La mobilisation lycéenne reste active ce mercredi 14 octobre. Moins de lycées sont fermés qu’au début du mois, mais plusieurs milliers de personnes ont encore défilé mardi à Bordeaux. Dans le même temps, étudiants et grandes écoles rejoignent progressivement le mouvement, tandis que les revendications sur les conditions d’études et les critiques autour du maintien de l’ordre restent très présentes.
Le mouvement lycéen ne s’est pas éteint. Il entre plutôt dans une nouvelle phase.
Mardi 13 octobre, plusieurs milliers de personnes ont de nouveau défilé dans les rues de Bordeaux, entre la place de la Bourse et la place de la Victoire. La préfecture avance environ 4 000 participants, tandis que les organisateurs en revendiquent 8 000.
Après plus de deux semaines de mobilisation, Bordeaux reste ainsi l’un des foyers importants du mouvement. La participation demeure significative, même si les formes d’action évoluent et que la perspective des vacances scolaires commence à poser la question de la durée.
Moins de lycées fermés, mais une mobilisation toujours importante
À l’échelle nationale, les chiffres montrent également une situation plus contrastée qu’au début du mois.
Le ministère de l’Intérieur a comptabilisé 161 500 manifestants mardi, contre 266 000 lors de la précédente grande journée de mobilisation. L’intersyndicale revendique de son côté 480 000 participants, légèrement plus que lors de son précédent comptage.
L’écart considérable entre les deux estimations confirme que la bataille des chiffres reste elle aussi au cœur du mouvement.
Dans les établissements, la situation évolue plus nettement. Le ministère de l’Éducation fait état de 214 lycées fermés, contre environ 800 le 6 octobre.
La mobilisation n’est donc plus aussi fortement structurée autour des fermetures et blocages d’établissements. Elle semble désormais se déplacer davantage vers les manifestations, assemblées générales et mobilisations communes avec d’autres composantes de l’enseignement.
Les étudiants prennent davantage le relais
C’est probablement l’évolution la plus notable de ces derniers jours.
Le mouvement, initialement porté par les lycéens, gagne progressivement l’enseignement supérieur. Des étudiants de plusieurs universités se sont joints aux mobilisations, mais également des élèves de grandes écoles.
Des actions de solidarité avec les revendications lycéennes ont notamment été organisées dans des établissements comme CentraleSupélec, mais aussi dans d’autres grandes écoles.
À Bordeaux, cette convergence était déjà visible depuis plusieurs jours avec l’implication d’étudiants de Bordeaux Montaigne, de Sciences Po Bordeaux ou encore d’autres établissements de l’enseignement supérieur.
Cette convergence pourrait désormais jouer un rôle important dans la poursuite du mouvement, notamment à l’approche des vacances scolaires.
Les revendications de départ restent présentes
Malgré cette évolution, les revendications n’ont pas profondément changé.
Les lycéens continuent de dénoncer le manque d’enseignants et de remplaçants, les classes chargées, les emplois du temps difficiles, l’état de certains bâtiments ou encore le fonctionnement de Parcoursup.
Le gouvernement a annoncé le redéploiement de quelque 3 000 professeurs remplaçants, mais cette réponse n’a pas suffi à mettre fin au mouvement. Il s’agit essentiellement de personnels déjà existants, réaffectés vers les établissements jugés prioritaires, et non de 3 000 créations de postes.
Le sujet dépasse désormais largement la seule question des remplacements. Les conditions d’études, les moyens de l’Éducation nationale et, plus largement, la confiance des jeunes dans leur avenir scolaire et universitaire continuent d’alimenter la contestation.
L’exécutif peine par ailleurs encore à stabiliser sa réponse, entre annonces sur les moyens, ouverture de temps de dialogue et maintien d’un dispositif sécuritaire important.
Le maintien de l’ordre toujours au centre du débat
La gestion policière et judiciaire de la mobilisation reste également l’un des points sensibles de la séquence.
Selon les derniers chiffres communiqués par le ministère de la Justice, 6 877 personnes ont été placées en garde à vue entre le 28 septembre et le 8 octobre, dont 86 % de mineurs. Parmi elles, 2 376 font l’objet de poursuites.
La seule journée du 1er octobre avait donné lieu à 1 949 interpellations, soit davantage que le pic enregistré lors d’une journée de mobilisation des Gilets jaunes en décembre 2018.
À Bordeaux, l’Observatoire girondin des libertés publiques a publié cette semaine un premier bilan documentant plusieurs pratiques de maintien de l’ordre qu’il juge problématiques : présence de la BAC, usage des lacrymogènes, conditions des sommations et entraves signalées à des journalistes. Un précédent article revenait en détail sur ces observations.
La question du maintien de l’ordre est donc loin d’avoir disparu avec la baisse du nombre de lycées fermés.
Un mouvement qui change plus qu’il ne s’essouffle
Deux semaines après le début de la mobilisation, il paraît encore difficile de parler d’essoufflement général.
Le nombre d’établissements bloqués diminue et la participation nationale annoncée par les autorités baisse. Mais plusieurs milliers de personnes continuent de manifester à Bordeaux et le mouvement gagne désormais une partie des étudiants.
Cette évolution pourrait être déterminante pour la suite.
À l’approche des vacances scolaires, la capacité des lycéens à maintenir la mobilisation sera forcément mise à l’épreuve. Mais l’élargissement vers l’enseignement supérieur ouvre une autre possibilité : celle d’un mouvement moins dépendant des seuls blocages de lycées et davantage porté par une convergence entre lycéens et étudiants.
À Bordeaux comme ailleurs, la prochaine étape sera donc moins de savoir si la mobilisation continue d’exister que de voir sous quelle forme elle peut désormais se prolonger.



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