Bordeaux

À moins d’un mois et demi du premier tour (15 mars 2026), la campagne municipale bordelaise entre dans sa séquence décisive. Les principales listes ont désormais dévoilé leurs priorités. Mais derrière les mesures, une question revient : à quels profils d’habitants, et à quelles attentes concrètes, chaque programme s’adresse-t-il ?



Un paysage lisible… et une gauche qui se recompose

Le scrutin bordelais s’organise autour de plusieurs pôles. Pierre Hurmic, maire sortant, défend un second mandat dans la continuité écologique et sociale de l’actuelle majorité. En face, Thomas Cazenave conduit la coalition « Faire gagner Bordeaux », qui rassemble la droite et le centre autour d’un discours de reconquête municipale. Philippe Dessertine mise, lui, sur un positionnement transpartisan centré sur la gestion et l’efficacité.

Municipales à Bordeaux 2026
Pierre Hurmic lors des vœux aux acteurs culturels bordelais

À gauche, la configuration a évolué depuis l’automne : Philippe Poutou est désormais candidat et il n’y a plus de liste commune avec La France insoumise. Cette recomposition modifie les équilibres envisagés à l’automne et pèsera sur la mécanique de second tour. Julie Rechagneux (Rassemblement national) et Virginie Bonthoux Tournay (Reconquête) complètent le paysage des principales listes en présence.

Municipales à Bordeaux 2026
Meeting de Virginie Bonthoux Tournay à Bordeaux du 24 janvier en présence d’Eric Zemmour

Logement : produire plus, réguler plus… ou tenter de faire les deux

La crise du logement constitue le point de convergence le plus net : hausse des loyers, raréfaction de l’offre, difficultés d’accès pour de nombreux ménages. Le diagnostic est partagé, mais les réponses diffèrent et dessinent des électorats distincts.

  • Pierre Hurmic s’adresse prioritairement aux classes moyennes urbaines favorables à la régulation : encadrement des loyers, maîtrise des meublés touristiques, transformation du bâti existant, développement du logement social.
  • Thomas Cazenave vise davantage les propriétaires et les ménages qui souhaitent relancer l’offre : simplification des procédures, accélération des constructions, priorité à l’accession.
  • Philippe Dessertine parle aux actifs, cadres et indépendants, en mettant en avant l’organisation municipale et la capacité financière de la ville pour agir sur l’offre.
  • Nordine Raymond (La France insoumise) cible un électorat plus militant et populaire, avec un discours centré sur l’intervention publique, la protection des locataires et la justice sociale.
  • Julie Rechagneux (RN) et Virginie Bonthoux Tournay (Reconquête) abordent la question sous l’angle de la priorité donnée aux résidents et d’une critique des politiques actuelles.

Ligne de fracture : régulation et sobriété foncière contre relance de l’offre et assouplissement des règles.

Municipales à Bordeaux 2026
Thomas Cazenave entouré de ses colistiers.

Mobilités : objectif partagé, vécu très différent selon les quartiers

La réduction de la place de la voiture en ville est globalement admise. Mais la transition ne se vit pas de la même manière selon que l’on habite l’hypercentre, la rive droite ou que l’on travaille hors Bordeaux.

  • Pierre Hurmic consolide un électorat déjà acquis à l’apaisement de l’espace public et aux mobilités douces.
  • Thomas Cazenave et Philippe Dessertine cherchent à capter les habitants qui vivent certains aménagements comme une contrainte quotidienne (temps de trajet, stationnement, accès), en insistant sur la concertation et la lisibilité des décisions.
  • Nordine Raymond (LFI) s’adresse plus nettement à un public favorable à des solutions fortes sur les transports et l’accès, en liant mobilité et inégalités territoriales.

Le débat porte moins sur la destination que sur la méthode — et sur la répartition des contraintes au quotidien.

Sécurité : un thème central aux réponses différenciées

La sécurité et la tranquillité publique se sont imposées comme un thème majeur de la campagne, avec des approches distinctes.

  • Pierre Hurmic défend une ligne d’équilibre entre prévention et renforcement de la police municipale, visant un électorat modéré.
  • Thomas Cazenave place la tranquillité publique au cœur de son discours pour parler à un électorat qui en fait une priorité immédiate.
  • Philippe Dessertine adopte un registre plus gestionnaire, centré sur la coordination et l’efficacité des moyens.
  • Julie Rechagneux (RN) capte une partie d’un vote de défiance fortement lié à ce thème, tandis que Nordine Raymond insiste davantage sur les réponses sociales et préventives.

Inégalités : la toile de fond qui change la lecture des programmes

Cette analyse est également éclairée par un élément de contexte : Bordeaux reste marquée par des écarts sociaux et territoriaux importants. Les priorités ne sont pas les mêmes selon que l’on subit la hausse des loyers, que l’on dépend de la voiture pour travailler ou que l’on accorde la priorité à la tranquillité quotidienne. Un programme municipal ne s’adresse donc jamais au même Bordeaux selon les situations vécues.

Municipales à Bordeaux 2026
Permanence de Philippe Dessertine Cours Alsace Lorraine à Bordeaux

Ce que dit l’enquête d’opinion, sans en faire une prophétie

Un repère circule dans la campagne : le « Sondage OpinionWay pour Renaissance », réalisé du 13 au 18 novembre 2025 auprès de 705 personnes inscrites sur les listes électorales à Bordeaux, selon la méthode des quotas et un recueil mixte téléphone et en ligne. Les marges d’incertitude annoncées vont de 1,6 à 3,7 points.

Cette enquête constitue une photographie à un instant donné. Elle testait plusieurs hypothèses de premier tour : Pierre Hurmic y apparaissait en tête autour d’un tiers des intentions de vote selon les configurations.

Mais la prudence s’impose : le sondage testait notamment une configuration commune entre La France insoumise et le NPA. Or Philippe Poutou est désormais candidat séparément, sans alliance avec LFI, ce qui peut modifier les équilibres à gauche et les dynamiques d’entre-deux-tours.

L’intérêt de cette enquête tient donc davantage aux tendances qu’elle dessine — un socle stable pour la majorité sortante, une opposition en recomposition et un niveau d’indécision encore notable, qu’à une projection figée du scrutin.

Une élection d’élargissement

Au-delà des programmes, la municipale bordelaise de 2026 se jouera sur la capacité de chaque liste à dépasser son socle naturel. Pierre Hurmic devra convaincre au-delà de l’électorat urbain déjà favorable à la transformation engagée. Thomas Cazenave devra transformer l’union droite-centre en dynamique locale. Philippe Dessertine devra faire exister une candidature de méthode dans une campagne très politisée. Nordine Raymond devra élargir sans alliance avec Philippe Poutou, tandis que le RN et Reconquête misent sur des électorats plus identitaires et de défiance.

Des candidatures plus singulières, comme celles d’Yves Simone, axées sur le patrimoine et la valorisation touristique, de Petra Bernus (Révolution permanente) ou encore de Medhi Saboulard (Union de la gauche), complètent le paysage et cherchent surtout à exister dans le débat municipal auprès d’électorats plus ciblés.

À J-45, beaucoup reste ouvert ; sans qu’aucun scénario ne puisse être écrit à l’avance.

Ecrit par Jean-Sébastien Dufourg

Directeur de la publication

Créateur du site web et co fondateur du magazine en 2011


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