Élu président de Bordeaux Métropole ce vendredi 24 avril, Thomas Cazenave prend les commandes de l’institution la plus stratégique de l’agglomération. Autour du nouveau maire de Bordeaux, une majorité recomposée s’installe, entre droite, centre et soutien du PS, tandis que les écologistes basculent dans l’opposition.
Bordeaux avait déjà basculé. Ce vendredi matin, c’est toute la Métropole qui a changé de centre de gravité. Quelques semaines après son élection à la mairie de Bordeaux, Thomas Cazenave a été élu président de Bordeaux Métropole lors du conseil d’installation de la nouvelle assemblée métropolitaine. Le nouveau maire de Bordeaux, photographié mercredi lors de l’inauguration du MADD, prend ainsi les commandes d’une institution majeure, qui concentre une grande partie des leviers du quotidien dans l’agglomération.
Le vote a confirmé le nouveau rapport de forces issu des municipales. Thomas Cazenave a recueilli 84 voix sur 104 conseillers métropolitains, avec 20 votes blancs ou nuls. Un score large, qui traduit l’installation d’une majorité recomposée autour du nouveau maire de Bordeaux, mais aussi le début d’un mandat où les équilibres politiques devront être entretenus dans la durée.
La scène avait valeur de symbole. Pendant que Thomas Cazenave s’installait à la tête de Bordeaux Métropole, Pierre Hurmic annonçait sa démission du conseil municipal de Bordeaux et du conseil métropolitain. Après trente-et-un ans de mandats, l’ancien maire écologiste de Bordeaux quitte ainsi la scène institutionnelle bordelaise. Son départ referme une séquence ouverte bien avant sa victoire historique de 2020, et accentue encore le changement de cycle politique engagé depuis les élections municipales.
À la Métropole, le changement ne se joue pas seulement dans les intitulés. L’institution réunit les 28 communes de l’agglomération et intervient sur des dossiers très concrets : transports en commun, voirie, mobilités, déchets, eau, développement économique, logement, urbanisme ou grands équipements. Pour les habitants, cette élection n’a donc rien d’un simple jeu d’appareil. C’est à Bordeaux Métropole que se décident une partie des politiques qui pèsent directement sur les déplacements, le cadre de vie, l’aménagement du territoire et les services du quotidien.
Dans son premier discours, Thomas Cazenave a insisté sur la méthode. Le nouveau président défend une “majorité de projet”, présentée comme une alternative à la “cogestion” et aux coalitions strictement partisanes. La formule permet de rassembler les élus qui se reconnaissent dans un projet de mandature, sans effacer les appartenances politiques. Elle lui permet aussi de donner un cadre à un attelage inédit, composé principalement des maires de droite et du centre, avec le soutien des élus socialistes.
Derrière les mots, l’enjeu est clair : transformer une alliance politique en majorité de travail. Les maires de droite et du centre fournissent l’ossature du nouvel exécutif métropolitain. Les socialistes, eux, ont choisi de soutenir le projet présenté par Thomas Cazenave. Christine Bost, maire PS d’Eysines et désormais ex-présidente de Bordeaux Métropole, a félicité son successeur et assuré le soutien de son groupe. Une position décisive dans une assemblée où la stabilité politique sera l’une des conditions du mandat.
Thomas Cazenave a également voulu envoyer un message aux communes. La gouvernance proposée donne une place particulière aux maires, avec l’idée que chacun puisse être membre de droit du bureau métropolitain, quelle que soit sa position sur le projet. Dans une intercommunalité où Bordeaux pèse lourd, mais ne peut gouverner seule, cette attention aux équilibres territoriaux sera scrutée. Le nouveau président devra montrer qu’il peut incarner à la fois la capitale girondine et l’ensemble de la Métropole.
Les premières vice-présidences traduisent cette recomposition. Christophe Duprat, maire de Saint-Aubin-de-Médoc, prend les transports, les mobilités et les infrastructures routières et ferroviaires. Franck Raynal, maire de Pessac, hérite de la proximité, de la déconcentration de l’action métropolitaine, du Pacte girondin et de l’OIM Bordeaux Inno Campus. Emmanuel Sallaberry, maire de Talence, est chargé des ressources humaines, des finances, de l’administration générale, du numérique et des systèmes d’information.
Alexandra Siarri, première adjointe au maire de Bordeaux, devient vice-présidente en charge du logement, de la politique de la ville et de la cohésion sociale. Michel Poignonec, maire de Villenave-d’Ornon, prend l’attractivité, le rayonnement économique, l’industrie, les entreprises du numérique et l’innovation. Michel Labardin, maire de Gradignan, se voit confier l’urbanisme, la stratégie urbaine et l’aménagement du territoire. Autant de délégations qui donnent déjà une idée des priorités et des lignes de tension du mandat.
Car l’opposition écologiste entend bien peser. Les élus du groupe Écologie et Solidarités ont refusé d’entrer dans la majorité. Alain Garnier, maire écologiste d’Artigues-près-Bordeaux, a annoncé une opposition “vigilante” et “en responsabilité”. Le groupe promet de défendre une Métropole plus sobre, plus résiliente et plus solidaire, attentive aux mobilités durables, aux risques climatiques et au logement abordable.
Les premiers points de friction sont connus. Les écologistes contestent notamment le projet de grand contournement routier, jugé coûteux et dépassé, mais aussi les orientations autour de la LGV ou du soutien à l’EPR2 à Blaye. Ces dossiers annoncent des débats nourris sur l’aménagement, les transports, la transition écologique et la place de la voiture dans une agglomération déjà confrontée à la congestion et aux tensions foncières.
Le retour du Rassemblement national dans l’opposition métropolitaine constitue un autre signal de la recomposition en cours. Jimmy Bourlieux, conseiller municipal à Mérignac, devient le seul élu RN de l’assemblée, après six ans d’absence du parti dans l’hémicycle métropolitain.
Pour Thomas Cazenave, cette élection ouvre donc un mandat à forts enjeux. Après la conquête de Bordeaux, il entre dans une mécanique institutionnelle plus large, plus technique, mais souvent plus déterminante encore pour le quotidien des habitants. La présidence de Bordeaux Métropole lui donne les leviers pour agir sur les grands dossiers de l’agglomération. Elle l’expose aussi à une équation politique complexe : tenir une majorité composite, convaincre les communes, répondre aux attentes sur les transports et le logement, tout en affrontant une opposition écologiste décidée à contester le cap.
La page politique tournée ce vendredi ne se résumera donc pas à un changement de président. Elle engage une nouvelle manière de gouverner Bordeaux Métropole, à l’heure où les choix de mobilités, d’urbanisme, d’attractivité économique et de transition écologique pèseront durablement sur l’avenir de l’agglomération.



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