Blanquefort

À Blanquefort, la viticulture prépare ses métiers de demain

Face aux difficultés de recrutement et aux mutations climatiques, économiques et démographiques de la filière vitivinicole, le projet Nouvelle-Aquitaine Viticulture Innovation a été officiellement lancé à Blanquefort. Porté par 34 partenaires, NAVI veut moderniser les formations, attirer les jeunes et préparer les métiers de la vigne et du vin aux transitions à venir.

À Blanquefort, la vigne ne se regarde pas seulement dans le rétroviseur de son histoire. Elle se projette aussi dans les salles de formation, les simulateurs, les outils numériques et les parcours professionnels de demain. Mardi 28 avril, le lycée agricole de Blanquefort accueillait la signature officielle de l’accord de consortium du projet Nouvelle-Aquitaine Viticulture Innovation, plus simplement appelé NAVI.

Dans l’amphithéâtre du lycée agricole, Myriam Huet, directrice de l’AgroCampus Bordeaux Gironde, accueillait les partenaires du projet, en présence d’Étienne Guyot, préfet de la région Nouvelle-Aquitaine et préfet de la Gironde, et d’Alain Rousset, président du Conseil régional. À leurs côtés, établissements de formation, professionnels du vin, universités, chambres consulaires et propriétés viticoles ont acté une ambition commune : former autrement pour permettre à la filière de continuer à se transmettre.

Lauréat de l’appel à manifestation d’intérêt « Compétences et Métiers d’Avenir » de France 2030, NAVI entend répondre à une question devenue centrale : comment former, attirer et accompagner les professionnels dont la viticulture aura besoin dans les prochaines années ? Le projet est porté par le Campus de la Vigne et du Vin et l’AgroCampus de Blanquefort, avec le soutien de l’État et de la Région Nouvelle-Aquitaine.

L’ambition est importante. NAVI fédère 34 partenaires autour de 31 actions, pour une durée de cinq ans. Le programme vise la formation de 15 000 apprenants, 500 formateurs et 250 conseillers, tout en faisant connaître les métiers et les formations de la filière auprès de 250 000 personnes. Son budget global atteint 11,25 millions d’euros, dont 6,5 millions d’euros apportés par l’État via la Caisse des Dépôts et Consignations. La Région Nouvelle-Aquitaine cofinance également plusieurs actions à hauteur de 510 473 euros.

Derrière ces chiffres, il y a une réalité plus rude. La viticulture traverse une période de profondes transformations : baisse de la consommation, tensions économiques, effets du changement climatique, difficultés de recrutement, transmission des exploitations. Lors de la présentation, plusieurs intervenants ont insisté sur ce point : les métiers de la vigne souffrent encore d’une image parfois décalée par rapport à leur réalité. Des métiers parfois difficiles, mais aussi des métiers d’expertise, de responsabilité, d’innovation et de lien au vivant.

Le projet ne prétend pas régler, à lui seul, la crise viticole. Il intervient dans un paysage déjà marqué par les arrachages, la baisse des volumes et les incertitudes sur la transmission. Mais il répond à une question décisive : si la filière doit se transformer, qui formera celles et ceux qui la feront vivre demain ?

L’un des premiers enjeux de NAVI sera donc l’attractivité. Aller vers les jeunes, parler aux collégiens, toucher les prescripteurs, mais aussi les publics éloignés de l’emploi. À Blanquefort, l’idée défendue était de ne pas simplement “faire pour” les jeunes, mais de “faire avec” eux, en leur donnant à voir concrètement ce que peuvent être les métiers de la vigne et du vin.

Cette question n’est pas anecdotique. Dans une filière où une partie des exploitants approche de l’âge de la transmission, le renouvellement des générations devient un enjeu économique autant que territorial. La vigne façonne les paysages, l’emploi, les savoir-faire et une part importante de l’identité de la Nouvelle-Aquitaine. Mais elle doit désormais convaincre une nouvelle génération que ces métiers peuvent encore offrir un avenir.

NAVI ne se limite pas à une opération de communication sur les vocations. Le programme veut aussi adapter les compétences à la transition environnementale. Réduction des intrants, préservation de la biodiversité, adaptation des cépages, évolution des itinéraires techniques, données agronomiques, robotique, agroéquipements autonomes : la viticulture de demain demandera d’autres savoir-faire. Les professionnels devront savoir intégrer la recherche, l’agroécologie et les outils numériques dans leurs pratiques quotidiennes.

La modernisation de la formation constitue ainsi un autre axe fort. Nouveaux parcours, modules courts, formations synchrones, simulateurs, salles immersives, pédagogie individualisée : NAVI veut faire entrer davantage la formation viticole dans l’ère technologique. Les simulateurs 3D doivent notamment permettre de travailler certains gestes professionnels en immersion, de la gestion des sols au conditionnement, en passant par la distillation.

Ce projet prend aussi une dimension régionale. La Nouvelle-Aquitaine reste l’une des grandes terres viticoles françaises, avec Bordeaux et la Gironde, mais aussi les vignobles de Charente, du Bergeracois, du Lot-et-Garonne ou encore du Pays basque. À travers ses 34 partenaires, NAVI associe établissements de formation, universités, instituts techniques, chambres agricoles, organisations professionnelles, maisons familiales rurales, entreprises et propriétés viticoles.

À Blanquefort, la signature avait donc valeur de symbole. Dans une filière souvent racontée à travers ses crises, NAVI tente de poser un autre récit : celui d’une vigne qui cherche à se réinventer par la formation. Reste désormais à transformer l’accord de consortium en actions concrètes, visibles pour les jeunes, utiles aux exploitations, et capables de répondre aux besoins réels des professionnels.

Car l’enjeu dépasse la seule viticulture. Il touche à l’emploi, à la transmission, à l’aménagement des territoires ruraux et à l’avenir d’un secteur qui demeure un marqueur économique, culturel et paysager fort de la Nouvelle-Aquitaine. À Blanquefort, le message était clair : pour continuer à compter, la vigne devra former autrement.

Écrit par

Patrick Delhoume