Bordeaux
À compter du 12 janvier 2026, Bordeaux se dote d’un nouveau règlement municipal des terrasses et étalages. Une réforme attendue de longue date, destinée à clarifier les règles d’occupation de l’espace public, mais qui intervient dans un contexte local particulièrement sensible. Si les terrasses font partie intégrante du paysage bordelais, leur développement massif dans l’hyper-centre a peu à peu cristallisé critiques et interrogations.
Un poids économique indéniable
La municipalité le rappelle d’emblée : Bordeaux compte aujourd’hui 1 090 terrasses, dont plus de la moitié concentrées dans l’hyper-centre. Ces installations participent « pleinement à l’animation, l’économie et à l’attractivité de la ville ». Bars, restaurants, cafés : la vie en extérieur constitue l’un des marqueurs de la métropole girondine. Les beaux jours venus, quais, places et ruelles se transforment en espaces de convivialité très prisés, tant par les habitants que par les touristes.
Pour les commerçants, ces surfaces supplémentaires représentent une source de chiffre d’affaires essentielle, parfois même une condition de survie. Depuis la crise sanitaire, beaucoup d’établissements ont d’ailleurs revu leur modèle économique en misant davantage sur l’accueil en plein air.
L’objectif affiché du nouveau texte est donc double : garantir une stabilité économique aux professionnels tout en répondant aux attentes croissantes des riverains. Un exercice d’équilibriste que la Ville résume ainsi : disposer d’un règlement « plus compréhensible et pratique répondant au besoin de clarté, de confiance dans l’avenir et de stabilité économique des commerçants ».
Une concertation massive en 2024
Cette réforme ne sort pas de nulle part. Entre février et mars 2024, la Ville de Bordeaux a conduit une large consultation publique. Près de 9 429 contributions ont été recueillies via un questionnaire en ligne, auxquelles se sont ajoutés les échanges avec les associations de riverains, les organisations professionnelles comme l’UMIH 33, la Chambre de commerce et d’industrie (CCI), ou encore l’Architecte des Bâtiments de France.
Les résultats de cette enquête, rendus publics le 30 avril 2024, offrent un éclairage précieux sur la perception et les usages. Le document précise clairement qu’il ne s’agit pas d’un sondage, mais bien d’une enquête par questionnaire sans pondération ni quotas. La base finale a été nettoyée pour aboutir à 9 429 réponses exploitables.
Une très large majorité des répondants vivaient alors à Bordeaux ou dans sa métropole : 78,8 % résidaient dans la ville même, 16,1 % dans une autre commune de Bordeaux Métropole, et seulement 1,5 % hors du département. Près de 40 % des Bordelais participants habitaient le centre-ville, ce qui montre l’importance du sujet pour l’hyper-centre.
Un « désir de terrasse »… mais pas pour tous
L’enquête révèle d’abord un attachement très fort à ces lieux de vie. 65,3 % des répondants se déclaraient totalement d’accord avec l’affirmation « ce sont des lieux agréables qui animent les quartiers », pour une note moyenne de 9,1/10. De même, 68,1 % attribuaient la note maximale à l’idée que les terrasses participent à l’image et au tourisme, avec une moyenne de 9,2/10.
Autre point positif : 56,4 % estimaient que les terrasses renforcent le lien social et le sentiment de sécurité le soir (moyenne 8,7/10).
Mais derrière ces chiffres flatteurs se cachent de vraies lignes de fracture. D’abord générationnelles : les moins de 40 ans se montrent très favorables à l’extension des terrasses, quand les plus de 60 ans expriment beaucoup plus de réserves. Ensuite entre utilisateurs et non-utilisateurs.
Ainsi, 67 % des personnes fréquentant peu ou rarement les terrasses sont d’accord avec l’affirmation « ce sont des lieux bruyants et sources de nuisance ». Chez ces mêmes non-utilisateurs, 39 % souhaitent limiter le nombre de terrasses dans le centre-ville, et 26 % se disent favorables à l’idée de rues sans terrasses – contre seulement 3 % parmi les utilisateurs réguliers.
Sur la question de leur vocation, les répondants sont aussi divisés : 52,1 % pensent que les terrasses pourraient être ouvertes à tous les commerces alimentaires (boulangeries, glaciers, etc.), tandis que 33,2 % considèrent qu’elles doivent rester réservées aux restaurants et aux bars. Ici encore, les plus de 60 ans sont 57 % à défendre un cadre restrictif.
Des améliorations clairement identifiées
Parmi les pistes d’évolution évoquées en 2024, la végétalisation arrivait très largement en tête : 56,2 % des contributions la citaient comme priorité. Suivaient la propreté (39 %), l’accessibilité (39,8 %) et le cheminement piéton (26,3 %). Les femmes se montraient notamment plus sensibles aux enjeux d’accessibilité que les hommes.
À l’inverse, l’esthétique des mobiliers ou l’encombrement de l’espace public recueillaient peu de critiques globales. Ces éléments ont pourtant nourri les demandes des associations de riverains et des services municipaux, soucieux de préserver l’harmonie architecturale de la ville historique.
Les nouveautés : souplesse et sanctuarisation
Le règlement 2026 tente justement de répondre à ces constats. Il introduit un « périmètre de pérennisation » dans le centre-ville pour préserver le tissu commercial existant. Une mesure rassurante pour les professionnels déjà installés.
Le texte prévoit également une réduction de redevance en cas de travaux publics impactant l’exploitation, et autorise désormais l’implantation de terrasses sur emplacements de stationnement, avec platelages spécifiques. Un cadre plus souple donc, mais aussi plus précis, notamment grâce à la création d’un véritable cahier des charges techniques et esthétiques.
Certaines rues seront « sanctuarisées », excluant toute nouvelle création de terrasses. Une première à Bordeaux, demandée par l’UMIH 33, afin de renforcer l’identité urbaine et d’éviter la saturation de zones déjà très fréquentées.
Enfin, une commission consultative des terrasses verra le jour pour suivre et adapter le dispositif dans le temps. Un outil présenté comme évolutif, fondé sur le dialogue continu.
Le bruit, cœur du réacteur des critiques
L’un des apports majeurs concerne la gestion des nuisances. La municipalité se donne la possibilité de réduire les horaires d’exploitation en cas de troubles constatés, et prévoit des sanctions graduées en lien avec la police municipale.
L’enquête ADDDEP de 2024 montrait d’ailleurs que si 70 % des répondants étaient globalement satisfaits des horaires actuels, plus de 80 % souhaitaient des fermetures plus tardives l’été. Une aspiration qui inquiète logiquement une partie des riverains, déjà éprouvés par l’intensité sonore de certains secteurs.
La redevance pourra être diminuée lors d’aménagements anti-bruit (parois acoustiques, stores ou cloisons végétales). Une incitation intéressante, mais dont l’efficacité réelle dépendra des contrôles et de la bonne volonté des exploitants.
Une enquête de terrain qui confirme les tensions locales
Un second document, également joint à la démarche municipale, vient nourrir le débat : les résultats de l’enquête spécifique réalisée par le cabinet ADDDEP (CADDEP) en 2024. Bien que cette étude ne soit pas un sondage scientifique, elle démontre que le centre-ville concentre 94,4 % des terrasses fréquentées par les répondants.
Les catégories socioprofessionnelles CSP+ représentent près de 70 % des participants, ce qui confirme que les terrasses sont avant tout utilisées par une population active, jeune et plutôt aisée. À l’inverse, les plus de 60 ans, beaucoup moins représentés dans l’enquête, sont aussi ceux qui expriment le plus de réserves critiques.
Entre apaisement et réalités urbaines
Sur le papier, le règlement 2026 semble donc vouloir réconcilier tout le monde : clarté, souplesse, végétalisation, outils de sanction. Reste à savoir comment ces principes s’appliqueront concrètement dans les rues étroites du Vieux Bordeaux, où chaque mètre carré est disputé.
Car au-delà des textes, c’est bien la question de la cohabitation qui demeure centrale. Les terrasses sont des lieux désirés par beaucoup, mais redoutés par d’autres. Entre vitalité économique et ville apaisée, Bordeaux continue de chercher le bon tempo.
Une réforme nécessaire mais pas miraculeuse
Le règlement est désormais disponible sur bordeaux.fr et entrera en application par arrêté municipal. Cette évolution était indispensable pour mettre fin aux incompréhensions récurrentes. Elle ne règlera toutefois pas d’un coup de baguette magique les tensions d’usage accumulées depuis des années.
La municipalité prend un risque mesuré : celui de mieux organiser un modèle urbain qui a fait le succès de Bordeaux, tout en tentant d’en limiter les excès. Un pari qui, pour être gagné, nécessitera autant de pédagogie que de fermeté dans son application quotidienne.
Ce qui change avec le nouveau règlement des terrasses
- Entrée en vigueur : le nouveau règlement s’applique à compter du 12 janvier 2026.
- Stabilité pour les professionnels : création d’un périmètre de pérennisation dans l’hyper-centre pour sécuriser les terrasses existantes.
- Nouveaux emplacements possibles : les terrasses peuvent désormais être installées sur des places de stationnement, avec platelages adaptés.
- Règles esthétiques renforcées : mise en place d’un cahier des charges technique et visuel pour mieux intégrer les terrasses au paysage urbain.
- Végétalisation encouragée : les aménagements végétalisés sont favorisés, notamment via des exonérations de redevance pour les jardinières.
- Nuisances mieux encadrées : possibilité de réduire les horaires d’une terrasse en cas de troubles constatés, avec un système de sanctions graduées.
- Dialogue renforcé : création d’une commission consultative des terrasses associant Ville, professionnels et partenaires institutionnels.

Ecrit par La rédaction
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