Bordeaux

Face aux canicules, Bordeaux prépare sa réponse pour la rentrée

Bordeaux présentera à la rentrée un plan d’adaptation nourri par les enseignements de l’épisode caniculaire de cet été. Annoncée lors de la signature de la charte « Plus fraîche ma ville » avec l’ADEME, cette future feuille de route reste sans mesures chiffrées, budget ni calendrier détaillé. Ombrage, végétalisation et gestion de l’eau constituent, pour l’instant, les principales directions évoquées.

La signature d’une charte peut sembler institutionnelle. Elle intervient pourtant dans un contexte devenu très concret. Après plusieurs journées de fortes chaleurs, la Ville de Bordeaux a rejoint, lundi 20 juillet, la démarche nationale « Plus fraîche ma ville » portée par l’ADEME.

La conférence de presse organisée à l’hôtel de ville s’est tenue en présence de Thomas Cazenave, maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole, et de Sylvain Waserman, président-directeur général de l’Agence de la transition écologique. Elle a permis d’afficher une prise de conscience commune et quelques orientations, mais sans déboucher sur l’annonce de nouvelles mesures immédiatement applicables.

Avant la signature, les deux responsables se sont rendus à l’école Saint-Bruno pour observer les conditions d’accueil pendant les périodes de chaleur. Une manière de replacer l’adaptation climatique dans le quotidien des services publics : protection des enfants et des agents, fonctionnement des écoles et des accueils de loisirs, mais aussi capacité des bâtiments à rester praticables lorsque les températures augmentent.

Un plan d’adaptation annoncé pour la rentrée

La principale information de cette séquence ne se trouve pas dans la charte elle-même. Thomas Cazenave a confirmé que la Ville présenterait à la rentrée un plan d’adaptation à la nouvelle donne climatique. Celui-ci devra notamment tirer les enseignements de l’épisode caniculaire de cet été.

Le maire souhaite attendre que la période de risque soit complètement passée avant d’en dresser le bilan. Une reprise de la chaleur au cours de l’été n’est pas écartée. Les services municipaux doivent donc encore évaluer les dispositifs mobilisés, leur efficacité et les difficultés rencontrées.

Le contenu de la future feuille de route reste cependant à préciser. Aucun budget, objectif chiffré ou calendrier de réalisation n’a été communiqué pendant la conférence. La végétalisation, la désimperméabilisation des sols et la création d’espaces plus frais ont été présentées comme des directions de travail plutôt que comme de nouveaux projets déjà arrêtés.

Sylvain Waserman a insisté sur la nécessité d’anticiper. Les décisions prises aujourd’hui doivent tenir compte des températures que connaîtront les villes dans dix ou vingt ans, notamment pour le choix des arbres et la conception des bâtiments. Pour le président-directeur général de l’ADEME, l’adaptation permet de relier les projections climatiques à l’horizon 2050 aux difficultés désormais rencontrées dans la vie quotidienne.

L’ombrage des rues reste une piste

Thomas Cazenave a évoqué la possibilité d’expérimenter des aménagements temporaires pendant les périodes de très forte chaleur. Le cours de l’Intendance a été cité comme exemple d’une rue commerçante particulièrement exposée au soleil, dont la fréquentation diminue lorsque les températures deviennent difficiles à supporter.

Des voilages ou d’autres dispositifs d’ombrage pourraient être étudiés dans certains secteurs. À ce stade, aucun emplacement précis ni calendrier n’a toutefois été annoncé. Leur éventuelle installation devra aussi composer avec les contraintes architecturales et patrimoniales du centre historique.

Cette réflexion illustre la fonction de « Plus fraîche ma ville » : aider les élus et les agents des collectivités à diagnostiquer la surchauffe urbaine, identifier des solutions adaptées et préparer leurs projets. La plateforme propose des recommandations techniques, des simulations budgétaires et des retours d’expérience d’autres territoires. Elle ne finance cependant pas directement les aménagements et ne se substitue pas aux décisions de la municipalité.

La signature ne vaut donc pas lancement automatique de nouveaux travaux. Elle doit plutôt permettre aux services municipaux de bénéficier des données, des méthodes et de l’expertise réunies par l’ADEME.

Une première micro-forêt déjà référencée

Le dispositif recense déjà une expérience locale : la première micro-forêt de Bordeaux, plantée en mars 2021 sur l’ancienne placette minérale située entre les rues Billaudel, Fieffé et Francin, à Bordeaux Sud.

Baptisée Wangari Muta Maathai, elle vise à former un îlot de fraîcheur grâce au développement progressif de jeunes arbres et d’arbustes. Sa présence sur la plateforme montre que Bordeaux dispose déjà de réalisations susceptibles d’être partagées avec d’autres collectivités.

Cet exemple rappelle également que les effets des opérations de végétalisation ne sont pas immédiats. Plusieurs années sont nécessaires avant que les plantations apportent suffisamment d’ombre et produisent un rafraîchissement significatif. L’adaptation repose donc à la fois sur des réponses temporaires pendant les vagues de chaleur et sur des transformations urbaines de long terme.

Végétaliser et laisser l’eau pénétrer dans les sols

La végétalisation devrait conserver une place importante dans le futur plan bordelais. La Ville entend notamment poursuivre la transformation des cours d’école par la plantation d’arbres et la désimperméabilisation des sols. L’enjeu ne consiste plus uniquement à planter davantage, mais à choisir des essences capables de résister au climat attendu dans les prochaines décennies.

La lutte contre la surchauffe urbaine passe également par une meilleure circulation de l’eau. En laissant la pluie pénétrer dans les sols plutôt que de l’évacuer immédiatement, la désimperméabilisation favorise l’humidité, l’évaporation et la recharge des nappes phréatiques.

Thomas Cazenave a annoncé que Bordeaux Métropole présenterait, dans les prochains mois, ses ambitions en matière de gestion de l’eau. La réutilisation de certaines eaux, la réduction de la consommation d’eau potable et l’amélioration de l’infiltration vers les nappes font partie des chantiers évoqués. Là encore, leur traduction opérationnelle reste attendue.

D’après les données communiquées par l’ADEME et la Ville, la température de l’air peut être supérieure de 2 à 3 °C en ville par rapport aux espaces ruraux voisins, avec des écarts ponctuellement plus importants pendant les canicules. Les agglomérations se trouvent ainsi en première ligne face à l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des vagues de chaleur.

Des engagements qui restent à traduire sur le terrain

En signant la charte « Plus fraîche ma ville », Bordeaux s’engage à diffuser l’outil auprès de ses services, accélérer le passage à l’action, contribuer à l’amélioration de la plateforme et partager ses expériences avec d’autres collectivités.

De son côté, l’ADEME doit accompagner la Ville dans ses diagnostics et lui fournir des informations techniques. La démarche pourra notamment s’appuyer sur les cartes des zones climatiques locales du Cerema et sur les projections de Météo-France.

« Cette initiative nous permet de nous appuyer sur des solutions éprouvées et un partage d’expériences entre collectivités pour mieux adapter notre ville aux fortes chaleurs », a déclaré Thomas Cazenave.

La signature fixe donc un cadre et plusieurs directions, sans constituer encore un programme opérationnel. Pour les Bordelais, la portée réelle de cet engagement pourra être évaluée à la rentrée, lorsque la Ville devra préciser les mesures, les moyens et le calendrier de son plan d’adaptation.

Écrit par

Jean-Sébastien Dufourg

Directeur de la publication

Créateur du site web et co fondateur du magazine en 2011