée de trains plus longs, elle doit désormais absorber une fréquentation appelée à bondir dans les prochaines années.

Les partenaires réunis autour du projet.

Des quais plus longs pour des trains plus capacitaires

Les travaux réalisés à Saint-Loubès répondent à une nécessité simple : permettre l’accueil de rames Regio2N en unité multiple sur la ligne 41+, entre Libourne, Bordeaux et Arcachon. Ces trains à deux niveaux offrent 331 places assises par rame, et jusqu’à 660 places lorsqu’ils circulent en double composition.

Pour les accueillir, les quais de la halte ont été allongés à 166 mètres et rehaussés à 55 centimètres. La signalétique et l’éclairage ont été modernisés, les extrémités de quai sécurisées et le passage souterrain rénové. À la halte de Saint-Sulpice - Izon, située à Saint-Sulpice-et-Cameyrac, les mêmes objectifs ont guidé le chantier.

Ces aménagements peuvent sembler techniques. Ils sont pourtant au cœur du projet. Sans quais adaptés, pas de trains plus longs. Sans trains plus longs, pas de capacité supplémentaire. Et sans capacité supplémentaire, difficile de convaincre les habitants de laisser leur voiture au garage, surtout aux heures de pointe.

Sur le terrain, SNCF Gares & Connexions a aussi mis en avant des choix plus discrets : utilisation d’un enrobé clair pour limiter la chaleur en été, réemploi de certains mobiliers lorsque cela était possible, nouveaux abris et signalétique de sécurité renforcée. Une modernisation par étapes, loin des grands effets d’annonce, mais essentielle pour rendre la gare plus lisible, plus sûre et plus confortable.

Cette inauguration prolonge une première étape déjà visible pour les usagers. En décembre 2025, le TER avait fait son retour à Saint-Loubès après deux mois d’interruption liés au chantier d’allongement des quais. La halte retrouvait alors une desserte structurante, avec des temps de parcours attractifs vers Bordeaux-Saint-Jean, Libourne ou Arcachon. Six mois plus tard, l’inauguration officielle replace ces travaux dans une perspective plus large : celle du SERM bordelais, ou RER girondin, appelé à accompagner la hausse rapide de la fréquentation sur la ligne 41+.

Une fréquentation déjà en forte hausse

Si Saint-Loubès change de dimension, c’est parce que les usages ont déjà évolué. La halte a accueilli 186 165 voyageurs en 2024. Sa fréquentation a progressé de 91 % par rapport à 2019, et les projections annoncent une hausse de 256 % d’ici 2030. À la halte de Saint-Sulpice - Izon, la tendance est similaire : 166 353 voyageurs en 2024, +71 % depuis 2019, et une fréquentation estimée en hausse de 215 % à l’horizon 2030.

Ces chiffres disent une réalité très quotidienne : celle de trains déjà chargés, notamment le matin et le soir. Sur la ligne 41+, les fréquentations en heure de pointe peuvent régulièrement atteindre entre 370 et plus de 450 voyageurs. Les nouvelles rames Regio2N, cofinancées par la Région Nouvelle-Aquitaine et Bordeaux Métropole, doivent donc répondre à une demande qui n’a plus grand-chose de théorique.

À compter de l’été 2026, trois nouvelles rames Regio2N doivent circuler sur la ligne 41+. Du lundi au jeudi, quinze circulations en unité multiple seront ajoutées, soit environ 5 000 places supplémentaires par jour. Le week-end, dix circulations supplémentaires sont prévues le samedi et dix-sept le dimanche, avec près de 9 000 places en plus sur deux jours.

L’enjeu concerne autant les trajets domicile-travail que les déplacements de loisirs, notamment vers le bassin d’Arcachon. Pour les voyageurs réguliers, cela signifie moins de saturation. Pour les familles, les jeunes, les cyclistes ou les usagers occasionnels, cela peut aussi rendre le train plus attractif.

Saint-Loubès, petite gare mais enjeu majeur

Dans son intervention, Jean Galand a insisté sur la place de la gare dans la vie communale. À Saint-Loubès, la halte n’est pas seulement un lieu de passage. Elle devient une porte d’entrée sur la commune, mais aussi un point autour duquel se réorganisent les mobilités locales.

La ville entend poursuivre ses efforts autour du site : abris vélos supplémentaires, stationnement, liaisons avec les quartiers, réflexion sur des navettes vers les zones d’activité ou les communes voisines. Ce sont ces aménagements, parfois moins visibles que les rames neuves, qui feront ou non le succès du RER girondin.

Car la question du “dernier kilomètre” reste centrale. Un train plus fréquent ne suffit pas si l’on ne peut pas rejoindre la gare facilement, s’y garer, y déposer son vélo ou poursuivre son trajet une fois arrivé. Le SERM ne se jouera donc pas uniquement sur les rails, mais aussi dans les rues qui mènent aux gares, dans les parkings, les cheminements piétons, les pistes cyclables et les correspondances.

RER métropolitain ou RER girondin ?

Lors de l’inauguration, le vocabulaire lui-même a fait débat. SERM, RER métropolitain, RER girondin : derrière les sigles, chacun cherche le mot le plus juste pour décrire le projet. “SERM” dit la reconnaissance nationale et institutionnelle. “RER métropolitain” parle davantage aux usagers. “RER girondin”, souvent évoqué dans les discours, insiste sur l’échelle réelle du bassin de vie.

Car ce projet dépasse Bordeaux. Il concerne les communes périurbaines, les territoires entre métropole et Libournais, les habitants qui vivent hors de la ville-centre mais dont les déplacements quotidiens restent fortement liés à elle. Thomas Cazenave l’a rappelé : Bordeaux Métropole finance ici des équipements situés hors de son périmètre administratif, parce que les flux, eux, ne s’arrêtent pas aux frontières institutionnelles.

Cette logique d’interdépendance est au cœur du projet. La métropole attire emplois, études, soins, culture. Les territoires voisins accueillent des habitants, des zones d’activité, des espaces de vie. Entre les deux, la voiture reste encore trop souvent la solution par défaut. Le RER girondin ambitionne précisément de proposer une alternative crédible, régulière et lisible.

Une pièce d’un chantier plus large

Cette étape locale s’inscrit dans un projet plus vaste, dont le coût et le calendrier restent des sujets de vigilance pour les collectivités. Mais à Saint-Loubès, l’enjeu immédiat est plus concret : permettre à une halte très fréquentée d’accueillir des trains plus longs, mieux absorber les flux du matin et du soir, et rendre le train plus crédible dans les déplacements du quotidien.

L’inauguration de Saint-Loubès ne marque donc pas une fin, mais une étape. Sur la même ligne, les gares de Bassens et de Vayres poursuivent leurs travaux d’adaptation. À Bassens, une passerelle équipée d’ascenseurs doit améliorer l’accès aux quais. À Vayres, les aménagements doivent également permettre l’accueil de trains plus longs.

Plus largement, le RER métropolitain bordelais repose sur une étoile ferroviaire à cinq branches : Arcachon, Libourne, Langon, le Médoc et le Nord Gironde. À terme, il doit concerner 300 kilomètres de lignes et 54 gares, dont 17 dans l’agglomération bordelaise.

L’objectif est connu : plus de fréquence, plus de simplicité, plus de connexions. Mais à Saint-Loubès, cette ambition a pris une forme très concrète. Un quai rallongé, un passage souterrain modernisé, des trains capables d’emporter davantage de voyageurs. Rien de spectaculaire en apparence. Mais dans le quotidien de celles et ceux qui prennent le train pour rejoindre Bordeaux, Libourne ou Arcachon, ce sont précisément ces détails qui peuvent changer la donne.

À Saint-Loubès, le RER girondin ne se raconte plus seulement dans les dossiers et les calendriers. Il s’arrête à quai.

Écrit par

Patrick Delhoume