Le Haillan

Le Haillan Chanté 2026 : La Maison Tellier, des chansons au bord du bois

Il y a des festivals qui misent sur le bruit, les grandes scènes et les affiches saturées. Le Haillan Chanté, lui, avance autrement. À L’Entrepôt, on vient écouter les chansons de près : dans une salle, sur une terrasse, dans un jardin, parfois autour d’un verre, souvent avec cette impression que les mots comptent autant que les notes. Du 10 au 13 juin 2026, le festival retrouvera cette place singulière dans la métropole bordelaise, avec une 15e édition fidèle à son esprit : faire entendre la chanson francophone dans ce qu’elle a de plus vivant, de plus fragile et de plus incarné.

Porté par Bordeaux Chanson, dont Bordeaux Gazette a déjà suivi le travail autour des écritures francophones et des formats plus intimistes, le rendez-vous haillanais ne se contente pas d’aligner des concerts. Il défend une certaine idée de la chanson : une chanson d’auteur, mais pas enfermée dans le patrimoine ; une chanson populaire, mais jamais simplifiée ; une chanson attentive aux voix, aux textes, aux instruments et aux accidents de scène. Cette édition 2026 en donne une nouvelle illustration avec Frànçois & The Atlas Mountains, Emily Loizeau, Melba, ORÉ, Paul Roman, Eskelina, Charles-Baptiste, Sophie Le Cam, Frédéric Bobin et, comme rendez-vous attendu du vendredi soir, La Maison Tellier.

La Maison Tellier, le rendez-vous attendu du vendredi soir

Le temps fort le plus attendu côté chanson devrait se jouer vendredi 12 juin à 21 heures, à L’Entrepôt, avec La Maison Tellier, précédée en première partie par ORÉ. Le groupe y présentera notamment l’univers de son nouvel album, “Timidité des arbres”, sorti en avril 2026.

Depuis plus de vingt ans, La Maison Tellier occupe une place à part dans la chanson francophone. Ni tout à fait folk, ni seulement rock acoustique, ni chanson traditionnelle au sens strict, le groupe a construit une œuvre immédiatement reconnaissable : des textes qui racontent, des mélodies qui avancent sans forcer, des arrangements où les guitares, les cuivres, la basse, la contrebasse, la batterie et les voix composent une matière organique.

Il y a chez La Maison Tellier un côté artisanal, au sens le plus noble du terme. On n’y entend pas une fabrication standardisée, mais un travail de main, de souffle, de bois, de cordes et de peau. Les chansons semblent assemblées comme des objets sensibles, avec leurs coutures visibles, leurs aspérités, leurs nuances. Elles parlent de nous, de l’humanité ordinaire, de ses joies, de ses peines, de ses élans et de ses reculades. Des chansons où l’on croise autant les grands sentiments que les petits vertiges.

“Timidité des arbres”, une chanson de lisière et d’aveu

Avec “Timidité des arbres”, La Maison Tellier pousse encore plus loin ce goût du récit. Le morceau qui donne son titre à l’album ouvre une scène presque ancienne, presque légendaire : une calèche, des amis, la chaleur du printemps, un rendez-vous près d’un frêne, une pleine lune, une forêt, puis cette colline des Deux Amants où l’on attend quelqu’un sous un charme. Le décor semble sortir d’un conte ou d’une ballade, mais l’émotion, elle, reste très contemporaine.

Derrière les arbres, les chemins et les clairières, c’est une affaire de courage intime qui se joue. Oser rejoindre l’autre. Oser dire. Oser aimer. Oser ne pas fuir devant ce que l’on ressent. Le texte avance entre images boisées et trouble amoureux, jusqu’à cette formule : la timidité des arbres. Tout est là : la pudeur, l’élan empêché, les sentiments qui montent mais restent retenus, comme si la nature elle-même servait de miroir à ce que l’on n’arrive pas toujours à formuler.

Cette chanson dit beaucoup de La Maison Tellier. Le groupe n’a pas besoin d’asséner pour toucher. Il préfère suggérer, installer des images, laisser les personnages et les paysages travailler dans l’oreille du public. Sur scène, cette écriture devrait prendre une autre ampleur. Car La Maison Tellier est aussi un groupe de concert : une formation capable de faire respirer ses morceaux, de leur donner une intensité collective, sans perdre la finesse de l’interprétation.

ORÉ et Charles-Baptiste pour ouvrir la soirée

La soirée du vendredi 12 juin débutera dès 19h30 sur la terrasse de L’Entrepôt avec Charles-Baptiste, en apéro-concert gratuit. Avec ses textes qui surprennent et ses mélodies nourries par la variété des années 70, l’artiste devrait installer une ambiance plus légère, entre piano entraînant et esprit de chorale improvisée.

À 21 heures, ORÉ assurera la première partie de La Maison Tellier. Déjà remarquée en ouverture de Chien Noir, elle revient avec de nouvelles chansons et un univers qui mêle flow old school et productions digitales. Ce contraste avec l’approche plus organique de La Maison Tellier peut donner à la soirée une belle respiration, entre chanson contemporaine, formats hybrides et écriture sensible.

Bobin chante Lavilliers : l’ouverture affiche complet

Le festival s’ouvrira mercredi 10 juin à 20h30 avec Bobin chante Lavilliers, dans le hall de L’Entrepôt. Ce concert affiche déjà complet, signe d’un attachement fort du public à ce rendez-vous autour du répertoire de Bernard Lavilliers.

Frédéric Bobin a imaginé ce spectacle comme une forme de veillée, une guitare et une voix pour revisiter les chansons du Stéphanois. Le programme annonce des titres issus des premières années, des classiques plus récents, mais aussi des chansons moins connues. L’approche correspond bien à l’esprit du festival : pas un hommage spectaculaire, mais une relecture sobre, proche, attentive à la poésie sociale, à la tendresse et aux combats qui traversent l’œuvre de Lavilliers.

Une programmation entre salle, terrasse et jardin

Le jeudi 11 juin, Frànçois & The Atlas Mountains prendra le relais à L’Entrepôt. Entre Bristol et Paris, l’artiste poursuit une voie singulière dans la pop francophone, avec des arrangements entre indie pop, dream pop et folktronica. Son nouvel album “Âge fleuve”, sorti en 2025, prolonge cet univers sensible et mouvant.

Le samedi 13 juin concentrera plusieurs propositions. À 14h30, le jardin de l’École de musique accueillera Partie à trois #13, avec ORÉ, Sophie Le Cam et Paul Roman. Le principe reste l’un des formats les plus originaux du festival : trois artistes qui ne se connaissent pas partagent une semaine de résidence et ne chantent que les chansons des deux autres. À 16 heures, La Pochette Surprise réunira des artistes du festival sur la terrasse de L’Entrepôt, dans un format gratuit et décontracté.

La suite de la journée passera par Melba à 18 heures dans le jardin de l’École de musique, Paul Roman à 19h30 sur la terrasse en apéro-concert gratuit, puis Emily Loizeau, à 21 heures, avec Eskelina en première partie. Une fin de festival qui mettra en avant des voix fortes, des écritures habitées et des univers où la chanson dialogue avec les secousses du monde.

Un festival qui écoute les chansons autant qu’il les programme

Cette 15e édition proposera également un temps de festival avec restauration et bar assurés par Bordeaux Chanson et L’Entrepôt, ainsi qu’une exposition photo consacrée aux portraits des artistes accueillis lors du festival par le photographe Alain Nouaux. Le programme précise aussi que cette édition est dédiée à la mémoire de Christian et Jacques, bénévoles de Bordeaux Chanson disparus.

C’est peut-être dans ces détails que Le Haillan Chanté raconte le mieux ce qu’il est : un festival à taille humaine, attaché aux artistes, aux bénévoles, aux lieux et au public. À l’heure où la musique live se pense souvent en jauges, en têtes d’affiche et en flux, ce rendez-vous rappelle qu’une chanson peut encore tenir dans un souffle, un silence, une terrasse de juin ou une salle attentive.

Vendredi soir, avec La Maison Tellier, il sera question d’arbres, d’aveux, de rendez-vous manqués et de sentiments retenus trop longtemps. De ces chansons, aussi, qui finissent parfois par dire à notre place ce que l’on n’osait pas formuler.

Infos pratiques

Le Haillan Chanté — 15e édition
Du 10 au 13 juin 2026
L’Entrepôt, 13 rue Georges Clemenceau, 33185 Le Haillan

La Maison Tellier + ORÉ
Vendredi 12 juin à 21h
Tarifs : 25 € / 20 €

Bobin chante Lavilliers
Mercredi 10 juin à 20h30
Concert complet

Plusieurs rendez-vous gratuits sont également proposés sur la terrasse de L’Entrepôt, notamment les apéros-concerts et La Pochette Surprise.

Écrit par

Jean-Sébastien Dufourg

Directeur de la publication

Créateur du site web et co fondateur du magazine en 2011