Un mois après son arrivée à la mairie de Bordeaux, Thomas Cazenave a défendu mardi 28 avril ses premières décisions devant le conseil municipal. Sécurité aux Capucins, éclairage public, propreté, finances : les oppositions dénoncent déjà une politique de signaux, quand le nouveau maire revendique une action rapide et assumée.
Il y avait, mardi 28 avril, un absent très présent dans la salle du conseil municipal de Bordeaux. Pierre Hurmic n’était plus sur les bancs de l’assemblée, mais son départ a ouvert une séance où chacun a déjà commencé à mesurer l’après-Hurmic. Face aux oppositions écologiste, socialiste et communiste, Thomas Cazenave a défendu son premier mois de mandat, entre sécurité, propreté, éclairage public et finances municipales.
La séance s’est d’abord ouverte sur un temps de transition politique. Le maire a confirmé la décision de Pierre Hurmic de mettre fin à ses mandats municipal et métropolitain, après 31 ans de vie publique bordelaise, dont six comme maire de Bordeaux. Thomas Cazenave a salué « l’exigence de la tâche » assumée par son prédécesseur et la difficulté d’une telle décision, à la fois politique et personnelle.
Dans la foulée, Marc Etcheverry a fait son retour au conseil municipal. Alexandra Martin, devenue députée de la première circonscription après la démission de Thomas Cazenave de son mandat parlementaire, a également été félicitée. Mais l’hommage à l’ancien maire n’a pas longtemps suspendu la confrontation.
Un mois « sans temps mort »
Thomas Cazenave a voulu donner le ton : depuis son élection, la nouvelle majorité revendique une action rapide. « Aucun temps mort », a résumé le maire en présentant une première série de mesures censées changer le quotidien des Bordelaises et des Bordelais avant l’été.
Le rallumage de l’éclairage public dans toutes les rues de Bordeaux est effectif depuis le 16 avril. Des groupes de travail ont été lancés sur la sécurité aux Capucins et sur un nouveau contrat de sécurité intégré attendu à l’automne. Des opérations de nettoyage ont débuté, notamment aux Aubiers, tandis qu’une campagne de dératisation est annoncée au Grand Parc début juin. Le désherbage des rues doit aussi reprendre, avec des priorités établies avec les maires de quartier.
Le maire a également insisté sur les contrôles renforcés contre les véhicules débridés, notamment les fat bikes circulant sur les pistes cyclables ou les trottoirs. Selon lui, un peu plus de 150 procès-verbaux ont déjà été dressés par la police municipale. La suite doit passer par la saisie des matériels en infraction, en lien avec le ministère public.
À ces mesures s’ajoutent des annonces plus patrimoniales ou symboliques : réouverture de la Flèche Saint-Michel au public le 13 juin, gratuité des visites pendant quinze jours, mise en lumière d’une dizaine de monuments, premières séances de sport santé dans plusieurs parcs bordelais à partir du mois de mai.
Les oppositions attaquent sur les coûts
Cette volonté d’action rapide a aussitôt trouvé sa limite politique : le financement. Les oppositions ont demandé des comptes sur les coûts réels des mesures annoncées. L’éclairage public, les illuminations de monuments, les opérations de propreté, le désherbage, le futur commissariat commun police nationale-police municipale aux Capucins : autant de décisions qui, selon elles, ne peuvent pas rester au stade du symbole.
Harmonie Lecerf Meunier, pour le groupe écologiste, a interrogé la majorité sur les postes budgétaires qui seront réduits ou supprimés pour financer ces priorités. Elle a aussi raillé la communication autour du désherbage, en dénonçant une vision datée des « mauvaises herbes » et en rappelant les enjeux de biodiversité urbaine.
Thomas Cazenave a répondu en renvoyant au futur audit des finances de la ville et du CCAS, promis avant l’été. Il assume déjà que des choix devront être faits. Le projet des allées de Tourny, jugé trop coûteux dans le contexte budgétaire actuel, fait partie des dossiers appelés à être arrêtés. D’autres arbitrages suivront, a prévenu le maire, en promettant une présentation transparente devant le conseil municipal.
Sur l’éclairage, l’exécutif défend une dépense supplémentaire d’environ 300 000 euros, qu’il estime pouvoir compenser à terme par l’accélération du passage aux LED. La ville vise désormais environ 1 900 points lumineux remplacés chaque année, avec l’objectif d’atteindre 100 % de LED avant la fin du mandat.
Les Capucins, premier test sécuritaire
Le quartier des Capucins s’est imposé comme le premier grand dossier politique du mandat. La veille du conseil, un important dispositif policier avait été déployé dans le secteur Capucins-Victoire, en présence du maire, du préfet et du procureur. Pour la majorité, cette opération s’inscrit dans une nouvelle relation avec l’État. Pour les oppositions, elle ressemble surtout à une démonstration de force très médiatisée.
Les élus communistes et écologistes ont dénoncé une opération de communication qui ne réglera pas, à elle seule, les problèmes de trafic, de précarité ou de tranquillité publique. Ils réclament une réponse de long terme, mêlant présence humaine, éducateurs, soutien aux associations, logement social et travail avec les habitants.
Thomas Cazenave rejette l’accusation. Selon lui, il ne s’agit pas d’un coup de filet isolé, mais d’une étape dans un projet plus large. Le futur commissariat commun aux Capucins doit installer durablement une présence policière dans le quartier. Le maire évoque aussi un projet de « réhabitation » du secteur Capucins-Victoire : réhabilitation urbaine, commerces de proximité, ravalement, éclairage, animation et concertation.
Cette réponse n’a pas éteint la controverse. L’ancienne majorité a rappelé que des concertations avaient déjà été menées, avec des balades urbaines et un travail engagé depuis plusieurs années. L’échange a révélé un enjeu classique d’alternance : comment reprendre un dossier déjà ouvert sans donner l’impression d’effacer ce qui a précédé ?
« La stratégie Orangina »
C’est sur ce terrain que Mathieu Hazouard, pour le groupe socialiste, a porté l’une des attaques les plus politiques de la séance. L’élu a reproché au maire de construire un récit laissant croire que tout commencerait avec lui. La formule a claqué dans l’hémicycle : avec cette « stratégie Orangina », a-t-il lancé, « vous aurez beau agiter la pulpe, elle finit toujours par retomber ».
Derrière la boutade, le reproche est sérieux. Les oppositions acceptent l’idée que les Bordelais attendent des réponses concrètes sur la sécurité, la propreté ou la proximité. Mais elles contestent une méthode jugée trop démonstrative, trop pressée de produire des images et des marqueurs.
Thomas Cazenave a tenté de désamorcer. Il affirme ne pas vouloir effacer le bilan précédent. Il a cité l’exemple du musée des Arts décoratifs et du Design, rouvert après trois ans de travaux, en rappelant que le projet avait été lancé et porté avant son arrivée. Il dit aussi avoir proposé à Pierre Hurmic d’être associé aux inaugurations des équipements issus de la précédente mandature, comme la piscine Judaïque ou l’espace sportif Lescure.
La parité métropolitaine s’invite dans le débat
La séance a aussi débordé sur Bordeaux Métropole, quelques jours après l’élection de Thomas Cazenave à sa présidence. Le maire-président s’est félicité d’une gouvernance cohérente entre la ville centre et l’intercommunalité. Mais l’opposition écologiste a vivement dénoncé le déséquilibre femmes-hommes parmi les vice-présidences métropolitaines.
Harmonie Lecerf Meunier a pointé une gouvernance où les hommes occupent très largement les postes de vice-présidents. À ses yeux, ce choix révèle que la parité n’est respectée que lorsqu’elle est imposée par la loi. Thomas Cazenave a répondu que la métropole est aussi le reflet des élections municipales dans les 28 communes, où les maires restent très majoritairement des hommes. Une explication qui reconnaît le déséquilibre sans convaincre l’opposition.
Les impôts gelés, mais pas forcément indolores
Sur les finances, la majorité a présenté le maintien des taux de taxe foncière et de taxe d’habitation sur les résidences secondaires comme la traduction d’un engagement de campagne. Les taux municipaux ne bougeront donc pas en 2026. Mais l’opposition a rappelé que la taxe foncière pourra malgré tout augmenter en raison de la revalorisation nationale des bases fiscales.
Le débat annonce une séquence budgétaire plus rude. La nouvelle majorité veut tenir ses promesses sans augmenter les taux. Les oppositions chercheront à démontrer que les premières mesures, même populaires, auront un coût politique et financier. L’audit annoncé avant l’été deviendra probablement l’un des prochains rendez-vous sensibles du mandat.
Un mandat déjà entré dans le dur
Ce conseil municipal du 28 avril n’a pas seulement acté des délibérations. Il a montré une chose : l’état de grâce sera court, si tant est qu’il ait existé. Thomas Cazenave veut incarner une mairie d’action, plus visible, plus rapide, plus sécuritaire sur certains sujets. Les oppositions, elles, se sont déjà installées dans leur rôle : contester le récit, interroger les coûts, rappeler l’héritage Hurmic et dénoncer les effets d’annonce.
À Bordeaux, le changement de majorité ne se joue donc pas seulement dans les décisions. Il se joue dans la manière de les raconter. Pour Thomas Cazenave, le défi sera désormais de transformer les signaux en résultats. Pour ses opposants, l’enjeu sera de démontrer que l’action rapide ne suffit pas à faire une politique durable.
Le mandat commence à peine. Mais au Palais Rohan, le débat politique a déjà retrouvé toute sa vigueur.



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