Malgré l’interdiction préfectorale de manifester dans une large partie du centre-ville, des milliers de personnes ont défilé samedi 24 octobre à Bordeaux. Le cortège principal a progressé dans une ambiance globalement calme, avant des affrontements avec les forces de l’ordre en fin d’après-midi. Le premier bilan fait état de 44 interpellations, trois blessés et huit commerces touchés.
Une semaine après les violences du 17 octobre, Bordeaux a connu une nouvelle journée de mobilisation sociale samedi 24 octobre. Malgré la pluie, les restrictions de circulation et l’interdiction préfectorale de manifester dans une grande partie du centre-ville, plusieurs milliers de personnes ont répondu à l’appel.
La préfecture a comptabilisé 15 500 manifestants, contre 60 000 selon les organisations syndicales. Deux estimations très éloignées, qui témoignent de l’importance du rassemblement sans permettre d’en établir précisément l’ampleur.
Pendant une grande partie de l’après-midi, le cortège principal a progressé dans le calme. Il a emprunté l’itinéraire déclaré par l’intersyndicale CGT–FO–FSU, malgré un arrêté d’interdiction demeuré en vigueur après une décision du tribunal administratif.
La situation s’est ensuite dégradée dans plusieurs secteurs du centre-ville, notamment vers la place Gambetta et la place de la Bourse, où des affrontements ont opposé certains groupes aux forces de l’ordre.
Un cortège qui défile malgré l’interdiction
Vendredi 23 octobre, la préfète de la Gironde, Sophie Brocas, avait interdit les manifestations et rassemblements dans un large périmètre du centre de Bordeaux, du samedi 24 octobre à 8 heures au dimanche 25 octobre à 8 heures.
Cette décision faisait suite aux violences et pillages du 17 octobre, qui avaient touché 81 commerces selon le bilan consolidé de la Chambre de commerce et d’industrie Bordeaux Gironde.
L’intersyndicale CGT–FO–FSU, qui avait déclaré un parcours au départ de la place de la Bourse, avait contesté l’arrêté devant le tribunal administratif.
Samedi, le rendez-vous a néanmoins été maintenu à 14 heures. Le cortège principal s’est élancé sur les quais avant de rejoindre notamment le cours Victor-Hugo, la place de la République, le cours d’Albret et la place Gambetta.
Dans l’après-midi, alors que la manifestation était déjà engagée, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté la demande de suspension de l’arrêté préfectoral. L’interdiction est donc restée en vigueur.
Cette décision n’a pas interrompu la marche. Les participants ont poursuivi le parcours déclaré, dans une ambiance globalement calme pendant une grande partie du défilé.
Ce contraste entre la mesure administrative et le déroulement de la manifestation constitue l’un des faits marquants de la journée.
Des revendications toujours présentes
Cette nouvelle mobilisation ne peut être réduite aux mesures de sécurité et aux incidents qui ont suivi.
Les participants entendaient poursuivre la contestation engagée les semaines précédentes, notamment contre la vie chère et autour des salaires, des pensions, du pouvoir d’achat et de la défense des services publics.
La jeunesse mobilisée porte également des revendications concernant les moyens de l’Éducation nationale, les conditions d’études et le système d’orientation.
Ces demandes n’ont pas trouvé de réponses jugées suffisantes par les organisations concernées. La rencontre du mercredi 21 octobre entre le Premier ministre Sébastien Lecornu et plusieurs syndicats n’a pas permis de mettre fin à la contestation.
À l’issue de la manifestation bordelaise, Stéphane Obé, secrétaire général de l’union départementale CGT de Gironde, a souligné le caractère pacifique du cortège et l’importance de la participation, malgré l’interdiction et une météo défavorable.
Une nouvelle journée de mobilisation syndicale est annoncée pour le 5 novembre.
Des tensions vers Gambetta, puis des affrontements place de la Bourse
Après un début d’après-midi marqué par une progression globalement calme du cortège, les premières tensions importantes sont apparues dans le secteur du cours de l’Intendance et de la place Gambetta.
Des face-à-face se sont formés entre certains manifestants et les forces de l’ordre. Des jets de projectiles ont été signalés, suivis de charges policières et de l’utilisation de gaz lacrymogènes.
La situation s’est ensuite dégradée autour de la place de la Bourse, où d’autres groupes s’étaient rassemblés. Les affrontements se sont prolongés dans ce secteur, entraînant plusieurs interventions des forces de l’ordre.
Des individus s’en sont notamment pris au palais de la Bourse, arrachant des protections en bois et brisant plusieurs fenêtres du bâtiment.
Les incidents se sont poursuivis sur les quais, où des feux ont été allumés sur la chaussée. Plus tard dans la soirée, la préfecture a également signalé des poubelles incendiées et du mobilier urbain dégradé sur la place de la Victoire.
Cette succession d’événements permet de distinguer le déroulement globalement pacifique du cortège syndical des affrontements survenus en marge et en fin de mobilisation. Les actes de violence commis par certains groupes ne peuvent être attribués à l’ensemble des manifestants.
44 interpellations et trois blessés selon un bilan provisoire
Samedi soir, la préfecture de la Gironde faisait état de 44 interpellations, notamment dans le cadre d’infractions liées aux objets dangereux ou à des violences envers les forces de l’ordre.
Le premier bilan recensait également trois blessés : deux membres des forces de l’ordre et un manifestant.
Huit commerces avaient été signalés comme touchés par des dégradations ou des pillages.
Ces chiffres restent provisoires. Ils pourront évoluer à mesure que seront consolidés les résultats des opérations de police et le recensement des dommages.
À titre de comparaison, après les violences du samedi 17 octobre, la CCI Bordeaux Gironde avait recensé 81 commerces directement touchés, pour des dégâts estimés entre 8 et 10 millions d’euros.
Des commerces protégés, mais de nouvelles dégradations
Dans plusieurs rues commerçantes, les conséquences des événements du 17 octobre restaient visibles samedi matin.
De nombreuses boutiques avaient installé des panneaux de bois devant leurs vitrines. Certaines avaient néanmoins maintenu leur activité.
Rue Sainte-Catherine, les photographies et observations réalisées en milieu d’après-midi montrent une fréquentation limitée, malgré l’ouverture de plusieurs commerces.
Un important dispositif policier avait été déployé dès la matinée autour de l’hôtel de ville, du Grand-Théâtre et des principaux axes commerçants.
Sur la base des premiers bilans, les dégradations commerciales recensées le 24 octobre apparaissent moins nombreuses que celles de la semaine précédente.
Il serait toutefois prématuré d’attribuer cette différence au seul dispositif policier. Les conditions de mobilisation et les mesures de protection prises par les commerçants ont également pu jouer un rôle, sans qu’il soit possible d’en mesurer précisément les effets.
Pour les professionnels sinistrés, ces nouveaux incidents s’ajoutent à une semaine déjà marquée par les réparations, les déclarations d’assurance et les interrogations sur la reprise de l’activité.
Une interdiction dont l’application interroge
L’un des faits marquants de la journée demeure le décalage entre la décision administrative et le déroulement du cortège.
Malgré le rejet de la demande de suspension de l’arrêté préfectoral, le cortège principal a poursuivi son parcours sans être systématiquement dispersé.
Cette situation interroge sur les modalités d’application de l’interdiction. Les consignes opérationnelles précises données aux forces de l’ordre ne sont toutefois pas connues.
Elle pose plus largement la question de la conciliation entre la protection des commerces, les impératifs de sécurité et l’exercice de la liberté de manifester.
La préfecture avait justifié l’interdiction par le risque de nouvelles violences. Les organisations syndicales avaient, de leur côté, défendu la possibilité de manifester sur un parcours déclaré dans le centre-ville.
Le déroulement de samedi montre que ces questions restent ouvertes, malgré la décision du tribunal et les moyens supplémentaires mobilisés.
Une mobilisation qui ne clôt pas la contestation
Au lendemain de cette nouvelle journée, plusieurs constats se dégagent.
La mobilisation sociale demeure importante, tandis que les revendications sur le pouvoir d’achat, l’éducation et les services publics restent présentes.
Les commerçants doivent, quant à eux, composer avec les conséquences de deux samedis particulièrement perturbés dans le centre-ville.
Le bilan provisoire du 24 octobre fait état de 44 interpellations, trois blessés et huit commerces touchés. Il confirme que des violences ont de nouveau marqué la fin de journée, sans résumer pour autant le déroulement de la manifestation.
Entre un cortège globalement calme et des affrontements en fin d’après-midi, ce nouveau samedi bordelais rappelle la nécessité de distinguer la mobilisation sociale des actes de violence commis en marge des rassemblements.



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