Mis à jour le 08/10/2026 à 12h57

À Bordeaux, la mobilisation gagne les universités et le dialogue tente de reprendre

La mobilisation de la jeunesse se poursuit à Bordeaux
Rassemblement place de la Victoire à Bordeaux, jeudi 1er octobre 2026, dans le cadre de la mobilisation des lycéens et des étudiants.

Après plusieurs jours de blocages dans les lycées, le mouvement s’étend désormais à l’enseignement supérieur. Sciences Po Bordeaux et Bordeaux Montaigne sont concernés, tandis que le rectorat reconnaît des difficultés à identifier des interlocuteurs lycéens. Dans le même temps, le gouvernement et les syndicats cherchent à rouvrir des espaces de dialogue.

La mobilisation lycéenne continue de changer d’échelle. Après plusieurs jours de blocages et de rassemblements devant les établissements, le mouvement s’étend désormais aux universités, à Bordeaux comme ailleurs en France.

Jeudi 1er octobre, le ministère de l’Intérieur recensait 1 027 lycées concernés, dont 222 blocages. Les étudiants ont également rejoint le mouvement, avec une trentaine de campus bloqués à travers le pays.

À Bordeaux, cette extension au supérieur est désormais concrète.

Sciences Po et Bordeaux Montaigne dans le mouvement

À Sciences Po Bordeaux, l’assemblée générale des étudiants a annoncé jeudi avoir voté le blocage de l’IEP pour une durée indéterminée.

À Bordeaux Montaigne, plusieurs occupations partielles ont également eu lieu jeudi sur le campus de Pessac. La présidence de l’université a décidé des mesures de fermeture et de sécurisation pour vendredi 2 et samedi 3 octobre, évoquant notamment la présence d’étudiants sur les toits, des déplacements de mobilier ainsi que des portes ou serrures forcées.

Dans son communiqué, l’université affirme porter une attention particulière aux préoccupations exprimées par les communautés étudiantes et lycéennes, tout en rappelant que les campus doivent rester des espaces de débat et que les mobilisations ne peuvent donner lieu à des comportements mettant en danger étudiants et personnels.

À l’échelle nationale, l’Union étudiante revendiquait jeudi plus de 30 universités et 640 lycées bloqués, des chiffres issus de l’organisation elle-même.

Cette convergence entre lycéens et étudiants était recherchée depuis plusieurs jours par l’Union syndicale lycéenne et l’Union étudiante. Les deux organisations appellent à une nouvelle journée nationale de mobilisation le mardi 6 octobre.

Le rectorat peine encore à trouver des interlocuteurs

Alors que le mouvement s’étend, la question du dialogue avec les lycéens devient centrale.

Jeudi, le recteur de l’académie de Bordeaux a réuni en urgence les organisations syndicales pour faire le point. Selon le compte rendu publié par le SNES-FSU Bordeaux, le rectorat distingue une majorité de mobilisations relativement classiques dans l’académie, barrages filtrants ou tentatives de blocage, et des situations plus violentes concentrées dans la métropole bordelaise. Une cellule réunissant rectorat, préfecture et Région a été activée.

Le même compte rendu fait apparaître une difficulté institutionnelle plus profonde.

Un conseil académique de la vie lycéenne devait être réuni jeudi, mais les représentants pour cette année scolaire n’ayant pas encore été élus, seuls quatre lycéens pouvaient y participer. Selon le SNES-FSU, le recteur indique également que des tentatives de dialogue menées par certaines directions n’ont pas abouti et qu’aucune demande d’audience de lycéens n’était parvenue au rectorat.

Au moment où la mobilisation prend de l’ampleur, les canaux institutionnels permettant de faire remonter les revendications apparaissent donc encore difficilement mobilisables.

Le SNES-FSU plaide pour rouvrir des espaces de discussion

Le SNES-FSU partage plusieurs des préoccupations exprimées par les lycéens, notamment sur le manque de personnels, Parcoursup ou l’état des bâtiments scolaires. Tout en condamnant les violences, le syndicat souligne que la majorité des mobilisations dans l’académie restent pacifiques et propose des temps banalisés permettant aux élèves de s’exprimer et de renouer le dialogue.

Le syndicat relève également la présence, dans certaines actions violentes, de personnes qui ne seraient pas lycéennes, un constat que le recteur aurait lui aussi confirmé lors de la réunion.

Vendredi matin à Condorcet, Sud Ouest signalait également la présence de jeunes extérieurs à l’établissement lors des tensions avec les forces de l’ordre.

Cet élément invite à ne pas confondre l’ensemble du mouvement avec les seuls épisodes de violence.

Le gouvernement tente à son tour de rouvrir le dialogue

Après plusieurs jours largement dominés par les questions de maintien de l’ordre, l’exécutif affiche désormais davantage sa volonté de reprendre les échanges avec la communauté éducative.

Le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray doit recevoir ce vendredi les organisations syndicales représentatives des personnels, les associations de parents d’élèves, les associations lycéennes ainsi que les élus du Conseil national de la vie lycéenne.

La question du dialogue est également remontée au niveau national. Le Conseil supérieur de l’Éducation a adopté jeudi un vœu, à l’initiative de plusieurs organisations syndicales, associations de parents et d’étudiants, demandant l’ouverture du dialogue avec les lycéens et la fin des violences autour des mobilisations.

Dans ce contexte, Édouard Geffray a également annoncé l’abandon d’une disposition du projet de budget 2027 prévoyant des frais d’inscription en BTS et en classes préparatoires.

Cette tentative de reprise du dialogue intervient alors que le bilan humain reste lourd. Vendredi matin, le ministre faisait état de 170 élèves et 65 personnels de l’Éducation nationale blessés depuis le début du mouvement.

À Bordeaux, les tensions n’ont d’ailleurs pas disparu. Vendredi matin, des interventions policières étaient signalées autour des lycées Condorcet et Le Mirail.

Une mobilisation qui entre dans une nouvelle phase

En quelques jours, le mouvement a profondément évolué.

Partie des lycées autour de revendications liées aux conditions d’étude et au manque de moyens, la mobilisation s’est rapidement étendue, parfois accompagnée de violences et d’un renforcement du maintien de l’ordre. Elle gagne désormais les universités, tandis que les institutions tentent de rétablir des espaces de discussion.

À Bordeaux, cette nouvelle phase est particulièrement visible : Sciences Po est bloqué, Bordeaux Montaigne a connu plusieurs occupations et les syndicats comme le rectorat reconnaissent désormais la nécessité de renouer le dialogue.

La prochaine échéance est fixée au mardi 6 octobre, avec un nouvel appel national des organisations lycéennes et étudiantes.

D’ici là, les initiatives annoncées par le ministère, le rectorat et les syndicats permettront de mesurer si un espace de dialogue peut se reconstruire alors que la mobilisation continue de s’étendre.

Écrit par

La rédaction