Treize jours après son élection, le nouveau maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, a détaillé ce jeudi au marché des Douves ses premières mesures. Quinze décisions pour agir vite, avec des effets attendus dès l’été.
Sous la halle des Douves, au cœur du quartier des Capucins, Thomas Cazenave a choisi un lieu à la fois populaire et symbolique pour poser les bases de son début de mandat. Pendant près d’une heure, devant une assemblée de journalistes et d’acteurs locaux, le nouveau maire de Bordeaux a déroulé ses premières décisions : un plan d’actions sur « 100 jours » structuré autour de quinze mesures censées produire des résultats rapides et visibles.
À peine installé, l’édile assume une méthode : aller vite, sans attendre les grands chantiers de long terme. « Ce que je vous annonce aujourd’hui, ce sont des choses que nous avons déjà engagées ou qui seront réalisées dans les 100 jours », insiste-t-il.
Dans son communiqué, la municipalité revendique une « méthode nouvelle » visant à « obtenir des résultats visibles, rapides et concrets » et à « rendre des comptes aux citoyens » . Une ligne qui s’inscrit dans un contexte politique tendu, après une alternance scrutée de près.
Agir vite, mais sur des mesures ciblées
Le cap affiché est clair : concentrer les premières décisions sur le quotidien des Bordelais. Pas de réforme structurelle immédiate, mais une série d’actions à effet rapide.
Parmi les annonces les plus visibles : le retour de l’éclairage nocturne. « Rallumer la ville » était un engagement de campagne, déjà engagé dans plusieurs quartiers et qui doit être généralisé à l’ensemble de Bordeaux dans les prochains jours .
Dans le même temps, la municipalité accélère le remplacement des ampoules par des LED, afin de contenir le coût énergétique. Un arbitrage assumé entre sécurité, cadre de vie et contraintes budgétaires.
Autre symbole : la remise en lumière progressive de plusieurs monuments, de la basilique Saint-Seurin à la porte de la Monnaie. Une manière de réaffirmer l’identité patrimoniale de la ville, tout en travaillant son attractivité.
Sécurité : priorité immédiate et virage assumé
Sujet central de la campagne municipale, la sécurité s’impose déjà comme un terrain de confrontation politique.
Thomas Cazenave confirme la mise en œuvre d’un « plan Marshall de la sécurité », avec une montée en puissance rapide des moyens municipaux.
Concrètement, cela passe par :
- un renforcement des effectifs de police municipale,
- la création d’une brigade de nuit,
- le développement de la vidéoprotection,
- et le déploiement de caméras mobiles dans les quartiers.
Ces dispositifs nomades doivent permettre d’intervenir rapidement sur des points sensibles, qu’il s’agisse de dépôts sauvages ou de débuts de trafic .
À court terme, des mesures immédiates sont déjà enclenchées : contrôles renforcés des trottinettes et vélos électriques, présence accrue dans certains quartiers comme Saint-Michel, les Capucins ou le Grand Parc .
Au-delà des outils, c’est une inflexion politique qui se dessine. Le maire revendique une coopération renforcée avec l’État, après la visite récente du Premier ministre et du ministre de l’Intérieur. Poste de police mixte, unité de force mobile : la stratégie repose sur un partenariat assumé.
Thomas Cazenave revendique d’ailleurs un changement de méthode dans sa relation avec l’État, qu’il présente comme un levier pour obtenir rapidement des moyens supplémentaires. Une lecture contestée par l’opposition, qui pointe le contexte politique national et s’interroge sur un possible effet d’alignement entre majorité municipale et gouvernement.
Cette séquence sécuritaire s’inscrit dans la continuité directe de la visite, quelques jours plus tôt, du Premier ministre et du ministre de l’Intérieur à Bordeaux. Une venue marquée par des annonces rapides et qui avait déjà suscité des réactions politiques.
L’opposition écologiste avait notamment dénoncé un calendrier interrogeant, estimant que des demandes similaires formulées lors de la précédente mandature n’avaient pas obtenu les mêmes réponses. Dans ce contexte, les mesures présentées ce jeudi apparaissent aussi comme la traduction opérationnelle de cette nouvelle relation revendiquée avec l’État.
Propreté : des opérations “coup de poing” dans les quartiers
Autre priorité affichée : la propreté, régulièrement citée parmi les préoccupations des habitants.
Dès ce jeudi matin, une opération d’ampleur a été menée aux Aubiers, mobilisant plusieurs dizaines d’agents. Objectif : frapper vite et fort, avec des interventions visibles sur le terrain .
Ce type d’actions doit être multiplié dans les semaines à venir, accompagné d’une réorganisation des services municipaux.
Le plan comprend également :
- un désherbage massif des trottoirs,
- des opérations de dératisation ciblées,
- et une lutte renforcée contre les dépôts sauvages.
« Nous devons à tous les quartiers un espace public propre et entretenu », martèle le maire.
Finances : audit, gel fiscal et tri dans les projets
Sur le plan budgétaire, la municipalité avance avec prudence. Un audit des finances de la ville est lancé, préalable à toute décision de fond.
Dans l’immédiat, Thomas Cazenave confirme une promesse forte : le gel de la taxe foncière. Une décision qui s’inscrit dans un contexte de marges de manœuvre limitées et d’endettement en hausse .
En parallèle, tous les projets hérités de la précédente mandature sont passés au crible. L’objectif : décider au cas par cas ce qui sera poursuivi, modifié ou abandonné.
Première traduction concrète : l’arrêt de l’expérimentation d’urbanisme transitoire des allées de Tourny, jugée peu concluante.
Une rupture de méthode plus que de discours
Derrière ces annonces, c’est surtout une nouvelle manière de gouverner que Thomas Cazenave cherche à installer : plus rapide, plus visible, plus ancrée dans le quotidien.
Le maire insiste sur une ligne simple : ne pas promettre ce qui ne peut être tenu à court terme, et différer les grandes orientations à des annonces ultérieures.
En creux, une rupture se dessine avec la précédente mandature, notamment sur la sécurité, le lien avec l’État et la relation avec le monde économique.
Le défi de la durée
Treize jours après son arrivée à la mairie, Thomas Cazenave imprime un tempo soutenu. L’objectif est clair : montrer rapidement des résultats et installer une dynamique.
Mais cette accélération s’inscrit aussi dans une séquence politique plus large, où la sécurité devient déjà un marqueur du début de mandat. Entre attentes fortes des habitants, partenariat assumé avec l’État et critiques de l’opposition, les “100 jours” pourraient bien dépasser le simple effet d’annonce.
Reste désormais à transformer cette dynamique en résultats durables. Car au-delà des 100 jours, c’est sur la durée que se jouera la crédibilité de la nouvelle majorité municipale.



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