Bordeaux

Tourisme à Bordeaux : la Métropole cherche son nouvel équilibre

L’Agora du tourisme lancée par l’Office de tourisme de Bordeaux Métropole doit ouvrir la construction de la stratégie 2027-2032. Mais entre attractivité économique, qualité d’accueil, accès au centre-ville, épisodes de canicule et coût de l’adaptation climatique, le futur touristique bordelais se jouera autant dans les choix urbains que dans la promotion de la destination.

Une nouvelle stratégie touristique pour 2027-2032

Bordeaux veut continuer à attirer. Mais dans une ville confrontée aux fortes chaleurs, aux difficultés d’accès au centre-ville et aux contraintes budgétaires, la question n’est plus seulement de faire venir les visiteurs. Elle est aussi de savoir dans quelles conditions les accueillir.

Ce jeudi 25 juin, l’Office de tourisme et des congrès de Bordeaux Métropole a réuni au Palais de la Bourse près de 150 participants pour lancer l’« Agora pour le tourisme à Bordeaux Métropole ». Derrière cette formule institutionnelle, l’enjeu est concret : écrire la prochaine stratégie touristique et événementielle du territoire pour la période 2027-2032.

Élus, professionnels du tourisme, acteurs de l’événementiel, représentants d’institutions, associations et habitants ont été invités à ouvrir une réflexion qui doit se poursuivre dans les prochains mois. Les travaux doivent aboutir à une nouvelle feuille de route, présentée au vote du Conseil de Bordeaux Métropole d’ici le début de l’année 2027. Pour Bordeaux, il ne s’agit pas seulement de poursuivre son rayonnement. Il s’agit désormais de trouver un équilibre plus délicat entre attractivité, économie locale, adaptation climatique et qualité de vie.

Un premier bilan du tourisme responsable à Bordeaux

La démarche s’inscrit dans le prolongement de la stratégie 2022-2026, qui avait fixé une ambition : faire de Bordeaux une destination reconnue de tourisme responsable. Selon le bilan présenté par l’Office de tourisme, plusieurs dispositifs ont marqué cette période. Le programme d’accompagnement à la transition responsable permettrait aujourd’hui d’atteindre 55 % d’entreprises adhérentes à l’OTCBM éco-certifiées. Le dispositif Bordeaux Solid’air, lui, propose gratuitement des offres de loisirs à des personnes en situation de difficultés sociales vivant dans la métropole.

Le collectif Bordeaux Bienvenue rassemble aussi une quarantaine d’acteurs de la chaîne d’accueil autour de la qualité de l’expérience proposée aux visiteurs. Déjà évoqué début juin dans nos colonnes, ce dispositif traduit une évolution de fond : l’accueil devient un enjeu économique autant qu’un marqueur d’image. À Bordeaux, l’expérience d’un visiteur commence parfois avant même les quais ou le centre historique, à la gare Saint-Jean, à l’aéroport, dans un tram, un taxi, un hôtel, un restaurant ou un commerce. C’est toute cette chaîne que la future stratégie devra désormais consolider.

Cette base ne suffit pourtant plus à répondre aux tensions qui traversent la ville. La future feuille de route devra composer avec des attentes parfois contradictoires : maintenir l’attractivité internationale de Bordeaux, soutenir l’économie touristique et événementielle, diversifier les publics, tout en évitant que le tourisme soit vécu comme une contrainte supplémentaire par les habitants.

Accès au centre-ville : un enjeu pour les visiteurs aussi

La question est d’autant plus sensible que Bordeaux sort d’une séquence locale révélatrice. Le centre-ville conserve une vraie force d’attraction, notamment pour le shopping, la balade et la restauration. Mais un récent diagnostic de Bordeaux Mon Commerce a rappelé que l’accès, le stationnement, le coût du déplacement et le temps de trajet pèsent de plus en plus sur la fréquentation. Cette réalité ne concerne pas seulement les commerçants. Elle touche aussi l’expérience touristique : venir à Bordeaux, circuler dans la ville, découvrir ses quartiers, rester plus longtemps, revenir.

Canicule et adaptation climatique : le tourisme face au réel

À cette difficulté d’accès s’ajoute désormais la question climatique. Les épisodes de fortes chaleurs ne sont plus un simple arrière-plan météo. Ils interrogent directement la capacité d’une destination urbaine à accueillir dans de bonnes conditions. Lors d’une canicule, les transports, les espaces publics, les files d’attente, les terrasses, les événements et les conditions de travail des salariés deviennent autant de points de fragilité. Pour une métropole qui mise sur son patrimoine, ses quais, son centre historique et ses grands rendez-vous, l’adaptation au réchauffement climatique devient un sujet touristique autant qu’un sujet écologique.

En toile de fond, le débat sur les finances publiques rappelle aussi que l’adaptation d’une ville au changement climatique suppose des choix coûteux : végétalisation, rénovation énergétique, équipements publics, îlots de fraîcheur, mobilités, espaces ombragés. Ces investissements conditionnent pourtant l’attractivité future. Une destination peut soigner son image, mais elle ne peut durablement ignorer les conditions très concrètes dans lesquelles habitants, visiteurs et professionnels vivent la ville.

Attractivité, habitants, événements : la ligne de crête

C’est dans ce contexte que Fabien Robert, président de l’Office de tourisme et des congrès de Bordeaux Métropole, fixe trois grands axes : faire de Bordeaux une destination d’excellence, alliant attractivité internationale et respect de la qualité de vie des résidents ; promouvoir un tourisme durable et diversifié ; renforcer le rayonnement de la ville pour la repositionner parmi les métropoles les plus dynamiques.

Reste à transformer ces orientations en choix concrets. L’Agora doit désormais associer plusieurs cercles de concertation : habitants, visiteurs, maires des 28 communes de la métropole, professionnels du tourisme, partenaires institutionnels, bénéficiaires économiques et élus métropolitains. Ce travail dira aussi quelle place Bordeaux veut donner au tourisme dans son modèle urbain.

Car le tourisme de demain ne se résumera pas à une bataille d’image. Il devra répondre à une question plus simple, mais plus exigeante : comment continuer à faire venir sans saturer, faire rayonner sans fragiliser, accueillir sans dégrader la vie quotidienne ? Pour Bordeaux Métropole, la stratégie 2027-2032 s’annonce moins comme un exercice de communication que comme un test grandeur nature de son adaptation.

Écrit par

Jean-Sébastien Dufourg

Directeur de la publication

Créateur du site web et co fondateur du magazine en 2011