Après le déficit de 101,8 millions d’euros constaté à l’automne 2025 et l’adoption d’un plan de retour à l’équilibre en décembre, le Département de la Gironde entre dans une nouvelle étape de son redressement budgétaire. Un nouvel avis de la Chambre régionale des comptes l’oblige à revoter son budget 2026 le 8 juin, alors que persiste un désaccord sur la lecture réelle du déficit.
Le dossier des finances départementales continue de peser sur la vie politique girondine. Le 8 juin prochain, les élus du Département devront se prononcer sur une nouvelle version du budget primitif 2026, après les observations formulées par la Chambre régionale des comptes (CRC) Nouvelle-Aquitaine dans un avis délibéré le 20 mai et publié le 22 mai.
Depuis l’automne 2025, la collectivité est engagée dans un plan de retour à l’équilibre destiné à résorber un déficit important. Le Département affirme rester dans la trajectoire fixée, avec des efforts d’économies déjà engagés. La CRC, elle, reconnaît ces efforts mais estime que la situation réelle demeure plus dégradée que celle présentée par la collectivité.
Derrière ce débat comptable, les conséquences commencent déjà à se faire sentir dans plusieurs politiques publiques, de la culture aux investissements, en passant par les solidarités.
Un déficit de 101,8 millions d’euros à l’automne 2025
Le point de départ remonte à novembre 2025. Saisie par le préfet de la Gironde après le vote d’un budget supplémentaire en déséquilibre, la CRC avait alors arrêté le déficit consolidé du Département à 101,8 millions d’euros.
L’examen des comptes avait conduit les magistrats financiers à réintégrer plusieurs dépenses insuffisamment prises en compte, notamment dans le domaine de la protection de l’enfance, ainsi que des engagements d’investissement qui n’apparaissaient pas dans les documents budgétaires.
Au-delà du montant, la Chambre avait pointé des pratiques comptables brouillant la lecture de la situation financière réelle de la collectivité. Pour le Département, cette séquence a marqué un tournant dans un contexte déjà tendu : hausse des dépenses sociales, baisse passée des droits de mutation liés au marché immobilier et marges fiscales très réduites.
Un plan de redressement voté en décembre
Face à cette situation, les élus départementaux ont adopté le 1er décembre 2025 un plan de retour à l’équilibre couvrant la période 2026-2028.
La CRC demandait alors environ 73 millions d’euros d’économies sur trois ans. Le Département a choisi d’aller plus loin en annonçant près de 91 millions d’euros d’économies potentielles, réparties à travers 95 mesures.
L’essentiel de l’effort devait être concentré dès 2026, avec plus de 50 millions d’euros d’économies programmées. Les principaux leviers concernent la réduction des dépenses de fonctionnement, la maîtrise de la masse salariale, la baisse de certaines subventions, la révision des investissements et le recentrage sur les compétences obligatoires.
Selon l’exécutif girondin, les premiers résultats sont déjà visibles : 36 millions d’euros d’économies réalisées en 2025, 54 millions prévues en 2026 et une réduction de 255 postes sur l’exercice 2025. Le Département met également en avant une amélioration des droits de mutation à titre onéreux, les recettes liées aux transactions immobilières.
Juin 2026 : un nouveau désaccord avec la CRC
Le nouvel avis de la CRC ne remet pas en cause l’existence d’un effort budgétaire. La Chambre constate même que les économies engagées et prévues témoignent d’un suivi réel du plan de retour à l’équilibre. Elle ne propose pas, à ce stade, de nouvelles mesures d’économies pour 2026.
Mais elle estime que le budget primitif 2026 voté le 13 avril n’est pas présenté en équilibre réel. Elle demande donc une nouvelle délibération.
La CRC propose notamment d’ajuster plusieurs postes : révision de crédits liés au RSA, actualisation de certaines recettes, suppression d’enveloppes de dépenses imprévues ou mutualisées insuffisamment justifiées, et correction de plusieurs éléments comptables.
Selon la Chambre, le déficit prévisionnel du budget 2026 doit être porté à 113,2 millions d’euros. Le Département, lui, minimise l’ampleur de la correction à apporter au budget voté en avril, tout en acceptant de présenter une version modifiée le 8 juin.
Le nœud des 86 millions d’euros de rattachements
Le principal désaccord porte sur le déficit réel de l’exercice 2025.
Le Département présente un résultat déficitaire de 38,5 millions d’euros. La CRC recalcule ce déficit à 136,5 millions d’euros. L’écart tient principalement à 86,3 millions d’euros de dépenses à rattacher à l’exercice 2025, ainsi qu’à 11,7 millions d’euros de restes à réaliser en investissement.
Ces rattachements concernent surtout des dépenses sociales, notamment le RSA, mais aussi d’autres allocations comme l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA) ou la Prestation de compensation du handicap (PCH).
Le Département explique qu’il s’agit d’une régularisation comptable et non de dépenses nouvelles ou d’impayés. Selon lui, ces montants correspondent à un décalage historique dans la prise en compte de certaines dépenses sociales, décalage qu’il entend corriger dans le budget 2026.
La CRC considère au contraire que ces charges auraient dû être rattachées à 2025. Elle estime donc nécessaire de les intégrer dans le résultat de l’exercice concerné. Avec cette correction, le déficit atteint 6,6 % des recettes de fonctionnement, au-dessus du seuil de 5 % qualifié d’excessif par les textes.
Des conséquences déjà visibles pour les politiques publiques
Ce débat peut sembler technique. Il a pourtant des conséquences concrètes.
Le Département porte des compétences essentielles : RSA, protection de l’enfance, handicap, autonomie des personnes âgées, collèges, routes départementales, soutien aux communes, culture et vie associative.
Dans la culture, les effets sont déjà perceptibles. Le maintien des Scènes d’été en Gironde montre la volonté de préserver certains dispositifs structurants pour les territoires, mais le budget départemental consacré à l’action culturelle a été revu à la baisse. La logique est désormais celle de l’arbitrage : maintenir ce qui est jugé prioritaire, réduire ou réorganiser le reste.
D’autres domaines sont concernés. Les investissements ont été fortement encadrés afin de limiter le recours à l’emprunt. Certaines subventions sont réduites. L’organisation interne des services est touchée par la maîtrise de la masse salariale.
Pour les communes, les associations et les partenaires du Département, la question n’est donc plus seulement comptable. Elle porte sur la capacité de la collectivité à continuer d’accompagner les territoires avec des moyens plus contraints.
2028 ou 2029 : deux lectures de la trajectoire
Le Département maintient son objectif : revenir à l’équilibre en 2028. La CRC, elle, propose désormais d’allonger d’un an le plan de redressement, jusqu’en 2029, par prudence et afin de sécuriser la poursuite des missions départementales.
Cette divergence résume l’enjeu des prochains mois. L’exécutif veut démontrer que les économies déjà engagées suffisent à tenir la trajectoire initiale. La Chambre régionale des comptes estime que la situation reste fragile, notamment en raison de faiblesses persistantes dans le pilotage budgétaire, le suivi de la masse salariale, les engagements de dépenses et les délais de paiement.
Le vote du 8 juin constituera donc une nouvelle étape importante. Il devra intégrer les corrections demandées sur le budget 2026 et arrêter le compte financier unique 2025. La CRC rendra ensuite un nouvel avis.
Au-delà du cas girondin, cette séquence illustre les tensions croissantes auxquelles sont confrontés de nombreux départements : des dépenses sociales en hausse, des recettes fluctuantes et une autonomie fiscale très limitée. En Gironde, le débat budgétaire est désormais installé dans la durée. Il conditionnera une partie des choix publics locaux pour les prochaines années.



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