La première tranche de l’opération Terres de Bastide est désormais engagée sur la rive droite de Bordeaux. Elle réunira une résidence étudiante privée de 328 logements et un parking public de 392 places. Les premières livraisons sont attendues en 2028.
À quelques mètres de l’avenue Thiers, la « première pierre » a été posée alors que le chantier avait déjà atteint plusieurs étages. Un décalage assumé, qui témoigne surtout de la longue histoire de l’opération Terres de Bastide.
Lancée au cœur de la ZAC Bastide Niel, cette première tranche représente 17 809 m² de surface de plancher. Elle comprend deux bâtiments accueillant 328 logements étudiants, construits au-dessus d’un parking en silo de quatre niveaux. Des espaces publics végétalisés et un jardin suspendu doivent compléter l’ensemble.
Thomas Cazenave, qui devait présider la cérémonie du jeudi 23 juillet, n’était finalement pas présent. Mobilisé par la gestion des incendies et l’accueil des personnes évacuées au Parc des expositions, le maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole était représenté par sa première adjointe, Alexandra Siarri.

- Alexandra Siarri, première adjointe au maire de Bordeaux, représentait Thomas Cazenave, mobilisé par la gestion des incendies. © Jean-Sébastien Dufourg
Un projet plusieurs fois remanié
Développée par Legendre Immobilier avec Aquipierre et Aire Nouvelle, filiale d’Equans France, l’opération a connu un parcours particulièrement long. Le projet avait été retenu en 2020, avant de traverser la crise sanitaire, l’envolée des coûts de construction, la hausse des taux d’intérêt et le recul général du marché immobilier.
« C’est une opération dont on a commencé à discuter avec Bordeaux Métropole Aménagement il y a très longtemps », a rappelé Vincent Legendre, président du groupe éponyme. Le projet a dû être revu à plusieurs reprises sans renoncer à ses principales composantes.
Le temps écoulé apparaît également dans l’histoire politique du dossier. Alexandra Siarri a rappelé que les premières discussions avaient débuté sous Alain Juppé, avant de se poursuivre pendant le mandat de Pierre Hurmic puis sous celui de Thomas Cazenave.
« Vous avez réussi à résister à trois maires et à vous adapter à des changements », a-t-elle résumé, reconnaissant la difficulté à faire aboutir une opération immobilière de cette ampleur.
La première adjointe a assuré que la nouvelle municipalité souhaitait rendre les projets immobiliers plus simples et plus rapides à faire aboutir. Un discours qui traduit, au minimum, sa volonté d’afficher un accueil plus favorable aux investisseurs et aux professionnels de la construction.

- Vincent Legendre a rappelé le long parcours de l’opération Terres de Bastide, plusieurs fois remaniée avant le lancement du chantier. © Jean-Sébastien Dufourg
Une résidence étudiante privée livrée en 2028
La première tranche de Terres de Bastide repose principalement sur la création d’une résidence étudiante privée de 328 logements. Celle-ci sera répartie entre deux bâtiments de neuf et onze étages, installés au-dessus du parking.
Les agences MVRDV, CoBe Architecture & Paysage et Fabre de Marien ont travaillé sur la composition architecturale du projet, avec A+R Paysages pour les aménagements extérieurs. Des espaces partagés et un jardin suspendu conçu comme une petite forêt en hauteur doivent accompagner les logements.
La résidence a été acquise par Ardian et Rockfield Real Estate. Pour Ardian, il s’agit du premier investissement réalisé en France dans le cadre de sa stratégie de développement d’une foncière européenne consacrée aux résidences étudiantes.
Le choix de Bordeaux repose notamment sur le poids de sa population universitaire. Alexandra Siarri a rappelé qu’une personne sur huit vivant dans la métropole était étudiante. Cette nouvelle résidence apportera une offre supplémentaire dans une ville où la recherche d’un logement demeure souvent difficile à chaque rentrée.
Mais sans indication sur les loyers ni sur les conditions d’accès, il est encore trop tôt pour savoir à quels étudiants cette nouvelle offre sera réellement accessible.
Un parking public au cœur d’un quartier piétonnier
Sous les logements, un parking mutualisé de 392 places sera exploité par Interparking. Une partie des emplacements répondra aux besoins de Terres de Bastide, tandis que les autres pourront être utilisés par les habitants, les visiteurs et plusieurs programmes voisins.
Le choix d’un parking de cette taille peut sembler paradoxal dans un quartier largement tourné vers les déplacements à pied et où le stationnement sur la voirie doit rester limité. Pour les porteurs du projet, le silo doit précisément permettre de regrouper les véhicules et de libérer l’espace public.
« Le temps du tout-voiture a bien entendu été dépassé », a reconnu Roland Cracco, président d’Interparking, tout en défendant une accessibilité reposant sur plusieurs modes de déplacement. Environ 20 % des places devraient être équipées de bornes de recharge pour les véhicules électriques.
Certains niveaux ont également été conçus pour pouvoir accueillir, à plus long terme, d’autres usages. Cette réversibilité restera toutefois partielle et dépendra de l’évolution des besoins en stationnement.
Bastide Niel, un nouveau morceau de ville sur la rive droite
Terres de Bastide ne constitue qu’une pièce d’une transformation urbaine beaucoup plus vaste. Entre l’avenue Thiers et le quai de Queyries, Bastide Niel prend progressivement la place d’anciennes emprises ferroviaires et militaires. Logements, commerces, équipements et espaces publics doivent former un quartier relié au reste de la rive droite, mais aussi au centre de Bordeaux par le tramway et le pont de pierre.
La construction avance cependant par fragments. Certains immeubles sont déjà habités, tandis que d’autres îlots restent en chantier ou en attente. L’arrivée de 328 logements étudiants, puis de logements familiaux et de commerces, doit donc apporter de nouveaux habitants et de nouveaux usages dans un secteur qui cherche encore son rythme quotidien.
L’organisation de Terres de Bastide reprend plusieurs principes défendus à l’échelle du quartier : des constructions relativement denses, un stationnement regroupé dans des silos et une place importante accordée aux cheminements piétons. Deux venelles paysagères doivent ainsi traverser l’opération afin d’éviter la formation d’un îlot fermé et de prolonger les parcours entre l’avenue Thiers, le tramway et les espaces publics de Bastide Niel.
Le programme prévoit également des espaces végétalisés, notamment sur la toiture du parking. Leur présence doit apporter de la fraîcheur et rendre plus agréable un ensemble immobilier particulièrement dense. Leur qualité réelle ne pourra néanmoins être appréciée qu’une fois les bâtiments et les espaces publics achevés.
Car un quartier ne devient pas un lieu de vie par la seule addition de logements. La diversité des habitants, leur capacité à se loger, la présence de commerces et la qualité des espaces publics seront déterminantes pour faire de cette partie de la rive droite autre chose qu’un nouveau secteur immobilier.
D’autres logements et commerces à venir
Terres de Bastide doit compter à terme huit bâtiments répartis en trois phases. Les deux suivantes seront principalement consacrées à des logements familiaux en accession libre.
Une deuxième tranche de 62 logements est annoncée à proximité de la clinique ophtalmologique Thiers, avec une livraison envisagée fin 2029. La troisième doit réunir 70 logements près du pont Bouthier. Environ 830 m² de commerces sont également prévus en pied d’immeuble.
Commencés en décembre 2025, les travaux de la première phase mobilisent déjà plusieurs dizaines de compagnons. La mise en service du parking est attendue à partir du deuxième trimestre 2028, avant l’ouverture progressive de la résidence étudiante.
Terres de Bastide ne représente donc pas seulement une importante opération immobilière. Le programme constitue une nouvelle étape dans la transformation de la rive droite et dans la lente naissance de Bastide Niel. Son véritable succès ne se mesurera toutefois pas uniquement au nombre de logements livrés, mais à sa capacité à faire émerger une vie de quartier accessible, mixte et durable.



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