Présenté mardi à la chocolaterie Lalère, rue Bouffard à Bordeaux, à la veille du lancement des soldes d’été, le diagnostic de Bordeaux Mon Commerce dresse un constat nuancé sur le centre-ville bordelais. L’offre commerciale reste attractive, portée par le shopping, la balade et la restauration. Mais l’accès, le stationnement et le temps de trajet pèsent de plus en plus sur la fréquentation des boutiques.
Un diagnostic présenté à la veille des soldes d’été
Le calendrier n’est pas anodin. Mardi 23 juin, à la veille du lancement des soldes d’été 2026, Bordeaux Mon Commerce présentait à la presse les résultats d’une étude consacrée à la fréquentation et à l’image des commerces du centre-ville. La conférence s’est tenue à la chocolaterie Lalère, rue Bouffard, en présence d’Éric Malezieux, directeur de Bordeaux Mon Commerce, de Sandy Hébert, coprésidente de l’association et commerçante rue Saint-James avec la boutique Le Psyché d’Holly, ainsi que d’Isabelle Colosio, secrétaire générale de Bordeaux Mon Commerce et commerçante à Nansouty avec l’épicerie Aux Petits Poids.

- Bordeaux Mon Commerce
- Éric Malezieux, Isabelle Colosio et Sandy Hébert ont présenté le diagnostic de fréquentation et d’image des commerces du centre-ville, mardi, à la chocolaterie Lalère rue Bouffard.
Réalisé avec Epsilon auprès de 1 050 répondants représentatifs de la population girondine, le diagnostic distingue trois zones : les Bordelais, les habitants de Bordeaux Métropole et les Girondins vivant hors métropole.
L’objectif affiché : dépasser les impressions de terrain pour mettre des chiffres sur une question devenue sensible. Pourquoi vient-on encore dans le centre-ville de Bordeaux ? Pourquoi certains n’y viennent plus, ou moins souvent ? Et surtout, pourquoi la fréquentation de la ville ne se transforme-t-elle pas toujours en achats ?
Le sujet tombe à un moment délicat pour les commerçants. Entre inflation, hausse des charges, évolution des habitudes de consommation, concurrence du e-commerce et pression sur les marges, le commerce de centre-ville avance dans un environnement plus fragile. Les soldes peuvent donner de l’air, mais elles ne règlent pas tout.
Shopping, balade, restauration : Bordeaux garde des atouts
Premier enseignement : le centre-ville de Bordeaux conserve une vraie force d’attraction. Les trois principaux motifs de venue restent le shopping, cité par 55 % des répondants, la balade et la flânerie, à 54 %, puis la restauration, à 48 %.
Bordeaux n’est donc pas seulement un lieu d’achat. On y vient aussi pour marcher, déjeuner, boire un verre, retrouver une ambiance urbaine, patrimoniale et commerçante. C’est précisément ce qui distingue le centre-ville des zones commerciales de périphérie ou du commerce en ligne.
Mais cette attractivité ne suffit plus. Pour convaincre un visiteur de faire le déplacement, le centre-ville doit proposer plus qu’un produit. Il doit offrir une expérience complète : des rues animées, une diversité d’enseignes, des commerces indépendants visibles, des parcours lisibles et une envie de rester.
Une présence en ville qui ne devient pas toujours un achat
L’étude montre une fréquentation encore réelle, mais inégale. 56 % des répondants déclarent venir dans le centre-ville entre une fois par semaine et une fois par mois. À l’inverse, 44 % s’y rendent moins souvent.
Le décrochage est particulièrement visible chez certains publics, notamment les visiteurs venus de plus loin et les 55-64 ans. À l’opposé, les 15-24 ans forment le public le plus dynamique : près d’un jeune sur deux déclare venir plus souvent dans le centre-ville qu’en 2024. Bordeaux reste une ville étudiante, et ce renouvellement du public joue mécaniquement sur les usages du centre.
Le constat devient plus préoccupant lorsqu’on regarde la fréquentation des commerces eux-mêmes. 51 % des visiteurs fréquentent les commerces du centre-ville moins d’une fois par mois. 12 % ne s’y sont pas rendus depuis plus d’un an.
Autrement dit, Bordeaux attire encore, mais ne transforme pas toujours cette présence en achats. Certains viennent pour un rendez-vous, une démarche, une promenade ou un restaurant, sans forcément entrer dans une boutique. Pour les commerçants, l’enjeu n’est donc pas seulement de faire venir du monde en ville, mais de convertir ce passage en fréquentation commerciale.
Accès, stationnement, temps de trajet : les freins persistent
L’accessibilité ressort comme l’un des points les plus sensibles. Le tramway arrive en tête des modes de transport utilisés, devant la voiture individuelle. Mais plus les visiteurs habitent loin de Bordeaux, plus la voiture reste déterminante.
L’accès, le stationnement et le coût du déplacement reviennent ainsi régulièrement dans les freins identifiés. Le sujet ne concerne d’ailleurs pas seulement l’automobile. Le stationnement vélo apparaît aussi dans les attentes, signe que les mobilités douces ne peuvent fonctionner que si elles sont accompagnées de solutions pratiques, visibles et sécurisées.
Le temps de trajet pèse également. 57 % des répondants mettent plus de 30 minutes pour rejoindre le centre-ville. Pour un simple achat, cette contrainte peut suffire à détourner une partie des clients vers d’autres solutions : commerces de proximité, zones périphériques ou Internet.
C’est l’un des messages forts de ce diagnostic : quand venir à Bordeaux demande un effort, l’expérience sur place doit le justifier. Le centre-ville ne peut plus seulement promettre une vitrine ou une enseigne. Il doit donner envie de venir, de rester et de circuler.
Les indépendants, un atout à mieux faire connaître

- rue Bouffard lors de la réouverture du MADD
- Rue Bouffard, la réouverture du MADD a montré comment culture, patrimoine et commerces peuvent contribuer à redonner du passage aux rues secondaires du centre-ville.
Dans cette bataille de l’attractivité, les commerces indépendants restent un levier important. Ils donnent du caractère au centre-ville et participent à son identité. Ils offrent aussi ce que les visiteurs ne retrouvent pas partout.
Mais l’étude montre que ces commerces sont surtout fréquentés par les Bordelais. Plus les visiteurs viennent de loin, moins ils diversifient leurs achats et moins ils explorent les rues commerçantes. La rue Sainte-Catherine demeure l’axe le plus fréquenté, devant d’autres secteurs structurants comme la rue de la Porte-Dijeaux, le cours de l’Intendance ou la rue du Pas-Saint-Georges.
Cette question de visibilité ne concerne pas seulement les grandes artères. Elle touche aussi les rues secondaires, les commerces de quartier, les boutiques indépendantes et les parcours que les visiteurs ne connaissent pas toujours. Lors de la conférence, Bordeaux Mon Commerce citait notamment la rue des Remparts et la rue Bouffard, deux rues parallèles où les initiatives commerçantes, les animations ou les équipements culturels peuvent contribuer à recréer du passage. Rue Bouffard, la récente réouverture du MADD a rappelé combien un lieu culturel pouvait aussi participer à l’attractivité d’une rue commerçante. Pour reconquérir une clientèle plus large, le centre-ville doit aussi apprendre à mieux raconter ses commerces.
Bordeaux attire toujours, mais ne fait plus toujours envie
Le diagnostic distingue un point important : l’offre commerciale reste plutôt bien perçue, mais l’expérience globale du centre-ville apparaît plus contrastée. Le score de recommandation présenté par l’étude est négatif, avec 33 % de détracteurs, 18 % de promoteurs et environ la moitié des répondants dans une zone neutre.
Cette zone intermédiaire est stratégique. Elle peut basculer vers une image plus négative si les irritants persistent. Mais elle peut aussi redevenir un moteur si les difficultés les plus concrètes sont traitées.
Les freins ne sont pas les mêmes selon les publics. Les Bordelais évoquent davantage le pouvoir d’achat, la sécurité ressentie ou la propreté. Les visiteurs éloignés mettent surtout en avant l’accès et le stationnement. Le centre-ville n’a donc pas un seul problème, mais plusieurs publics à reconquérir.
Comme toute étude d’opinion, ces résultats mesurent d’abord des perceptions et des usages déclarés. Ils n’en donnent pas moins une photographie utile des freins ressentis et des attentes autour du commerce bordelais.
Les soldes comme test grandeur nature
Bordeaux Mon Commerce présente cette étude comme une base de travail avec la Ville, la Métropole et les acteurs concernés. Parmi les pistes évoquées : mieux informer sur les parkings-relais, valoriser les transports collectifs, améliorer la lisibilité des accès, soutenir les animations de quartier et mieux faire connaître les commerces indépendants.
La période des soldes d’été arrive donc comme un test grandeur nature. Les rabais peuvent attirer les clients, mais ils ne suffisent pas à répondre aux questions de fond. Au moment où les vitrines affichent les remises, l’étude rappelle que le prix n’est qu’une partie du problème. Le vrai sujet est aussi celui de l’envie : envie de venir, de rester, de circuler et de découvrir.
Bordeaux conserve une forte puissance d’attraction. Reste désormais à transformer cette attractivité en visites régulières, puis en achats. Le défi n’est pas seulement commercial. Il touche à la manière dont les habitants de Bordeaux, de la métropole et de la Gironde continuent, ou non, à considérer le centre-ville comme un lieu où l’on vient encore avec plaisir, et pas seulement par nécessité.



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