Bordeaux

17 octobre à Bordeaux : échanges tendus au conseil municipal

Protection des commerces, maintien de l’ordre et droit de manifester : les événements du 17 octobre ont donné lieu à de longs échanges, souvent tendus, au conseil municipal du 2 novembre. Les oppositions ont confronté Thomas Cazenave à ses engagements sur la sécurité, tandis que la majorité a défendu son action et sa demande d’éloigner les manifestations de l’hypercentre.

Plus de deux semaines après les pillages et les affrontements du 17 octobre, les élus bordelais se sont opposés sur les enseignements à tirer de cette journée. Thomas Cazenave a rappelé les dégâts et leurs conséquences pour les commerçants et leurs salariés. Plusieurs opposants ont également condamné les dégradations, tout en demandant des explications sur la protection des commerces et les conditions d’intervention des forces de l’ordre.

Les engagements de sécurité du maire mis à l’épreuve

Marc Etcheverry (Bordeaux avenir écologique et solidaire) a retourné contre Thomas Cazenave ses arguments de campagne sur la sécurité. Tout en reconnaissant que les dégradations étaient indépendantes de la volonté du maire, il lui a reproché d’avoir fait « des promesses que vous ne pouviez pas tenir », rappelant ses engagements de protection des commerces et ses critiques contre l’action de Pierre Hurmic.

Si les opposants confrontent ainsi le maire à ses engagements de sécurité, le déploiement des forces de l’ordre et l’emploi des moyens de dispersion relèvent de l’État, sous l’autorité de la préfète et du commandement des unités engagées.

Pascale Bousquet-Pitt (Socialistes et apparentés) a également interrogé les résultats du « plan Marshall » municipal. Elle a rapproché deux questions : pourquoi des manifestants avaient-ils été exposés aux gaz dès le début du rassemblement, tandis que des pillards avaient pu agir durablement dans certaines rues commerçantes ?

Ces interrogations prolongent celles de notre reportage sur la journée du 17 octobre. Nous avions relevé un dispositif important devant le palais Rohan, alors qu’au moment de notre passage, aucune présence policière n’était visible dans les portions de la rue Sainte-Catherine où se déroulaient des pillages. Cette observation, limitée aux lieux et horaires parcourus, posait la question de la répartition des forces et de l’information préventive des commerçants.

Marc Etcheverry a proposé une mission d’information et d’évaluation transpartisane pour examiner l’anticipation, le déploiement et les informations transmises aux commerces. Aucune création de cette mission n’a été annoncée au cours de la séance.

Le maire a indiqué avoir réuni le conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance le 20 octobre, avec la préfète, le procureur et les forces de sécurité. Il affirme avoir demandé aux représentants de l’État un dispositif mieux adapté pour éviter la répétition des événements. La majorité a insisté sur les violences subies par les forces de l’ordre et les risques de nouveaux débordements.

En réponse aux critiques formulées au conseil sur la protection des commerces, Anne Fahmy a défendu l’action municipale en évoquant les appels passés par les élus le jour même pour inviter les commerçants à fermer et à se protéger. Elle n’a toutefois pas détaillé les éventuelles démarches préventives menées avant le 17 octobre, laissant ouverte la question de l’anticipation.

Le droit de manifester au cœur du désaccord

Pour les prochaines mobilisations, Thomas Cazenave défend une demande adressée aux autorités préfectorales : éviter l’hypercentre afin de protéger les commerces et de permettre aux clients de revenir le samedi. Il assure vouloir préserver le droit de manifester tout en tenant compte des autres usages de la ville.

Plusieurs opposants contestent cette réponse. Olivier Escots (élu communiste, indépendant au conseil municipal) y voit un risque de rendre le mouvement social moins visible. Il souligne également que les interruptions anticipées du tramway pénalisent l’accès au centre, y compris pour les clients des commerces. Stéphane Pfeiffer (Écologie et solidarité) rappelle que les organisations syndicales proposent les parcours et défend la possibilité de manifester dans le centre-ville.

Thomas Cazenave a vivement contesté l’assimilation de sa demande à une interdiction de manifester. En évoquant les recours sur les parcours parisiens, il a insisté sur le contrôle exercé par le tribunal administratif puis, le cas échéant, par le Conseil d’État : « Tout ça se fait toujours sous le contrôle du juge. » Il défend ainsi une proposition de modification des tracés, dont la mise en œuvre relève des autorités compétentes et peut être contestée devant la justice administrative.

Plus tard dans l’échange, Stéphane Pfeiffer a placé le désaccord sur le terrain des conditions concrètes de manifestation : « C’est la première fois de ma vie que j’ai l’impression qu’on m’empêche de manifester. » Il a rapporté avoir été exposé aux lacrymogènes avec sa fille dès le début du rassemblement, parmi des participants qu’il décrit comme calmes. Selon lui, la peur suscitée par ces interventions a aussi dissuadé des personnes de revenir lors des mobilisations suivantes.

Ce témoignage rejoint une interrogation déjà documentée par l’Observatoire girondin des libertés publiques : l’OGLP situe les premiers tirs à 13 h 43, avant le rendez-vous de 14 heures place de la Bourse, et conteste leur nécessité dans la situation observée. La préfecture avait, pour sa part, expliqué les interventions par les violences et les dégradations. Le conseil n’a pas apporté de réponse précise à cette chronologie initiale.

Les longs échanges du conseil municipal n’ont pas levé toutes les interrogations sur le 17 octobre. Des questions demeurent sur l’anticipation des violences et les choix de maintien de l’ordre, à l’échelle locale comme nationale.

Écrit par

Jean-Sébastien Dufourg

Directeur de la publication

Créateur du site web et co fondateur du magazine en 2011