Dans les jardins de la Cité du Vin, l’exposition Martin Parr : Art de vivre propose un parcours en plein air, du 23 avril au 20 septembre 2026. Inscrite dans le Mois de la Photo, cette exposition portée par la Ville de Bordeaux met en dialogue Bristol et Bordeaux à travers les rituels sociaux, la convivialité et le regard ironique du photographe britannique.
Une exposition à ciel ouvert dans les jardins de la Cité du Vin
Dans les jardins de la Cité du Vin, les photographies de Martin Parr ne se regardent pas dans le silence d’une salle blanche. Elles se croisent au fil d’une promenade, entre végétation, passants et horizon urbain. C’est là que Bordeaux a choisi d’installer Martin Parr : Art de vivre, exposition en plein air consacrée au regard du photographe britannique sur les rituels sociaux, la convivialité et les classes moyennes britanniques.
Présentée du 23 avril au 20 septembre 2026, l’exposition est organisée par la Ville de Bordeaux, en collaboration avec la Cité du Vin, qui célèbre ses 10 ans. Elle s’inscrit dans le cadre du Mois de la Photo et occupe une place particulière dans cette programmation : il s’agit du seul projet porté et produit directement par la Ville de Bordeaux dans ce cadre.
Le parcours rassemble des photographies réalisées à Bristol, ville jumelée avec Bordeaux, et en France. Lors de la visite guidée, Andréa Holswer, directrice des expositions de Magnum Photos, a rappelé que le projet s’inscrivait aussi dans les liens tissés entre Bordeaux et Bristol, notamment par l’intermédiaire de l’association Bordeaux-Bristol et de la Martin Parr Foundation. Cette exposition vient ainsi prolonger, dans l’espace public bordelais, un dialogue ancien entre les deux villes.
Décédé le 6 décembre 2025, Martin Parr avait pu voir et approuver le choix des images avant sa disparition, nous confie Andréa Holswer. L’exposition prend donc aussi, sans le revendiquer lourdement, la forme d’un hommage discret à une œuvre attentive aux scènes ordinaires.
Les classes moyennes britanniques comme terrain d’observation
Chez Martin Parr, la convivialité n’est jamais un simple décor. Elle est un terrain d’observation. Fêtes, réceptions, repas partagés, rassemblements populaires, moments de loisirs : ses photographies captent des instants où les individus se montrent en société, parfois avec naturel, parfois avec une forme de théâtralité involontaire.
La sélection présentée à Bordeaux couvre des images réalisées entre 1988 et 2023. On y retrouve ce qui fait la singularité de son regard : la couleur, le détail, le léger décalage, mais aussi une attention constante aux codes sociaux. Un vêtement, une posture, une table dressée, une manière de boire ou de célébrer deviennent les indices d’un monde.
Lors de la visite, Andréa Holswer a insisté sur un point essentiel : Martin Parr ne se contente pas de produire des images drôles. Son travail relève du documentaire, avec « une petite touche un peu ironique ». Cette nuance est importante. Chez lui, l’humour n’efface pas le sérieux du regard. Il permet au contraire de rendre visibles les habitudes, les signes de distinction, les petits rituels collectifs que l’on ne remarque plus.
Le photographe britannique, membre de Magnum Photos depuis 1994, a fait des classes moyennes l’un de ses grands terrains d’observation. Andréa Holswer a rappelé cette idée centrale de son travail : Martin Parr disait photographier « ce qui est entre les deux, les classes moyennes ». Ni misérabilisme, ni fascination pour la célébrité : son regard se porte sur les loisirs ordinaires, les fêtes de voisinage, les sorties, les réceptions, les repas partagés, les petits signes de distinction ou de conformité sociale.
C’est là que son œuvre prend une dimension plus profonde. Les couleurs vives et les situations parfois cocasses attirent d’abord le regard, mais elles ouvrent sur une lecture sociale. Martin Parr observe la manière dont une classe sociale se raconte à travers ses décors, ses vêtements, ses objets, ses rituels et ses façons d’être ensemble. Dans les images présentées à Bordeaux, la convivialité devient ainsi un révélateur : elle montre autant le plaisir de se retrouver que les codes qui organisent ces moments collectifs.

- Exposition Martin Parr à la Cité du Vin
- 2ème personne à gauche Philippe Hernandez, Directeur de la programmation et du développement culturel à la Cité du Vin. A droite Andréa Holswer directrice des expositions de Magnum Photos
Flowers, l’autre visage de Martin Parr
L’un des intérêts du parcours bordelais tient aussi à la place accordée à la série Flowers, réalisée à Bristol en 1999. À première vue, les fleurs peuvent sembler éloignées des images de foules, de buffets, de réceptions ou de plages souvent associées à Martin Parr. Mais cette série ouvre une autre porte sur son travail.
Andréa Holswer a rappelé que Flowers avait été peu montrée dans un cadre d’exposition centré sur elle. Elle ne correspond pas forcément à ce que les institutions vont chercher en premier chez Martin Parr. Pourtant, elle prolonge son regard social. Les fleurs qu’il photographie ne sont pas celles de grands jardins botaniques ou de parcs aristocratiques. Ce sont des parterres modestes, des haies, des petits jardins devant les pavillons, des compositions florales insérées dans le quotidien urbain.
Dans cette série, la fleur n’est donc pas seulement un motif esthétique. Elle devient un signe social. Même lorsqu’il choisit de photographier des parterres ou des compositions florales, Martin Parr conserve cette lecture sociologique des classes moyennes britanniques. À l’arrière-plan apparaissent souvent les éléments d’un quotidien ordinaire : le jardin devant le pavillon, la voiture stationnée, la haie, le trottoir, parfois des passants ou des lieux de loisirs. La fleur raconte alors un goût, une manière d’habiter, de décorer, de se présenter aux autres. À Bristol, Martin Parr photographie autant les fleurs que le monde social qui les entoure.
Le choix des jardins de la Cité du Vin donne à cette série un relief particulier. Les images ne sont pas simplement accrochées dans un espace vert : elles dialoguent avec lui. Les fleurs photographiées à Bristol trouvent un écho dans la promenade bordelaise. Le visiteur traverse un lieu réel tout en observant des images qui interrogent les décors du quotidien.
Bordeaux, Bristol et l’art de vivre en société
Le lien avec Bordeaux ne se limite pas au jumelage avec Bristol. Il passe aussi par la question de l’art de vivre, notion parfois galvaudée, que l’exposition ramène à des gestes concrets : se réunir, partager un repas, boire un verre, décorer un espace, célébrer un moment collectif.
Dans ce contexte, la Cité du Vin n’est pas un simple décor. Le vin traverse l’exposition comme un fil discret. Il apparaît dans certaines scènes de fête ou de réception, mais il renvoie surtout à une culture du partage et de la sociabilité. À Bordeaux, cette dimension prend naturellement une résonance locale, sans transformer l’exposition en illustration touristique de la ville.
C’est là que le parcours trouve son équilibre. Il ne dit pas seulement : Martin Parr photographie la convivialité. Il montre comment cette convivialité est codée, située, parfois drôle, parfois étrange, souvent révélatrice. Les images parlent de Bristol, de l’Angleterre et, pour certaines, de scènes réalisées en France. Mais elles parlent aussi au visiteur bordelais, parce qu’elles questionnent des pratiques communes : le repas, la fête, l’apparence, le décor, la place que l’on occupe dans un groupe.
Philippe Hernandez, directeur de la programmation et du développement culturel de la Cité du Vin, était présent lors de cette présentation. Sa présence souligne aussi le rôle de la Cité du Vin comme lieu culturel, au-delà de sa vocation patrimoniale et touristique. Pour ses 10 ans, l’établissement accueille ici une proposition qui articule photographie, espace public et regard social.
Une promenade critique dans nos habitudes ordinaires

- Exposition Martin Parr à la Cité du Vin
- Les jardins de la Cité du Vin
L’exposition en plein air est sans doute l’un des choix les plus cohérents du projet. Martin Parr aimait les formats accessibles et les expositions capables de toucher un public au-delà des visiteurs habituels des musées. Andréa Holswer a rappelé que cette dimension l’intéressait particulièrement : l’extérieur permettait d’aller vers un public plus large.
Dans les jardins de la Cité du Vin, ce principe devient concret. On peut rencontrer les images au détour d’une promenade, les regarder rapidement ou s’y attarder. Cette liberté de circulation correspond bien à l’œuvre de Parr, elle-même attentive aux espaces collectifs, aux rassemblements, aux scènes où la société se donne à voir.
Les couleurs franches, l’usage du flash, les détails parfois presque trop visibles participent de cette lecture. Andréa Holswer a rappelé que le photographe travaillait beaucoup avec le flash, y compris dans des situations lumineuses. Cette technique contribue à cette intensité visuelle qui rend les attitudes, les objets et les gestes particulièrement lisibles.
Mais derrière l’éclat des couleurs, il y a une observation plus profonde. Martin Parr regarde les moments où les individus relâchent leur posture, où la fête laisse apparaître ses coulisses, où la convivialité révèle aussi des habitudes sociales. Comme l’a résumé Andréa Holswer pendant la visite, derrière les images amusantes, il y a « une étude sociologique ». Ce n’est « pas que rigolote ».
C’est pour cette raison que Martin Parr : Art de vivre compte dans la programmation culturelle bordelaise. L’exposition associe un grand nom de la photographie contemporaine à un lieu ouvert, inscrit le Mois de la Photo dans l’espace public et propose un regard à la fois accessible et critique sur nos manières de vivre ensemble.
À Bordeaux, Martin Parr ne photographie pas la ville elle-même, ni ses habitants. Ses images venues de Bristol, d’Angleterre trouvent pourtant, dans les jardins de la Cité du Vin, une résonance locale. Elles interrogent ce que les sociétés donnent à voir dans leurs moments de convivialité : les fêtes, les décors, les habitudes, les petits signes de distinction, les façons de se tenir ensemble.
En exposant ces scènes à Bordeaux, la Ville et la Cité du Vin ne déplacent pas seulement des photographies dans un jardin. Elles proposent une promenade dans le regard de Martin Parr, entre humour, couleur et observation sociale. Un regard venu de la société britannique, qui invite aussi le visiteur bordelais à observer autrement ses propres rituels collectifs.



Sur le même sujet
À Bordeaux, trois regards féminins sur les fêtes valenciennes
Bordeaux : la ville devient galerie photo à ciel ouvert
Salle comble à Bordeaux pour une expo sur la mémoire
Inauguration du mois de la photo
Le monde d’après, 1944-1954 : une immersion sensible dans l’après-guerre au musée d’Aquitaine
Bordeaux célèbre la photographie sous toutes ses formes