Bordeaux

Au TNBA, le FIFIB retrouve ses débuts et célèbre le cinéma espagnol

Quinze ans après sa première édition, le Festival international du film indépendant de Bordeaux a retrouvé, lundi 2 novembre, le Théâtre national Bordeaux Aquitaine pour sa soirée d’ouverture. Un changement de décor qui s’accompagne d’une nouvelle organisation avec l’Utopia et d’une programmation tournée vers l’Espagne, avec Lola Dueñas en invitée d’honneur.

Le FIFIB revient là où son histoire a commencé. Quinze ans après sa naissance, le festival bordelais a retrouvé lundi soir le Théâtre national Bordeaux Aquitaine (TNBA), où s’était tenue sa première édition. Dans la salle Vitez, habituellement consacrée au spectacle vivant, le cinéma a pris ses quartiers pour une semaine de projections et de rencontres.

Ce retour aux origines intervient dans un contexte particulier. Après treize années de partenariat avec UGC, le festival a dû repenser son organisation et ses lieux de projection. Mais cette nouvelle configuration lui offre aussi l’occasion de renouer avec le théâtre, de renforcer ses liens avec l’Utopia et de poursuivre son exploration des cinématographies indépendantes.

Pour ouvrir cette quinzième édition, le FIFIB avait choisi La bola negra, de Javier Calvo et Javier Ambrossi, en présence de Lola Dueñas. Un premier rendez-vous qui donnait le ton d’une programmation particulièrement attentive au cinéma espagnol.

Le TNBA retrouve le cinéma, quinze ans après

Le retour du FIFIB au TNBA dépasse le simple changement de salle. Lors de l’inauguration, les organisatrices ont rappelé que le festival avait fait ses premiers pas dans ce théâtre, avant de développer au fil des années son partenariat avec UGC.

Cette année, le TNBA ne se contente pas d’accueillir les cérémonies d’ouverture et de clôture. Sa salle Vitez est mise à disposition pendant toute la durée de la manifestation, du 2 au 7 novembre.

Fanny de Chaillé, directrice du théâtre, a souligné la place qu’occupe le FIFIB dans la vie culturelle bordelaise et l’importance des collaborations entre les différentes structures de la ville. Depuis son arrivée, le TNBA a développé plusieurs partenariats avec les festivals et les acteurs culturels locaux.

Transformer une salle de théâtre en lieu de projection cinématographique ne va toutefois pas de soi. Pour permettre l’exploitation commerciale des séances et leur comptabilisation dans le dispositif du Centre national du cinéma, le festival s’est appuyé sur l’Utopia, son partenaire de longue date.

Lors de la cérémonie, les organisatrices ont précisé que les deux structures partageaient les coûts et les recettes liés à cette nouvelle organisation, assumant ensemble le risque financier.

Cette coopération donne une dimension concrète au choix d’indépendance revendiqué par le festival. Il ne s’agit pas seulement de changer d’adresse, mais de construire une autre manière d’accueillir les films et leurs spectateurs.

Le rapprochement entre théâtre et cinéma se retrouvera également dans la programmation. Du 5 au 7 novembre, le TNBA accueillera Faire parler les archives des non-alignés, une performance de la cinéaste serbe Mila Turajlić, construite autour d’images d’archives des années 1960. Une proposition à la frontière du documentaire, du travail historique et du spectacle vivant.

Lola Dueñas, entre Almodóvar et une nouvelle génération de cinéastes

Pour ouvrir sa quinzième édition, le FIFIB a choisi La bola negra, nouveau long métrage de Javier Calvo et Javier Ambrossi, connus sous le nom de Los Javis. Leur film traverse plusieurs époques de l’histoire espagnole en suivant des personnages liés par le désir, les blessures et les héritages du passé.

Il donne le coup d’envoi du programme « ¡Viva España ! », qui fait dialoguer plusieurs générations de cinéastes espagnols, des grandes figures aux nouvelles voix.

Invitée d’honneur du festival, Lola Dueñas incarne particulièrement cette diversité. Remarquée dans Parle avec elle de Pedro Almodóvar, puis dans Volver, la comédienne a également travaillé avec Los Javis sur les séries Veneno et La Mesías, avant de les retrouver dans La bola negra.

Lors de l’échange précédant la projection, elle a évoqué son plaisir de travailler avec ces deux réalisateurs et son attachement aux personnages qu’ils lui proposent. Son intervention a apporté une dimension plus personnelle à l’hommage rendu au cinéma espagnol.

La carte blanche qui lui est confiée témoigne aussi de ses choix artistiques. Aux côtés de Volver et de La Mesías, elle a souhaité faire découvrir Viaje, premier long métrage de Celia Rico Clavellino, dans lequel elle partage l’affiche avec Anna Castillo.

Sorti en 2018, ce film raconte la relation entre une mère et sa fille au moment où cette dernière envisage de quitter le foyer familial. Un récit intime, attentif aux sentiments et aux gestes du quotidien, que l’actrice a particulièrement défendu lors de sa présentation bordelaise.

Le public pourra prolonger cette rencontre avec Lola Dueñas mardi 3 novembre, à 14 heures, à l’Institut Cervantes.

« ¡Viva España ! », un cinéma de toutes les générations

L’hommage espagnol ne se limite pas à son invitée d’honneur. Il traverse différentes époques et formes de cinéma, avec une attention particulière portée aux réalisatrices.

Le FIFIB propose ainsi de retrouver Viridiana de Luis Buñuel, présenté dans le cadre d’une collaboration avec La Mirada Tabú, festival international de courts métrages installé à Saragosse. Ce dernier apporte également une sélection de films de son palmarès, ouvrant la programmation à des écritures plus brèves et parfois expérimentales.

D’autres rendez-vous mettent en lumière la création espagnole contemporaine. Parmi eux, Viva d’Aina Clotet et À jamais les premières de Marta Díaz de Lope Díaz, présentés en avant-première, ainsi que Flamenco, court métrage de Carla Simón.

Le festival de Saint-Sébastien bénéficie également d’une carte blanche consacrée à plusieurs films marquants de son histoire. Trois œuvres seront présentées par Irati Crespo, responsable des archives du festival basque.

À travers cette sélection, le FIFIB cherche moins à dresser un panorama exhaustif du cinéma espagnol qu’à faire découvrir des sensibilités différentes, des premiers films aux œuvres devenues classiques.

Du Québec aux autres horizons du cinéma indépendant

Si l’Espagne occupe une place importante cette année, la programmation conserve son ouverture internationale.

Le FIFIB consacre notamment un focus au cinéma québécois, avec une rétrospective des longs métrages de fiction de Philippe Lesage. Présent lors de la cérémonie d’ouverture, le cinéaste a brièvement salué le festival et exprimé son attachement à un cinéma libre.

Son œuvre, particulièrement attentive à la jeunesse, aux relations humaines et à la direction d’acteurs, offre une autre manière d’explorer les tensions intimes qui traversent les personnages.

Le programme La Terre parle arabe ouvre, lui, une fenêtre sur des œuvres et des regards palestiniens, tandis que les compétitions permettent de découvrir de nouveaux cinéastes venus d’horizons différents.

La compétition internationale de longs métrages, la compétition française de courts métrages et la section Contrebande demeurent au cœur de l’identité du festival. Cette dernière accorde une place particulière à des films réalisés en dehors de certains circuits habituels de financement.

Autant de propositions qui rappellent la vocation du FIFIB : donner de la visibilité à des œuvres et à des démarches artistiques qui ne trouvent pas toujours leur place dans les circuits de diffusion traditionnels.

Une nouvelle page à écrire avec le public

Les tensions qui ont précédé cette édition ont naturellement trouvé leur place dans les discours d’ouverture. Les responsables du festival et plusieurs représentants institutionnels sont revenus sur la rupture avec UGC et l’organisation d’un événement concurrent aux mêmes dates.

Mais une fois ces interventions achevées, la soirée a retrouvé son objet premier : la découverte des films et la rencontre avec celles et ceux qui les font.

Entre le TNBA, l’Utopia et le village installé au square Dom-Bedos, cette quinzième édition propose une nouvelle géographie du festival, avec des projections, des rencontres et des rendez-vous ouverts sur la ville.

La manifestation se poursuivra jusqu’au samedi 7 novembre, avec en clôture Mariage au goût d’orange, de Christophe Honoré.

Quinze ans après ses débuts au TNBA, le FIFIB retrouve ainsi son premier théâtre, mais dans une configuration nouvelle. Une manière de renouer avec son histoire tout en continuant à défendre ce qui fait sa singularité : le plaisir de découvrir d’autres films, d’autres regards et d’autres façons de raconter le monde.

Écrit par

Jean-Sébastien Dufourg

Directeur de la publication

Créateur du site web et co fondateur du magazine en 2011