Du 22 au 27 juin 2026, le Refugee Food Festival revient à Bordeaux pour une dixième édition locale. Chefs bordelais et cuisiniers réfugiés partageront les fourneaux dans neuf lieux, de la bibliothèque Mériadeck au Garage Moderne, en passant par des restaurants, une pâtisserie et un château médocain.
À Bordeaux, l’histoire commence souvent par une table. Un plat posé au centre, une recette transmise, une odeur qui rappelle un pays, une enfance ou un départ. Du 22 au 27 juin 2026, le Refugee Food Festival revient dans la capitale girondine avec cette idée simple : faire de la cuisine un espace de rencontre entre des personnes réfugiées et des professionnels locaux de la restauration.
Pour cette dixième édition bordelaise, le festival s’installera dans neuf lieux, avec des formats volontairement différents : repas à quatre mains, street-food, pâtisserie, atelier, projection, table ronde et soirée de clôture. L’événement, organisé chaque année autour du 20 juin, Journée mondiale des réfugiés, se déploiera aussi dans onze autres villes françaises.
À Bordeaux, l’un des visages les plus parlants de cette édition est celui de Joseph. Originaire du Liban, il a quitté son pays après l’explosion du port de Beyrouth en 2020. Avec sa compagne Kristina, il trouve refuge en Ukraine, avant de devoir à nouveau partir au moment de l’invasion russe. Arrivé dans le Sud-Ouest, il travaille d’abord comme saisonnier, puis entre en contact avec Refugee Food. Deux ans plus tard, il est devenu l’une des figures du festival bordelais. Il travaille aujourd’hui sur le Bassin d’Arcachon et prépare l’ouverture de son propre food truck au marché des Capucins.
Son parcours dit beaucoup de ce que le festival cherche à mettre en avant. Derrière les mots “réfugiés” ou “exilés”, il y a des trajectoires singulières, des métiers à reconstruire, des langues à apprendre, mais aussi des savoir-faire déjà présents. La cuisine devient alors un point d’appui. Elle ne règle pas tout, bien sûr, mais elle permet parfois de retrouver une place, un rythme, une utilité sociale et professionnelle.
Cette dimension sera aussi présente à travers le parcours d’Olga Glekh, ancienne professeure de français à l’Université de Tchernivtsi, en Ukraine. Arrivée en France en 2022, elle s’est engagée dans le programme Vitanya, porté par Refugee Food, avant de devenir professeure de français dans l’école de l’association. Elle accompagne aujourd’hui des personnes réfugiées formées au métier de commis de cuisine. Là encore, le sujet dépasse largement le seul contenu de l’assiette : il parle de transmission, d’apprentissage et d’insertion.
Neuf lieux pour croiser les cuisines
Le Refugee Food Festival ouvrira le 22 juin à la bibliothèque Mériadeck, en lien avec le Café BB, autour de la projection du film Saveurs d’exil, suivie d’une table ronde et d’un apéritif gourmand. Une manière de poser le cadre avant les rendez-vous culinaires qui se succéderont toute la semaine.
Parmi les adresses participantes, Six proposera du 22 au 26 juin une formule street-food autour de hot-dogs carnés et végétariens, préparés par Victor et Oumar. Molino accueillera le 23 juin un déjeuner végétarien franco-nigérian avec Marion, Alexandre et Augusta. Pure Pâtisserie travaillera de son côté, du 23 au 26 juin, une pâtisserie franco-érythréenne avec Damien et Asha, disponible sur place ou à emporter.
Le 24 juin, Samarqand x Kedem servira un dîner aux saveurs levantines et tadjikes, imaginé par Gil et Ronan avec Mokhigoul. Le lendemain, Les Petites Cantines accueilleront un atelier de cuisine suivi d’un déjeuner, tandis que Flou proposera des assiettes franco-libanaises à partager avec Cyril, Audrey et Rabee.
Le festival sortira aussi de Bordeaux le 26 juin pour rejoindre le Château Palmer, dans le Médoc, où Jean-Denis et Cédric cuisineront un déjeuner franco-bengali avec Monir. La clôture aura lieu le 27 juin au Garage Moderne, avec une soirée festive mêlant concert, chorale, animations, mezzés et grillades libanaises, ainsi qu’un dessert ukrainien préparé dans le cadre de cette rencontre culinaire.
Une table, mais aussi un sujet de société
Dans une scène bordelaise où les nouvelles adresses, les comptoirs hybrides et les cuisines du monde occupent une place croissante, le Refugee Food Festival se distingue par une proposition moins tournée vers le concept que vers la rencontre. Il ne s’agit pas seulement de goûter une cuisine venue d’ailleurs, mais de comprendre ce qu’elle transporte avec elle : des souvenirs, des gestes familiaux, des ruptures, parfois aussi une manière de recommencer.
Depuis sa création, le festival revendique plus de 100 000 participants. Pour son édition 2026, il sera parrainé par deux personnalités : l’actrice, réalisatrice et autrice Aïssa Maïga, et la cheffe étoilée Manon Fleury. Cette dernière rappelle que la restauration reste un secteur d’emploi important, où la cuisine peut fonctionner comme un langage commun. Dans les cuisines, les différences de parcours se traduisent souvent par des gestes concrets : une pâte à travailler, une sauce à ajuster, un assaisonnement à expliquer, un plat à réinventer à partir de produits disponibles ici.
À Bordeaux, cette dixième édition locale arrive dans un contexte où les questions d’accueil et d’exil restent régulièrement enfermées dans des débats abstraits ou des chiffres. Le Refugee Food Festival choisit une autre entrée : celle de l’expérience partagée. Une table ne suffit pas à résumer un parcours migratoire, mais elle peut créer les conditions d’une rencontre plus directe, plus humaine, moins figée.
Pendant six jours, de Mériadeck au Garage Moderne, des cuisines bordelaises deviendront ainsi des lieux de passage entre histoires personnelles et recettes collectives. Le festival rappellera au passage une évidence souvent oubliée : manger ensemble, ce n’est jamais seulement se nourrir. C’est aussi accepter d’écouter ce que l’autre apporte avec lui.



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