Après le retrait de plusieurs assises publiques dans le secteur des Capucins, canapé, fauteuils, chaises et table improvisée ont fait leur apparition dans la rue. Une réponse spontanée qui dit quelque chose du besoin de s’asseoir, de se retrouver et d’habiter l’espace public, dans un quartier devenu emblématique des tensions entre sécurité et usages du quotidien.
« Le quartier se rebelle », glissait avec humour une habitante des Capucins en transmettant ses photos à Bordeaux Gazette. La formule est légère, mais les images parlent d’elles-mêmes. Là où des assises publiques ont disparu, un canapé a pris place. À côté, une palette fait office de table basse. Un peu plus loin, des fauteuils et des chaises redessinent, avec les moyens du bord, un petit salon de rue à ciel ouvert.
La scène pourrait prêter à sourire. Elle raconte pourtant beaucoup du moment que traverse ce quartier populaire et commerçant de Bordeaux. Aux Capucins, on ne fait pas que passer. On vient au marché, on attend quelqu’un, on discute, on mange un morceau, on reprend son souffle. La rue y est un lieu de circulation, mais aussi de pause et de sociabilité. En retirant des bancs ou des chaises, on ne supprime donc pas seulement du mobilier urbain : on modifie des usages très concrets de l’espace public.
Un retrait devenu sujet politique
La question a été évoquée lors du conseil municipal de Bordeaux du lundi 1er juin. L’opposition écologiste a vivement contesté le retrait de ces assises dans le secteur des Capucins, en dénonçant une mesure jugée inefficace face aux problèmes de sécurité et de trafic. Harmonie Le Sermenier a notamment estimé qu’il n’y avait « pas de lien entre une chaise où les gens s’assoient et le trafic de stupéfiant », rappelant que les bancs permettent d’abord à « tout type de personnes » de s’asseoir à proximité du plus grand marché de Bordeaux.
Un autre élu d’opposition a également indiqué avoir recueilli plusieurs centaines de signatures demandant le retour de ces chaises, évoquant d’abord 400 signatures jointes à un courrier, puis plus de 750 signatures après une nouvelle mobilisation le week-end précédent.
Face aux critiques, la majorité municipale défend une approche plus pragmatique. Elle assure notamment que certains bancs ont été déplacés vers la place Marie-Curie, présentée comme plus ombragée et plus agréable, et renvoie l’ancienne majorité à ses propres décisions passées lorsqu’elle avait elle aussi demandé l’enlèvement de bancs en béton place Casablanca en raison de troubles et dégradations.
Sécuriser sans vider l’espace public
Le débat ne se limite pourtant pas à quelques bancs ou chaises. Depuis plusieurs semaines, les Capucins sont au cœur d’une séquence sécuritaire assumée par la nouvelle majorité municipale. Visite ministérielle, annonce d’un hôtel de police dans le quartier, opérations de sécurisation visibles autour du marché et de la rue Élie-Gintrac : Bordeaux Gazette a déjà raconté cette montée en puissance d’une réponse institutionnelle face aux trafics, aux tensions de rue et aux inquiétudes d’une partie des riverains.
Mais les photos transmises par cette habitante déplacent le regard. Elles ne nient pas les problèmes du quartier. Elles posent une autre question : comment sécuriser un espace sans le rendre moins habitable pour ceux qui y vivent, y travaillent ou le traversent chaque jour ?
Un banc public n’est pas un objet neutre. C’est un service minimal. Pour une personne âgée qui revient du marché, pour un habitant qui attend, pour un usager fatigué, pour un groupe qui échange quelques minutes, il permet simplement de prendre place dans la ville. Le supprimer peut donner le sentiment d’agir vite. Mais lorsque des habitants réinstallent eux-mêmes des assises de fortune, cela montre que le besoin n’a pas disparu.
Une réponse bricolée, mais très parlante

- Chaise installée aux Capucins après le retrait de bancs publics à Bordeaux
- Dans le quartier des Capucins à Bordeaux, des habitants ont installé chaises, fauteuils et canapé après le retrait de bancs publics, relançant le débat sur les usages de l’espace public.
Canapé, fauteuils, chaises, palette : rien de tout cela n’a l’apparence d’un aménagement pérenne. Ces installations posent même des questions évidentes de propreté, d’encombrement ou de sécurité. Le maire de Bordeaux a d’ailleurs rappelé en conseil municipal qu’il est interdit de déposer des installations ou des déchets sur l’espace public.
Mais c’est précisément cette fragilité qui rend la scène parlante. Aux Capucins, l’espace laissé vide a été réoccupé. Pas par un projet, pas par une délibération, pas par un plan d’aménagement, mais par l’usage. Comme si le quartier rappelait, à sa manière, que la ville ne se pense pas seulement depuis les bureaux ou les conseils municipaux. Elle se pratique aussi au quotidien, dans les gestes ordinaires.
La majorité promet désormais un projet urbain plus large pour le secteur Capucins, Victoire et Gintrac, afin de dépasser ce qu’elle considère comme une polémique sur quelques bancs ou chaises. Ce débat sera sans doute nécessaire. Mais en attendant, les images venues du terrain disent déjà quelque chose de simple : aux Capucins, les habitants ne réclament pas seulement plus de sécurité. Ils réclament aussi le droit de s’asseoir, de se retrouver et de continuer à habiter leur quartier.



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