Sénatoriales en Gironde : la bataille pour les six sièges est lancée

Près de 4 000 grands électeurs désigneront les six sénateurs de la Gironde le 27 septembre. Socialistes, écologistes, centristes, droite et Rassemblement national commencent à avancer leurs candidats. Une campagne discrète, mais décisive pour les collectivités locales.

La campagne se déroule loin des meetings et des marchés. Le 27 septembre, les Girondins ne déposeront aucun bulletin dans l’urne. Ce sont près de 4 000 grands électeurs, parlementaires, conseillers régionaux et départementaux, mais surtout représentants des conseils municipaux, qui choisiront les six prochains sénateurs de la Gironde.

À moins de trois mois du scrutin, les principales candidatures sont désormais connues. Le Parti socialiste a confirmé son duo de tête : le sénateur sortant Hervé Gillé et Christine Bost, maire d’Eysines et ancienne présidente de Bordeaux Métropole. Nathalie Delattre vient, de son côté, de présenter les huit candidats de sa liste « Résolument Girondins ». Les Républicains ont réinvesti Florence Lassarade, le Rassemblement national a choisi la députée Edwige Diaz, tandis que les écologistes préparent la succession de Monique de Marco.

Derrière cette bataille de noms se joue une question plus large : quel équilibre politique sortira des municipales de mars, dont les résultats ont directement renouvelé une grande partie du collège électoral ?

Christine Bost retente sa chance

Pour Christine Bost, cette candidature a un air de déjà-vu. En 2020, elle figurait en troisième position sur la liste socialiste menée par Laurence Harribey, derrière Hervé Gillé. Arrivé en tête avec 30,38 % des suffrages, le PS n’avait pourtant obtenu que deux sièges. La maire d’Eysines était alors restée aux portes du Palais du Luxembourg.

Six ans plus tard, elle remonte d’un rang. Hervé Gillé, sénateur depuis 2019 à la suite du décès de Philippe Madrelle, conduira cette fois la liste socialiste. Le PS considère les deux premières places comme éligibles.

Cette projection repose sur le résultat de 2020, mais elle ne constitue pas une garantie. Quelques dizaines de voix peuvent suffire à déplacer le dernier siège lors d’un scrutin à la proportionnelle et à la plus forte moyenne.

La liste socialiste entend notamment défendre l’autonomie financière des collectivités locales. Un sujet loin d’être abstrait en Gironde, où les communes, les intercommunalités et le Département doivent composer avec des budgets contraints. Financement des services publics, dépenses sociales, mobilités ou adaptation au changement climatique : les décisions nationales pèsent directement sur les comptes locaux.

Nathalie Delattre présente une liste renouvelée

Nathalie Delattre a officialisé le 9 juillet la composition de sa liste d’union. La sénatrice sortante, présidente du Parti radical et ancienne ministre, sera accompagnée en deuxième position par Jacques Breillat, maire de Castillon-la-Bataille, président de la Communauté de communes Castillon-Pujols et conseiller départemental d’opposition.

Suivent Géraldine Amouroux, adjointe au maire de Bordeaux ; Michel Dufranc, maire de La Brède ; Blandine Sarrazin, maire du Barp ; Hervé Gayrard, maire de Bayon-sur-Gironde ; Isabelle Pillon, maire de Ligueux ; et Henri Seillan, maire de Guillos.

La composition cherche à couvrir les différents visages de la Gironde, de Bordeaux Métropole au Libournais, en passant par la Haute Gironde, le Sud-Gironde, le Pays foyen et le Val de l’Eyre. La place accordée aux maires de communes rurales ou périurbaines répond aussi à la logique des sénatoriales, où les élus municipaux constituent l’essentiel du corps électoral.

La liste revendique le soutien du président du Sénat, Gérard Larcher. En 2020, Nathalie Delattre avait recueilli 24,46 % des suffrages et obtenu deux sièges, pour elle-même et Alain Cazabonne. Maintenir cette représentation constitue son premier objectif.

Une droite toujours divisée

Florence Lassarade, sénatrice sortante, a également reçu l’investiture des Républicains. En 2020, sa liste, distincte de celle de Nathalie Delattre, avait obtenu 10,54 % des voix et décroché le sixième siège girondin.

La reconduction de cette stratégie place la droite face à un calcul délicat : préserver son identité sans disperser suffisamment les suffrages pour fragiliser l’un de ses élus. Le soutien affiché de Gérard Larcher à Nathalie Delattre ajoute une dimension particulière à cette concurrence. Le président LR du Sénat appuie une démarche d’union, alors que son propre parti a réinvesti Florence Lassarade.

Les contours définitifs de sa liste et les alliances qui l’accompagneront devront toutefois encore être précisés.

Les écologistes préparent l’après-Monique de Marco

La gauche ne partira pas unie. Les Écologistes ont désigné Romain Dostes, président de leur groupe au Département, et Émilie Sarrazin, maire de Gradignan, pour tenter de conserver le siège remporté en 2020 par Monique de Marco.

Son élection avait marqué une première en Gironde. Avec 14,48 % des voix, la liste écologiste avait notamment profité de la dynamique créée quelques mois plus tôt par les municipales et la victoire de Pierre Hurmic à Bordeaux. Le contexte a changé en 2026 et la nouvelle géographie municipale pourrait rendre l’exercice plus difficile.

La présence de listes socialiste et écologiste séparées n’a rien d’inhabituel dans un scrutin proportionnel. Elle comporte néanmoins un risque : une dispersion trop forte des suffrages pourrait fragiliser l’un des trois sièges détenus jusqu’ici par la gauche girondine.

Le RN espère transformer sa progression locale

Le Rassemblement national a choisi une figure connue pour conduire sa liste : la députée Edwige Diaz. Déjà candidate en 2020, elle n’avait alors obtenu que 79 voix, soit 2,34 % des suffrages exprimés.

Le parti espère désormais tirer profit de sa progression lors des municipales et de son implantation dans davantage de conseils municipaux. Décrocher un siège constituerait une première en Gironde. Mais les scores enregistrés lors des élections nationales ne se transposent pas automatiquement aux sénatoriales : la réussite dépend avant tout du nombre d’élus locaux et de la capacité à convaincre au-delà de son propre camp.

C’est là que se joue cette campagne particulière. Les candidats ne cherchent pas directement à séduire près de 1,7 million de Girondins, mais quelques milliers d’élus. Ils passeront donc l’été à parcourir les communes et à parler finances, mobilité, viticulture, services publics ou aménagement du territoire.

En 2020, la Gironde avait envoyé au Sénat deux socialistes, deux élus du centre, une écologiste et une représentante de la droite. Le 27 septembre, cet équilibre sera remis à plat. Le scrutin restera peu visible pour une grande partie de la population, mais son résultat engagera la représentation du département pour les six prochaines années.

Écrit par

La rédaction