Face à une nuisance désormais installée dans les jardins, les cours d’école et les espaces publics, Bordeaux et sa métropole renforcent leur plan de lutte contre le moustique-tigre. Mais de Bruges à Villenave-d’Ornon, jusqu’à Libourne et au Bassin d’Arcachon, les collectivités le savent : il n’existe pas de solution miracle.
À Bordeaux, le moustique-tigre n’est plus seulement l’invité indésirable des fins de journée. Il pique en journée, colonise les jardins, s’invite dans les cours d’école et oblige désormais les collectivités à penser la lutte sur la durée. Actif en période estivale, capable de se développer dans de très petites quantités d’eau stagnante, il s’est imposé dans les jardins, les terrasses, les balcons, les écoles ou les résidences pour personnes âgées.
Dans un contexte d’étés plus longs et plus chauds, sa présence n’est plus perçue comme une simple gêne ponctuelle. Elle modifie les habitudes, limite l’usage des extérieurs et suscite une inquiétude sanitaire, même si les autorités rappellent que le risque de transmission de maladies reste encadré par une surveillance spécifique.
La Ville de Bordeaux et Bordeaux Métropole annoncent donc un renforcement de leurs actions. Le centre de démoustication métropolitain doit accroître le traitement des gîtes larvaires, dans l’espace public comme dans les établissements et bâtiments communaux. L’objectif affiché est de passer de 40 % de la superficie métropolitaine traitée à 100 % de l’espace public et des bâtiments publics, avec une cartographie des gîtes menée avec les communes.
Un kit distribué aux Bordelais
Mesure la plus visible : Bordeaux met à disposition un kit gratuit de démoustication. Il comprend des granulés larvicides, un peu de sable à déposer dans les coupelles des plantes, un flyer rappelant les bons gestes et un autocollant destiné à identifier les initiatives dans les quartiers. Ces kits sont disponibles à l’hôtel de ville, dans les mairies de quartier et à la cité municipale.
Mais le plan ne se limite pas à cette distribution. La Ville et la Métropole veulent aussi adapter les lieux de vie les plus sensibles : EHPAD, résidences autonomie, logements du CCAS, écoles, crèches, centres d’animation ou centres de soins. Selon les situations, cela pourra aller de la suppression de gîtes larvaires à l’entretien des jardins, en passant par l’adaptation des horaires de sortie ou la pose de moustiquaires. Un plan pluriannuel d’interventions doit être proposé après expertise des établissements concernés.
Bordeaux Métropole évoque également l’introduction de gambusies, poissons prédateurs de larves, dans certains bassins artificiels, la création d’abris pour oiseaux de ville ou encore la plantation d’espèces végétales réputées répulsives, comme la citronnelle, le géranium ou la lavande. Autant de pistes qui peuvent accompagner la lutte, sans constituer à elles seules une réponse suffisante.
Dans les jardins privés, le nerf de la guerre
Car la difficulté principale est là : le moustique-tigre se développe souvent là où la puissance publique ne peut pas intervenir directement. À Bruges, la Ville rappelle que l’essentiel des gîtes se trouve dans les jardins privés, notamment autour des récupérateurs d’eau pluviale et des regards d’évacuation des gouttières. Le moustique se déplaçant peu, dans un rayon très limité autour de son lieu de naissance, la nuisance vient souvent d’un point d’eau tout proche.
Cette donnée change la lecture du problème. La lutte contre le moustique-tigre n’est pas seulement une affaire de traitements publics. Elle se joue aussi dans les cours, les jardins, les balcons, les cimetières, les terrasses sur plots, les bâches mal tendues, les soucoupes de pots de fleurs ou les récupérateurs d’eau mal fermés.
C’est d’ailleurs l’un des messages récurrents des communes : vider les coupelles, couvrir les réserves d’eau, vérifier les gouttières, ranger les seaux et arrosoirs, surveiller les regards d’évacuation et éviter toute eau stagnante, même en très petite quantité. Ces gestes simples doivent être répétés régulièrement, surtout en période chaude.
Les communes cherchent leurs propres réponses
Dans la métropole, plusieurs communes ont déjà pris le sujet à bras-le-corps. À Bruges, le centre de démoustication de Bordeaux Métropole intervient dans l’espace public à la demande de la Ville, avec une surveillance de plusieurs secteurs sensibles. La commune étudie aussi la faisabilité de dispositifs complémentaires, comme les pièges anti-moustiques ou la technique des mâles stériles.
À Villenave-d’Ornon, une distribution gratuite de larvicide biologique a également été organisée en juin, confirmant que la question dépasse largement les limites de Bordeaux. D’autres communes de la métropole relaient elles aussi les messages de prévention, avec une même logique : limiter les gîtes larvaires avant que la nuisance ne s’installe.
Hors métropole, Libourne illustre les tâtonnements des collectivités face au moustique-tigre. La ville, longtemps en pointe avec sa « météo du moustique », reste candidate à une expérimentation autour du lâcher de mâles stérilisés, selon des propos du maire rapportés par Sud Ouest, après avoir testé d’autres dispositifs dont le bilan n’a pas toujours été jugé pleinement satisfaisant.
Sur le Bassin d’Arcachon, le discours est encore plus direct : les collectivités reconnaissent disposer de peu de leviers face au moustique-tigre, tant les gîtes larvaires sont nombreux dans les espaces privés. Ce constat rejoint celui de Bordeaux Métropole : aucune collectivité ne peut agir seule.
Une surveillance sanitaire, pas une démoustication générale
Le moustique-tigre est aussi surveillé parce qu’il peut transmettre des maladies virales comme la dengue, le chikungunya ou Zika. En Nouvelle-Aquitaine, l’Agence régionale de santé met en place chaque année une surveillance renforcée durant la période d’activité du moustique, du printemps à l’automne. Les cas confirmés doivent être déclarés, et des enquêtes peuvent être menées autour des lieux fréquentés par une personne malade.
Mais l’ARS rappelle aussi une limite importante : le moustique-tigre ne peut pas être éradiqué. Les traitements contre les moustiques adultes ne sont déclenchés qu’en cas de risque sanitaire identifié, dans des périmètres très localisés. Ils ne constituent pas une réponse durable contre la nuisance quotidienne, puisqu’ils n’agissent ni sur les œufs ni sur les larves.
C’est tout l’enjeu des politiques locales actuelles : réduire la présence du moustique sans promettre sa disparition. À Bordeaux comme ailleurs en Gironde, la riposte se construit donc à plusieurs niveaux : traitements larvaires, sensibilisation, adaptation des bâtiments publics, conseils aux particuliers et veille scientifique.
Reste une certitude : la bataille se joue autant dans les services municipaux que dans les jardins. Face au moustique-tigre, les collectivités peuvent renforcer leurs moyens. Mais sans gestes répétés chez les particuliers, la nuisance continuera de s’inviter dans l’été girondin.
Les gestes qui comptent vraiment
Vider les coupelles de pots de fleurs, couvrir les récupérateurs d’eau, vérifier les gouttières, nettoyer les regards d’évacuation, ranger les seaux et arrosoirs, tendre les bâches, surveiller les terrasses sur plots et mettre du sable dans les soucoupes : ces gestes simples, répétés chaque semaine, restent les plus efficaces pour limiter les gîtes larvaires.



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