Bordeaux

Courant d’Airs revient à l’Inox, quelques semaines après la fin du Haillan Chanté

Marine Schnegg, présidente de Bordeaux Chanson, et Manuel Corneau, alors directeur de L’Entrepôt, lors du Haillan Chanté 2026.
© Photo Oihana Marco

Du 8 au 10 octobre 2026, Bordeaux Chanson organise à l’Inox la 23e édition de son festival Courant d’Airs. Alphonse Bisaillon, Céline & Clara et Benoît Dorémus sont à l’affiche de trois soirées qui prennent cette année une résonance particulière : quelques semaines plus tôt, l’association a appris la fin de sa collaboration avec la Ville du Haillan et l’arrêt du Haillan Chanté tel qu’il avait été construit pendant quinze éditions.

Pour Bordeaux Chanson, l’automne 2026 devait d’abord marquer le retour d’un de ses rendez-vous historiques. Du jeudi 8 au samedi 10 octobre, Courant d’Airs retrouve l’Inox, dans le centre de Bordeaux, pour trois soirées consacrées à la chanson francophone.

Mais cette 23e édition se déroule dans un contexte très différent de celui imaginé quelques mois plus tôt.

Le 17 septembre, Bordeaux Chanson a annoncé la fin de sa collaboration avec la Ville du Haillan, après quinze années passées à coorganiser Le Haillan Chanté. Derrière cette rupture se dessine un changement plus large de la politique culturelle du Haillan autour de L’Entrepôt, dont une partie de la saison 2026-2027 a été remaniée après les élections municipales.

Pour une association qui, depuis plus de vingt ans, défend à Bordeaux et dans la métropole des auteurs, des interprètes et une certaine idée de la chanson francophone, la séquence est loin d’être anodine.

Courant d’Airs ne remplace évidemment pas Le Haillan Chanté. Mais sa tenue quelques semaines après cette rupture rappelle aussi que l’activité de Bordeaux Chanson ne repose pas sur un seul lieu ni sur un seul partenariat.

Le Haillan Chanté, un festival à part dans la métropole

Pendant quinze éditions, Le Haillan Chanté a occupé une place atypique dans le paysage culturel métropolitain.

À rebours des grands festivals concentrés autour de quelques têtes d’affiche, le rendez-vous faisait cohabiter artistes installés, découvertes, concerts payants, propositions gratuites et formats plus intimistes.

La chanson francophone y était envisagée au sens large, avec une attention particulière portée aux textes, aux auteurs et à l’émergence.

Cette singularité tenait aussi au fonctionnement même du festival. Le Haillan Chanté reposait sur une collaboration suivie entre Bordeaux Chanson, l’équipe de L’Entrepôt et la Ville, mais également sur l’investissement de nombreux bénévoles.

Bordeaux Gazette avait encore suivi cette aventure en juin dernier, notamment lors du concert de La Maison Tellier au Haillan.

Au fil des années, cette proximité a permis au festival de conserver une identité propre dans une métropole où les manifestations musicales sont nombreuses mais où peu d’entre elles consacrent plusieurs jours spécifiquement à la chanson francophone d’auteur.

Ce festival ne représente toutefois qu’un des volets de l’activité de Bordeaux Chanson. L’association développe par ailleurs ses propres rendez-vous à Bordeaux et dans la métropole, parmi lesquels Courant d’Airs et différents formats de concerts dans des lieux plus intimistes.

Bordeaux Gazette avait ainsi suivi Cyril Mokaiesh à Léognan en 2025, dans un café associatif, puis à Blanquefort en 2026, cette fois chez l’habitant. Deux cadres différents, mais une même volonté de rapprocher les artistes du public.

Trois mois après la 15e édition du Haillan Chanté, c’est donc spécifiquement la collaboration construite autour de L’Entrepôt et du festival qui a été interrompue.

Dans un communiqué publié le 17 septembre, Bordeaux Chanson explique avoir appris deux jours plus tôt, par un courriel de Manuel Corneau, directeur de L’Entrepôt alors sur le départ, que sa collaboration avec la municipalité prenait fin.

L’association ne cache pas son amertume. Elle indique n’avoir alors eu « aucun contact avec la nouvelle équipe municipale » sur l’évolution de la politique culturelle et dit avoir écrit à l’adjoint chargé de la culture afin d’obtenir des explications.

Une édition 2027 déjà prête

La décision est d’autant plus difficile à encaisser pour Bordeaux Chanson que la suite avait déjà été largement préparée.

Selon l’association, le travail sur Le Haillan Chanté 2027 avait commencé dès le mois de mars avec l’équipe de L’Entrepôt. La programmation de la 16e édition était bouclée, tout comme celle de deux futurs Mercredis du Haillan.

Le communiqué publié par Bordeaux Chanson traduit une réelle colère sur la méthode employée. Marine Schnegg, présidente de l’association, expliquait quelques jours plus tard à Rue89 Bordeaux : « On apprend par d’autres une décision qui est prise par la mairie, alors qu’on n’a jamais été reçu, on ne nous a jamais rien expliqué. »

Cette critique appartient à Bordeaux Chanson. Mais son incompréhension n’était pas isolée.

Une saison culturelle profondément remaniée

La fin du Haillan Chanté intervient dans une période de bouleversement plus général à L’Entrepôt.

Après treize années à la tête de l’équipement culturel municipal, Manuel Corneau a annoncé son départ pour rejoindre Saint-Médard-en-Jalles. Deux postes de l’équipe n’ont par ailleurs pas été reconduits.

La saison culturelle 2026-2027, habituellement présentée avant l’été, a été remise à plat après le changement de majorité municipale.

Parmi les rendez-vous initialement préparés mais qui ne seront finalement pas reconduits sous leur forme prévue figurent notamment Les Cogitations et Le Haillan Chanté.

Le malaise dépasse le seul cas de Bordeaux Chanson. Le 21 septembre, plusieurs artistes et compagnies programmés pour la nouvelle saison ont publiquement demandé des réponses à la Ville sur le maintien de leurs spectacles et projets.

De son côté, la nouvelle municipalité assume un changement de cap culturel et une réflexion sur l’organisation et les priorités de L’Entrepôt.

Pour Bordeaux Chanson, une conséquence est cependant acquise : Le Haillan Chanté tel qu’il s’était construit pendant quinze éditions avec Bordeaux Chanson et l’équipe de L’Entrepôt s’arrête là.

Avec lui disparaît, au moins sous cette forme, un rendez-vous qui avait réussi à faire de la chanson francophone un festival à part entière à l’échelle de la métropole.

Courant d’Airs ouvre avec Alphonse Bisaillon

C’est dans ce contexte que Bordeaux Chanson retrouve l’Inox pour Courant d’Airs.

Le festival débutera jeudi 8 octobre à 20 h 30 avec Alphonse Bisaillon.

Le jeune auteur-compositeur québécois développe un univers où se croisent chanson, jazz, folk et goût marqué pour le travail sur les mots.

Son premier album, t.o.m. ou la trajectoire des perséides, sorti en 2026, reflète cette volonté de ne pas s’enfermer dans un genre unique.

Sa présence correspond bien à l’une des constantes de Bordeaux Chanson : ne pas attendre qu’un artiste soit déjà largement identifié pour lui faire une place sur scène.

Céline & Clara, deux voix pour une même scène

Vendredi 9 octobre, également à 20 h 30, Céline & Clara prendront le relais.

Le duo repose sur le travail commun de deux artistes aux approches différentes, réunies autour d’une écriture à deux voix. Leur répertoire aborde notamment la tolérance, la nostalgie ou la disparition d’un proche.

Là encore, Courant d’Airs reste fidèle à son identité. Le festival ne cherche pas à accumuler les noms, mais à laisser de la place aux textes, aux interprètes et à la relation avec le public.

Benoît Dorémus pour conclure

La 23e édition s’achèvera samedi 10 octobre avec Benoît Dorémus, parrain de cette édition, accompagné d’une première partie.

L’auteur-compositeur viendra notamment présenter de nouvelles chansons alors qu’il prépare un prochain album.

Cette dernière soirée résume elle aussi l’esprit de Courant d’Airs : permettre à des artistes déjà reconnus comme à des voix plus nouvelles de présenter leur travail dans un cadre où l’écoute conserve une place essentielle.

Trois soirées, trois univers différents, mais un même fil : celui d’une chanson francophone qui continue à se renouveler loin des seuls circuits les plus visibles.

Une histoire qui continue ailleurs

La disparition du Haillan Chanté sous la forme connue depuis quinze ans constitue une perte réelle dans le calendrier culturel métropolitain.

Cela ne signifie pas pour autant la fin de Bordeaux Chanson.

Courant d’Airs existe depuis vingt-trois éditions et s’inscrit dans une activité beaucoup plus large menée tout au long de l’année. Concerts en salle, rendez-vous plus confidentiels, artistes émergents ou auteurs déjà reconnus : l’association a construit sa place par cette diversité de formats et par une fidélité constante à la chanson francophone.

Le contexte donne simplement une tonalité différente à cette édition 2026.

Quelques semaines après la fin d’un partenariat historique, Bordeaux Chanson revient à l’Inox avec ce qu’elle sait faire depuis longtemps : faire monter des artistes sur scène, laisser les chansons prendre leur place et continuer à créer des occasions de rencontre avec le public.

Festival Courant d’Airs #23
Du 8 au 10 octobre 2026 à 20 h 30
L’Inox, Bordeaux
8 octobre : Alphonse Bisaillon
9 octobre : Céline & Clara
10 octobre : Benoît Dorémus + première partie
Tarifs : de 10 à 14 euros selon les soirées.

Écrit par

Jean-Sébastien Dufourg

Directeur de la publication

Créateur du site web et co fondateur du magazine en 2011