Gironde : la CRC porte le déficit du Département à 142,4 M€

La Chambre régionale des comptes (CRC) durcit une nouvelle fois son diagnostic sur les finances du Département de la Gironde. Après avoir évalué le déficit à 101,8 millions d’euros à l’automne 2025, puis à 136,5 millions au printemps dernier, elle l’arrête désormais à 142,4 millions d’euros. Si elle reconnaît les efforts engagés pour redresser les comptes, elle estime désormais que même un retour à l’équilibre en 2029 reste un objectif ambitieux.

Le dossier financier de la Gironde continue de franchir de nouvelles étapes. Après le vote du compte financier unique (CFU) 2025, la préfecture a une nouvelle fois saisi la Chambre régionale des comptes afin qu’elle vérifie la sincérité des comptes et apprécie l’ampleur du déficit. Dans son avis délibéré le 16 juillet, la juridiction financière confirme que la situation reste préoccupante et maintient un suivi renforcé du plan de redressement engagé par le Département.

Au-delà d’un nouveau chiffre, cette décision montre que le bras de fer engagé depuis plusieurs mois entre la collectivité et la CRC se poursuit, avec des conséquences qui dépassent largement les seuls débats comptables.

Les chiffres à retenir

  • 101,8 M€ : déficit retenu par la CRC en novembre 2025.
  • 136,5 M€ : déficit recalculé lors de l’avis sur le budget primitif 2026 en mai 2026.
  • 142,4 M€ : déficit désormais arrêté par la CRC dans son avis sur le compte financier unique 2025.
  • 6,97 % : taux de déficit rapporté aux recettes de fonctionnement, au-dessus du seuil légal de 5 %.
  • 2028 : objectif de retour à l’équilibre affiché par le Département.
  • 2029 : horizon désormais jugé plus réaliste par la CRC, tout en restant « ambitieux ».

Un déficit qui continue de s’alourdir

En novembre 2025, la Chambre régionale des comptes avait évalué le déficit du Département à 101,8 millions d’euros, conduisant les élus à adopter un plan de retour à l’équilibre. Au printemps dernier, lors de l’examen du budget primitif 2026, cette estimation avait été portée à 136,5 millions d’euros.

Le nouvel avis publié en juillet marque une nouvelle évolution. Après examen du compte financier unique 2025, la CRC arrête désormais le déficit à 142,4 millions d’euros, alors que le Département avait présenté un résultat déficitaire de 38,5 millions d’euros.

L’écart s’explique principalement par des dépenses que la Chambre estime devoir être rattachées à l’exercice 2025.

Les 92,1 millions d’euros au cœur du désaccord

Le principal différend entre le Département et la CRC porte toujours sur les dépenses sociales rattachées à l’exercice 2025.

Dans son précédent avis, la Chambre avait identifié 86,3 millions d’euros de dépenses qui auraient dû être comptabilisées sur l’exercice concerné. Ses nouvelles investigations portent désormais ce montant à 92,1 millions d’euros, soit 5,8 millions supplémentaires.

La CRC précise toutefois que cette estimation reste provisoire. À ce stade, seules les investigations menées au sein de la direction générale chargée des solidarités ont été totalement exploitées. Les autres directions doivent encore transmettre leurs inventaires, ce qui pourrait conduire à de nouveaux ajustements.

Le Département continue, de son côté, de considérer qu’il s’agit essentiellement de régularisations comptables liées à des dépenses sociales, notamment le RSA, mais aussi d’autres prestations comme l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA) ou la Prestation de compensation du handicap (PCH), et non d’une aggravation soudaine de la situation financière.

Un retour à l’équilibre encore plus incertain

Le nouvel avis de la CRC ne remet pas en cause le principe du plan de retour à l’équilibre adopté par le Département. Les magistrats financiers reconnaissent les efforts engagés depuis plusieurs mois.

En revanche, ils estiment que les nouvelles dépenses identifiées, le poids du déficit de fonctionnement et les contraintes pesant sur les investissements rendent la trajectoire plus fragile.

La Chambre va même plus loin que dans son précédent avis. Elle considère désormais que l’objectif initial de retour à l’équilibre en 2028 apparaît irréaliste et que même un retour à l’équilibre en 2029 reste un objectif ambitieux, sans garantie qu’il puisse être atteint.

Le déficit recalculé représente désormais 6,97 % des recettes de fonctionnement, au-dessus du seuil légal de déficit excessif fixé à 5 %, ce qui implique la poursuite du contrôle de la CRC sur plusieurs exercices.

Dette, investissements et intérêts de retard

L’avis attire également l’attention sur les conséquences concrètes de cette situation.

Selon la Chambre, l’importance du déficit ne permet plus au Département de financer normalement ses investissements par son épargne. Elle renouvelle donc ses recommandations visant à limiter les dépenses d’équipement et à poursuivre la réduction progressive de l’endettement.

Au 31 décembre 2025, l’encours de dette atteint 1,2 milliard d’euros. La CRC souligne également que le paiement tardif de certaines dépenses entraînera des intérêts moratoires, qui viendront alourdir les charges futures de la collectivité.

Des effets déjà perceptibles sur les politiques départementales

Ce dossier dépasse largement la seule question des comptes publics.

Depuis plusieurs mois, le Département a engagé un vaste plan d’économies qui commence à produire des effets dans de nombreuses politiques publiques.

À Bordeaux Gazette, plusieurs dossiers en témoignent déjà. Les Scènes d’été en Gironde ont été maintenues, mais dans un contexte de réduction des crédits consacrés à la culture. D’autres arbitrages concernent les investissements, les subventions versées aux partenaires, la maîtrise des effectifs ou encore les dépenses de fonctionnement.

Dans le même temps, le Département continue d’assurer ses missions obligatoires : financement du RSA, protection de l’enfance, accompagnement des personnes âgées et des personnes en situation de handicap, entretien des collèges ou encore soutien aux communes.

Ces dépenses, largement contraintes, laissent désormais des marges de manœuvre limitées pour les autres politiques publiques.

Un feuilleton budgétaire appelé à se poursuivre

Avec ce nouvel avis, la Chambre régionale des comptes confirme que le redressement financier du Département s’inscrira dans la durée.

Au-delà du débat entre la CRC et l’exécutif départemental sur les méthodes comptables, une certitude se dégage : les arbitrages engagés depuis plusieurs mois continueront de peser sur les choix d’investissement, les politiques publiques et le fonctionnement de la collectivité.

Pour les Girondines et les Girondins, ce feuilleton budgétaire n’est plus une affaire réservée aux spécialistes des finances locales. Il conditionnera, dans les années à venir, les capacités du Département à investir, accompagner les territoires et maintenir le niveau de ses services publics dans un contexte financier toujours plus contraint.

Écrit par

La rédaction