À la veille de la mobilisation du samedi 24 octobre, la préfète de la Gironde a interdit les manifestations dans une large partie du centre-ville de Bordeaux. Une décision contestée par l’intersyndicale CGT–FO–FSU, qui avait déclaré un parcours au départ de la place de la Bourse. Couvre-feu avancé pour les mineurs, dispositif policier renforcé, perturbations possibles sur TBM : le point sur les mesures annoncées, alors que les revendications sociales restent présentes.
La situation a changé vendredi 23 octobre à Bordeaux. Après plusieurs jours d’incertitude sur les itinéraires des manifestations prévues samedi, la préfète de la Gironde, Sophie Brocas, a annoncé l’interdiction temporaire des regroupements et manifestations dans une large partie du centre-ville.
La mesure s’appliquera du samedi 24 octobre à 8 heures au dimanche 25 octobre à 8 heures, dans un périmètre défini par arrêté préfectoral.
Elle intervient une semaine après les violences et les pillages qui ont touché plusieurs rues commerçantes de Bordeaux, mais aussi au terme de discussions infructueuses entre les services de l’État et les organisations syndicales sur le parcours du cortège.
Pour les habitants, les commerçants et les usagers des transports, les conséquences pratiques de cette nouvelle journée de mobilisation se précisent. Pour les syndicats, la décision soulève également la question du droit de manifester.
Une large partie du centre-ville interdite aux manifestations
Le communiqué publié vendredi par la préfecture annonce une interdiction temporaire des regroupements et manifestations dans un périmètre couvrant une grande partie du centre de Bordeaux.
La carte annexée à cette décision fait apparaître une zone s’étendant notamment des quais vers Mériadeck, en englobant la place de la Bourse, les abords de Pey-Berland, une partie des quartiers centraux ainsi que le secteur de la Victoire. Elle remonte également vers une partie des Chartrons.
Cette mesure ne concerne pas l’ensemble de la commune. Les limites juridiquement applicables sont celles définies dans l’arrêté préfectoral, consultable au recueil des actes administratifs de la Gironde.
La préfecture justifie sa décision par les importantes dégradations du samedi 17 octobre et par des appels aux pillages et aux violences qu’elle indique avoir identifiés pour la nouvelle journée de mobilisation.
Les participants à des rassemblements interdits dans ce périmètre s’exposent, selon la préfecture, à une amende de 135 euros.
Cette interdiction est susceptible de faire l’objet d’un contrôle du juge administratif, plusieurs organisations contestant sa légalité.
L’intersyndicale conteste l’interdiction de son parcours
Le parcours des manifestations était devenu un point de désaccord majeur entre la préfecture et les organisations syndicales.
Selon les informations rapportées vendredi par Le Monde et l’Agence France-Presse, l’intersyndicale CGT–FO–FSU avait été informée dès jeudi soir d’un projet d’interdiction portant sur une large partie du centre-ville.
Vendredi matin, elle a néanmoins déposé une déclaration de manifestation reprenant un itinéraire habituel dans l’hypercentre bordelais, avec un départ prévu à 14 heures place de la Bourse.
Une nouvelle réunion organisée dans l’après-midi n’a pas permis de trouver un accord.
La préfète a alors confirmé l’interdiction du parcours déclaré, expliquant vouloir protéger les rues commerçantes et éviter de nouveaux pillages.
De son côté, Catherine Dudès, représentante de la FSU, a défendu le maintien de l’itinéraire proposé. L’intersyndicale conteste la décision préfectorale et a annoncé son intention de saisir le tribunal administratif en référé.
Le Syndicat des avocats de France et la Ligue des droits de l’Homme sont également associés à la contestation judiciaire de l’interdiction.
À l’heure de cette actualisation, aucune décision du tribunal administratif permettant de confirmer ou de suspendre l’arrêté n’a encore pu être vérifiée.
Le rendez-vous annoncé à 14 heures place de la Bourse ne constitue donc pas une autorisation de manifester dans le périmètre interdit. Les organisateurs ont indiqué vouloir maintenir leur mobilisation, mais ses conditions de déroulement restent incertaines.
Des revendications sociales toujours présentes
Si l’organisation des cortèges et les mesures de sécurité occupent une place importante dans l’actualité, les revendications à l’origine des mobilisations n’ont pas disparu.
Depuis plusieurs semaines, les lycéens mobilisés réclament notamment davantage de moyens pour l’Éducation nationale, des remplacements d’enseignants, de meilleures conditions d’études et des évolutions concernant Parcoursup.
D’autres organisations portent des demandes sur les salaires, le pouvoir d’achat, les services publics et la répartition des richesses.
Le gouvernement a annoncé certaines mesures dans le domaine de l’éducation, sans parvenir à mettre fin à la contestation. Mercredi 21 octobre, le Premier ministre Sébastien Lecornu a reçu plusieurs organisations syndicales à Matignon. À l’issue de cette rencontre, certaines ont dénoncé l’absence de réponses suffisantes à leurs principales revendications.
Une nouvelle journée de mobilisation syndicale est annoncée pour le 5 novembre.
Les appels à manifester samedi 24 octobre, notamment relayés par des collectifs se réclamant des Gilets jaunes, ne se confondent pas nécessairement avec cette prochaine échéance. La Coordination nationale lycéenne a également appelé à poursuivre le mouvement.
Cette diversité de revendications et d’organisations rappelle que les événements du 17 octobre, aussi importants soient-ils, ne résument pas les raisons pour lesquelles de nouveaux rassemblements sont envisagés.
Pour les commerçants, une journée à organiser après les pillages
L’interdiction des manifestations dans le centre-ville répond notamment aux préoccupations économiques apparues après les violences du 17 octobre.
Selon le bilan consolidé présenté mardi 20 octobre par la Chambre de commerce et d’industrie Bordeaux Gironde, 81 commerces ont été directement touchés, pour des dégâts estimés entre 8 et 10 millions d’euros.
Plusieurs établissements ont dû protéger leurs vitrines, réparer leurs devantures ou interrompre temporairement leur activité.
Pour les commerçants, connaître les secteurs concernés par les rassemblements demeure essentiel afin d’anticiper l’ouverture des magasins, les livraisons, les horaires du personnel et l’accès des clients.
L’interdiction annoncée vendredi clarifie les restrictions applicables à une grande partie de l’hypercentre, sans garantir pour autant l’absence de rassemblements ou de perturbations.
L’incertitude pourrait également peser sur la fréquentation commerciale, y compris dans les rues qui ne seraient finalement pas concernées par des cortèges.
L’enjeu est d’autant plus important que plusieurs commerces bordelais connaissaient déjà des difficultés avant les violences du 17 octobre.
Couvre-feu avancé à 20 heures pour les mineurs
La préfecture a également décidé de renforcer le couvre-feu temporaire concernant les mineurs non accompagnés d’un représentant légal.
Initialement fixé à 22 heures, il est désormais avancé à 20 heures à compter du vendredi 23 octobre et jusqu’au lundi 26 octobre, dans les secteurs du centre-ville visés par cette mesure.
Il ne s’agit pas d’un couvre-feu général applicable à tous les habitants de Bordeaux. La restriction concerne les mineurs non accompagnés, dans les zones précisément délimitées par l’arrêté.
Le communiqué préfectoral indique que toute infraction est passible d’une amende de 375 euros.
Cette mesure s’ajoute aux restrictions de manifestation, dont le périmètre et les horaires sont distincts.
Des renforts policiers et des contrôles annoncés
La préfecture annonce un dispositif de maintien de l’ordre renforcé par rapport à celui du samedi 17 octobre.
Il comprendra notamment une unité de projection rapide spécialisée dans la lutte contre les violences urbaines, des renforts de gendarmerie, un engin lanceur d’eau, des véhicules blindés, ainsi que des moyens du RAID, de la brigade de recherche et d’intervention et des moyens aériens.
Des contrôles seront menés dès le matin sur les axes de circulation et dans les gares.
Le port et le transport d’armes, de certains objets pouvant constituer une arme, d’artifices, de carburants et d’équipements destinés à entraver l’action des forces de l’ordre sont également interdits dans les conditions fixées par les arrêtés.
La captation d’images par drones est autorisée dans différents périmètres de Bordeaux du samedi 24 octobre à 8 heures au dimanche 25 octobre à 4 heures.
Ces dispositions sont présentées par la préfecture comme des mesures de prévention après les violences du 17 octobre. Elles ne permettent toutefois pas de préjuger du comportement des participants aux mobilisations annoncées.
Tramways et bus : des perturbations toujours possibles
Les déplacements pourraient être compliqués samedi dans plusieurs secteurs de Bordeaux.
Sur son site consacré à la circulation, Bordeaux Métropole identifie notamment les secteurs Victor-Hugo, Pey-Berland, Gambetta, Mériadeck, place de la Bourse, quais, Victoire et Bordeaux-Lac parmi les zones susceptibles de connaître des perturbations.
Des interruptions ponctuelles de tramways et des déviations de lignes de bus sont annoncées comme possibles en fonction de l’évolution de la situation.
Le dispositif préfectoral pourrait également entraîner des restrictions supplémentaires de circulation et des contrôles.
Pour connaître les lignes effectivement concernées et les horaires des perturbations, les voyageurs sont invités à consulter les informations de TBM avant leur déplacement.
Le service Allô TBM reste accessible au 05 57 57 88 88.
Girondins–Stade Montois : le match maintenu dimanche
La journée de mobilisation a déjà entraîné une modification du calendrier sportif bordelais.
La rencontre entre les Girondins de Bordeaux et le Stade Montois, initialement programmée samedi 24 octobre au Stade Atlantique, a été reportée au dimanche 25 octobre à 15 heures.
Le club explique que la mobilisation des forces de l’ordre ne permettait pas d’assurer pleinement la sécurisation de la rencontre samedi.
Les billets déjà achetés restent valables pour dimanche, sans démarche supplémentaire. Aucun guichet de vente ne sera ouvert au stade le jour du match, les nouvelles réservations devant être effectuées en ligne.
Une mobilisation dont le déroulement reste incertain
À quelques heures du samedi 24 octobre, une partie des incertitudes entourant la journée a laissé place à des décisions administratives précises.
L’interdiction des manifestations dans une large partie du centre-ville, le couvre-feu renforcé et les moyens de sécurité supplémentaires sont désormais annoncés.
En revanche, le désaccord demeure entre la préfecture et l’intersyndicale sur les conditions d’exercice du droit de manifester. Les éventuelles décisions du tribunal administratif pourraient encore modifier la situation.
Pour les habitants, les commerçants et les usagers des transports, la priorité reste de disposer d’informations fiables sur les secteurs concernés et les déplacements possibles.
Pour les organisations mobilisées, la question dépasse celle du parcours : elle concerne également la possibilité de faire entendre des revendications sociales et politiques auxquelles elles estiment ne pas avoir obtenu de réponses suffisantes.
Samedi, c’est donc à la fois le déroulement des rassemblements, leur encadrement et les suites du dialogue entre autorités et organisations qui seront observés.



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