Le Doyen des conseillers généraux de la Gironde nous a quittés

Pierre Barrau avait 86 ans et il présidait régulièrement la séance qui procédait à l’élection du président du Conseil général en tant que doyen d’âge. Tout le monde aimait son franc parler et ses accents parfois rugueux, sa bonhomie et sa jovialité communicative. Il va laisser à n’en pas douter un grand vide dans le coeur de ses collègues, des coutrillons et des habitants de Porchères. Philippe Madrelle lui a rendu un dernier hommage que nous reproduisons.



Je crois que je garderai toujours en mémoire ce silence glacé qui est tombé sur l’hémicycle du Conseil général lorsque nous avons appris, jeudi dernier, la disparition brutale de notre collègue et ami Pierre Barrau.

Nous ne pouvions alors imaginer que plus jamais nous n’entendrions cette voix forte, si particulière, qui a si souvent retenti au sein de notre Assemblée Départementale.

Depuis l’annonce de sa disparition, nous sommes dans la peine et le deuil et en nous voyant si nombreux à Porchères, dans cette commune qu’il chérissait tant, nous mesurons l’extraordinaire pour ne pas dire exceptionnelle aura de notre ami Pierre Barrau.

Il y a trois ans, nombre d’entre nous étions là, autour de notre ami pour fêter ses 50 ans de mandat de Maire de Porchères.
En totale osmose avec sa commune, Pierre Barrau se montrait toujours tel qu’il était, en toute simplicité, à l’écoute de la misère des uns et des autres et essayant de trouver toujours une solution en adéquation avec son humanité. Le benjamin (Matthieu Rouveyre) et le doyen (Pierre Barrau) de l'assemblée procèdent au dépouillement

Ses réélections continues en tant que Maire de Porchères ou de Conseiller général du canton de Coutras en disent long sur l’affection et la confiance réciproques qui l’unissaient à ses concitoyens.

Pierre est né sous le signe de la meunerie : fils, petit-fils de meunier et meunier lui-même, Pierre était très attaché à ce Moulin que son père lui avait légué en 1946 alors qu’il voulait poursuivre ses études à Paris.

Pendant plus de 50 ans, notre ami va diriger ce moulin avec passion et va nouer des liens solides avec des organismes professionnels et des syndicats, en n’hésitant jamais à prendre de nouvelles responsabilités.
Et ce fut un déchirement lorsqu’en 1997, pour des raisons de santé, il dut se résoudre à vendre son cher moulin. C’était une blessure intime et secrète dont il ne s’est jamais remis.

Personnalité hors du commun, Pierre Barrau a succédé à une autre personnalité ancrée, comme lui, dans ce territoire, Jean-Elien Jambon, Maire de Coutras, puis de Camps et Conseiller général pendant un demi-siècle !

Unis par une authentique fraternité, ces deux hommes se ressemblaient et s’inspiraient mutuellement.
La politique pour eux deux, c’était des valeurs républicaines interprétées au quotidien avec le sens permanent de l’intérêt général et une dimension humaine dans toutes les actions.
Et au chapitre des ressemblances, Pierre Barrau était à l’instar d’Elien Jambon ce puits de science historique dont on aimait tant écouter les anecdotes teintées d’humour, toujours passionnantes et témoignant d’un passé résolument nourri de véritables valeurs et des vertus républicaines.

Il savait tout de la politique sur plusieurs décennies : passionné d’histoire et de ces petites histoires qui font souvent la grande, Pierre Barrau aimait citer les anciens Présidents du Conseil de la 4ième République : Antoine Pinay, Paul Ramadier, Pierre Mendès-France….
Lors de nos sessions budgétaires, ses conversions des francs en anciens francs, en nouveaux francs et en euros étaient devenues un jeu attendu qui avaient le mérite de la distraction et de l’apaisement des débats.

La facétie et l’intelligence avec lesquelles Pierre Barrau jouait ce rôle vont cruellement nous manquer.
Tout au long de ses mandats, porté par les idéaux de Jaurès et de Blum, Pierre n’a cessé de se battre pour donner sens aux services publics locaux, parcourant toutes les étapes de l’électrification et de l’adduction d’eau afin d’offrir au monde rural la même qualité de vie qu’aux urbains. Pierre agissait partout sur le terrain sans jamais compter son temps, sans jamais renoncer. Soucieux de la jeunesse de son canton, de l’avenir de la jeunesse de son pays, notre ami a sans cesse puisé dans la richesse de son héritage républicain pour nourrir son engagement de socialiste et transmettre ainsi sa vision d’un monde plus généreux et plus solidaire.

Derrière sa faconde, son talent d’orateur à l’instar du tribun antique, se dissimulait un homme hypersensible, idéaliste et sentimental.
Humaniste et cultivé, ayant vécu sous trois Républiques différentes, Pierre derrière ses paupières mi-closes, savait observer avec un esprit critique avisé, la danse effrénée de notre monde dans lequel il ne se reconnaissait plus tout à fait.
Sa sagesse naturelle et sa perspicacité dissimulée sous une apparente bonhomie lui auront permis de rester moderne mais sans pour autant renoncer à ses racines villageoises.

Pierre incarnait plus que d’autres, peut-être le dernier en Gironde, cette figure singulière du Conseiller général, attachante, enracinée dans l’histoire, la géographie et la population de son lieu d’élection.

Il aimait passionnément la dimension humaine de la politique ; il colorait ses discours enflammés comme personne d’autre que lui ne le fera plus, de références et d’anecdotes tirées de l’histoire des Républiques qu’il avait traversées.
Il vivait avec inquiétude, mais le même appétit, la même acuité intellectuelle, le même éveil, la même curiosité universelle, les évolutions fulgurantes de notre époque, dont il avait très tôt redouté la mondialisation. Il en toisait le matérialisme avec le scepticisme d’un humaniste en deuil d’humanité. pierre Barrau à Coutras pour les Walters du Sport début juin

Pierre Barrau avait le talent nécessaire pour écrire comme un Alphonse Daudet girondin « les Secrets de Maître Barrau » car le grand amour de toute sa vie aura été son Moulin, ce lieu exceptionnel où ne pouvait vivre qu’un homme de cœur.
Seuls les hommes sensibles et cultivés d’une autre époque, savaient comme Pierre Barrau, utiliser la force naturelle de l’eau ou du vent pour transformer la tranche de pain en tranche de vie.
Pierre fut un élu local avec la beauté de ce qualificatif car il suppose une attention constante à la proximité, à l’amitié et à la fraternité pour ne jamais rompre le lien de confiance entre le peuple et ceux qui le représentent.
Pierre vivait pour vous, pour nous, pour eux et rarement pour lui.
Au cours de sa carrière professionnelle et de son action politique, il n’a jamais recherché les honneurs ni le vedettariat.
Tout le contraire.
Promu Chevalier dans l’Ordre du Mérite Agricole, il était aussi titulaire de la Médaille d’or communale, départementale et régionale pour ses 50 ans de mandat qui récompensait l’Homme simple et droit qui fut aussi celui des devoirs.

Pour lui, la tâche est terminée.
Le cœur a cessé de battre mais cette mission d’élu du peuple qu’il a honorée, demeure la nôtre.

Dans la piété du souvenir, au nom de tous les élus et anciens élus du Conseil général de la Gironde, des agents du Conseil général qui l’ont connu et tant apprécié, en mon nom personnel, je voudrais vous dire combien nous sommes heureux que vous soyez tous, ici, avec nous, pour exprimer votre respect et votre amitié à Pierre Barrau et exprimer l’hommage recueilli de la tristesse et de notre douloureuse affliction à Madame Barrau, son épouse, à toute la famille de Pierre, au Conseil Municipal de Porchères, à la population, à tous les élus du Canton et à ses amis du Groupe socialiste du Conseil général.

Avec Pierre Barrau, c’est une sociologie politique qui disparaît de notre Assemblée. Un de ces élus départementaux qui représentait le sol et l’âme de la diversité française.
C’est une grande et attachante figure de fraternité et de sincérité républicaine qui s’éteint dans nos travées.
Sachons nous inspirer de son exemple dans notre quotidien pour conforter notre éthique et nos convictions.
Nous devons maintenant rechercher dans la spiritualité, dans le souvenir, sa mémoire, maintenant que l’infini nous sépare.

Adieu Pierre ! Va et repose en paix !
Philippe Madrelle

Ecrit par Bernard Lamarque

Co-fondateur de Bordeaux Gazette


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