Bordeaux

Manifestations lycéennes à Bordeaux : l’Observatoire girondin des libertés publiques alerte sur le maintien de l’ordre

Après plusieurs jours d’observation des manifestations lycéennes à Bordeaux, l’Observatoire girondin des libertés publiques publie un premier bilan critique du maintien de l’ordre. Présence de la BAC dans les dispositifs, usage des gaz lacrymogènes, sommations jugées insuffisantes et entraves à des journalistes figurent parmi les principaux points soulevés. Ces observations locales s’ajoutent à une série de critiques déjà formulées ces derniers jours sur la gestion policière et judiciaire du mouvement.

Après plusieurs semaines de mobilisation lycéenne à Bordeaux, le débat sur la gestion du maintien de l’ordre continue de prendre de l’ampleur.

Dans un communiqué diffusé ce lundi 12 octobre, l’Observatoire girondin des libertés publiques (OGLP) indique avoir déployé six équipes d’observation les 2, 5, 6, 7 et 8 octobre afin de documenter les interventions des forces de l’ordre autour des manifestations et rassemblements lycéens.

Avant la publication de ses rapports définitifs, l’Observatoire alerte sur plusieurs pratiques qu’il juge problématiques : la présence d’agents de la Brigade anticriminalité dans certains dispositifs, l’usage de grenades lacrymogènes, les conditions dans lesquelles les sommations ont été effectuées et plusieurs entraves constatées ou rapportées à l’encontre de journalistes et d’observateurs.

L’OGLP est un collectif indépendant consacré à la défense des libertés publiques. Il réunit notamment des membres de la Ligue des droits de l’Homme, du Syndicat des avocats de France et de la FSU, et déploie des équipes d’observation lors des manifestations.

Ses constats s’ajoutent aux critiques formulées ces derniers jours par plusieurs associations de défense des droits, juristes et organisations de jeunesse sur la gestion policière et judiciaire du mouvement.

La présence de la BAC interrogée

Premier point soulevé : la présence d’agents de la BAC intégrés, selon l’Observatoire, à des groupes de la Compagnie départementale d’intervention.

L’OGLP affirme avoir observé certains policiers le visage dissimulé et sans numéro RIO visible. Il rappelle que l’identification des agents intervenant en maintien de l’ordre répond à des règles précises et estime que l’absence de signes permettant leur identification peut compliquer d’éventuelles procédures lorsqu’une intervention est contestée.

L’Observatoire rapporte également plusieurs incidents attribués à des agents de la BAC. Le 6 octobre, il dit avoir recueilli trois témoignages distincts évoquant des contrôles ou interpellations musclés en marge de la manifestation.

Il décrit aussi des véhicules banalisés circulant à vive allure place de la Victoire les 6 et 8 octobre. Jeudi soir, l’OGLP affirme qu’un véhicule de la BAC a percuté une jeune femme place de la Victoire. Ses observateurs disent avoir constaté les hématomes.

L’Observatoire critique plus largement la place donnée à la BAC dans le dispositif, estimant que cette présence participe d’une logique de criminalisation du mouvement. Cette dernière analyse relève de son interprétation, mais elle s’appuie sur des observations de terrain précises et répétées.

Des lacrymogènes au cœur des critiques

Le deuxième volet du communiqué concerne l’usage des gaz lacrymogènes.

L’OGLP affirme avoir relevé plusieurs épisodes de forte concentration de gaz dans l’espace public le jeudi 8 octobre, notamment cours Victor-Hugo, autour de l’école Barbey, place André-Meunier et place de la Victoire.
À proximité de l’école Barbey, il indique que des parents venus chercher leurs enfants ainsi que des personnels périscolaires ont été exposés aux gaz. Place André-Meunier, l’Observatoire affirme que des tirs ont été interrompus après que les forces de l’ordre ont constaté la présence d’enfants et de poussettes à proximité du parc.

Place de la Victoire, une salve de grenades a également atteint, selon l’OGLP, la terrasse et l’intérieur d’un établissement, provoquant des mouvements de panique et des malaises.

L’Observatoire qualifie cet usage de « massif et indiscriminé ». Au-delà de cette appréciation, les lieux, horaires et séquences qu’il documente viennent nourrir un débat déjà ouvert sur la proportionnalité de l’emploi des lacrymogènes dans le cadre de cette mobilisation.

Des sommations jugées insuffisantes

L’OGLP dit également avoir relevé des difficultés autour des sommations précédant l’usage de la force.
Le 6 octobre, une équipe affirme n’avoir entendu aucune sommation avant plusieurs tirs de grenades lacrymogènes, tandis qu’une autre n’aurait pas pu distinguer les annonces faites au porte-voix.

Le 8 octobre, l’Observatoire indique avoir compté dix salves de grenades lacrymogènes dans l’après-midi et la soirée, mais seulement deux séquences de sommations clairement identifiées avant quatre de ces salves.
À partir de ces observations, l’OGLP estime que plusieurs usages de grenades lacrymogènes pourraient ne pas avoir respecté les conditions prévues pour la dispersion d’un attroupement.

Ces observations prennent une résonance particulière au regard des critiques déjà formulées par plusieurs associations de défense des droits, juristes et organisations de jeunesse sur la gestion de cette mobilisation.

Journalistes et observateurs également concernés

Dernier point mis en avant : les conditions de travail des journalistes et observateurs.
Le 6 octobre, l’une des équipes dit avoir assisté à une scène au cours de laquelle une journaliste a été empêchée de s’approcher d’une interpellation.

Le 8 octobre, l’OGLP affirme qu’un journaliste souhaitant filmer une autre interpellation a été repoussé d’un coup de bouclier. Un observateur aurait également reçu un coup sur la main alors qu’il filmait.

Le Schéma national du maintien de l’ordre rappelle pourtant que la présence des journalistes lors des manifestations revêt une importance particulière et que leur sécurité doit être garantie.

Ces éléments sont donc loin d’être secondaires : ils touchent directement au droit d’informer et à la possibilité de documenter l’action des forces de l’ordre dans l’espace public.

Des observations qui s’ajoutent à d’autres alertes

Le communiqué de l’OGLP ne constitue ni une enquête judiciaire ni un rapport administratif. Il apporte cependant des éléments locaux précis, recueillis sur plusieurs journées, qui s’ajoutent à un ensemble de critiques déjà formulées sur la gestion policière et judiciaire du mouvement.

Les autorités ont de leur côté régulièrement fait état, depuis le début de la mobilisation, de jets de projectiles, de tirs de mortiers, de dégradations et de blessés parmi les manifestants comme parmi les forces de sécurité.
À ce stade, la préfecture n’a pas publié de réponse détaillée aux différents constats avancés par l’OGLP dans son communiqué du 12 octobre.

Mais les observations de l’Observatoire viennent désormais documenter localement des pratiques qui font l’objet d’interrogations récurrentes : recours aux lacrymogènes, conditions des dispersions, identification des agents, rôle de la BAC et accès des journalistes aux interventions policières.

Une nouvelle mobilisation mardi 13 octobre

Ces observations interviennent alors que le mouvement lycéen doit connaître une nouvelle journée d’action mardi 13 octobre.

À Bordeaux, l’intersyndicale de l’Éducation appelle les personnels à la grève, avec une assemblée générale prévue à 11 heures à la Bourse du Travail. Une manifestation doit ensuite partir à 13 h 30 de la place de la Bourse, selon l’horaire arrêté lors de l’assemblée générale lycéenne du 8 octobre.

Cette nouvelle journée sera donc observée à la fois sur le niveau de mobilisation et sur les conditions de son encadrement.

Après avoir déployé ses équipes pendant cinq journées entre le 2 et le 8 octobre, l’OGLP place désormais au cœur du débat les pratiques policières qu’il dit avoir documentées à Bordeaux.

Mardi permettra ainsi de mesurer non seulement la capacité du mouvement à se maintenir, mais aussi la manière dont les autorités choisissent d’encadrer une mobilisation dont la gestion fait désormais l’objet de critiques convergentes.

Écrit par

La rédaction