Bordeaux

Dans l’intimité des mots : Cyril Mokaiesh en concert privé à Léognan avec Bordeaux Chanson

Il est des soirs où l’on a le sentiment de vivre un moment suspendu, un de ces instants rares où la musique ne se contente pas de résonner, mais vient s’ancrer profondément, presque dans la chair. Samedi 29 mars, à 20h30, ils étaient une cinquantaine, serrés les uns contre les autres dans la chaleur du café associatif KAWA NHAN, à Léognan. Un concert presque privé. À quelques mètres seulement de Cyril Mokaiesh, voix nue, guitare à l’épaule devant un public recueilli et attentif. Dans ce cadre minimal, le chanteur a livré une performance intense, vibrante, marquée du sceau de la sincérité et de l’engagement.



Organisé par l’infatigable équipe de l’association Bordeaux Chanson, le concert se déroulait pour la première fois dans ce lieu singulier qu’est le KAWA NHAN, un café associatif léognanais qui cultive l’accueil, la simplicité et l’échange. Un pari audacieux et réussi : faire entrer la grande chanson dans un lieu de proximité. Un pari fidèle à l’esprit de Bordeaux Chanson, qui depuis près de vingt ans, trace son chemin à contre-courant des circuits commerciaux.

Bordeaux Chanson
La soirée a débuté avec quelques mots de Marine Schnegg présidente de Bordeaux Chanson
© Photo Oihana Marco

Ce concert intimiste s’inscrivait dans une démarche que l’on pourrait qualifier de militante. Depuis 2004, cette structure atypique, fondée par un groupe de passionnés, défend une chanson d’auteur exigeante, loin des projecteurs, dans des lieux à taille humaine. Inspirée du modèle des AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne), Bordeaux Chanson propose une “consommation culturelle” alternative, fondée sur la proximité, la fidélité, l’écoute. Le pari est audacieux, mais fonctionne : année après année, des artistes reconnus et des talents émergents se prêtent au jeu, séduits par l’authenticité de la démarche. L’association est aussi l’organisatrice du Festival Le Haillan Chanté, rendez-vous incontournable de la chanson française en Nouvelle-Aquitaine, qui chaque mois de juin rassemble têtes d’affiche et jeunes talents dans une atmosphère conviviale et passionnée.

Ce samedi soir, c’était une première au KAWA NHAN, café associatif léognanais qui accueille régulièrement des débats, des ateliers, mais encore peu de concerts. L’acoustique modeste, mais l’énergie du lieu compensait largement. Et pour une première, quel baptême que celui de Cyril Mokaiesh.

Cyril Mokaiesh
Cyril Mokaiesh accompagné d’une simple guitare pour mieux laisser parler les textes
© Photo Oihana Marco

Chanteur rare, Mokaiesh appartient à cette lignée de poètes engagés qui, depuis Ferré et Leprest, cherchent moins à plaire qu’à dire. Son verbe est tranchant, son interprétation intense et sa voix parfois posée, parfois blessée. Il parle de colère, de combat, de tendresse aussi. Et surtout, il refuse la facilité. Loin des arrangements tape-à-l’œil, il était accompagné d’une simple guitare pour mieux laisser parler les textes.

Ce soir-là, il a livré quelques-uns de ses titres les plus forts : “Des jours inouïs”, “Communiste”, “Clôture”, “Pas Simple”, “Une vie”. Avant d’interpréter la “La Loi du Marché”, écrite en écho à son engagement politique, il a rendu hommage à Bernard Lavilliers, "quelqu’un qui un jour m’a ouvert ses larges épaules et pris sous son aile pour m’embarquer dans ses premières parties. C’était en 2018... Je me souviendrai toujours de la première fois en studio. Il est arrivé, très impressionnant, il a chaussé ses lunettes, et m’a dit : ’Tu sais Cyril, les puissants ne sont grands que parce que nous sommes à genoux’."

Cyril Mokaiesh en concert Léognan avec Bordeaux Chanson
© Photo Oihana Marco

Chaque mot résonne plus fort dans un espace réduit. À quelques mètres à peine de l’artiste, on perçoit tout : les frémissements de la voix, les silences entre deux phrases, les regards échangés. Ce n’est pas une performance, c’est une rencontre.

Avant de lancer “Les hommes de demain”, Mokaiesh a eu cette phrase magnifique, qui résume à elle seule l’esprit de la soirée : "On a raison de se demander quel monde on va laisser à nos enfants… mais peut-être qu’on n’a pas tant de raisons que ça de douter des enfants qu’on va laisser à notre monde. Allez, on y croit aux femmes de demain présentes dans la salle, en force. Mesdemoiselles...".

Et puis il y a cette lucidité, qu’il résume avec ces mots : "La triste vérité vaut mieux que la fausse joie." Tout est dit. Pas de slogans faciles, pas de promesses creuses. Seulement un regard clair, profondément humain, sur le monde et ses contradictions.

Ce concert m’a laissé une trace douce et persistante, comme un écho intérieur. Voir un artiste comme Cyril Mokaiesh se produire dans un lieu aussi modeste, pour quelques dizaines de spectateurs, c’est un privilège. Une leçon aussi. À l’heure où tout est rentabilité, où la musique se consomme, il existe encore des artistes qui prennent le temps, qui osent dire, et des associations comme Bordeaux Chanson qui leur offrent un écrin à la mesure de leur exigence.

C’est peut-être cela, la vraie modernité : retrouver du sens, de la proximité, de la beauté sans artifices. Longue vie à ces chansons qui réparent et nous lient.

Ecrit par Jean-Sébastien Dufourg

Créateur du site Bordeaux Gazette et Président de l’association.


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