Le Billet philo : Réapprendre à lire pour exister...

L’ image et le mot… Voilà, dans l’ordre, les seuls modes d’expression que l’évolution a offert aux hominidés pour leur avènement à la conscience. Entre les deux, la préférence pour l’évidence que l’image impose immédiatement à la cognition semble peu discutable. Et pourtant, n’est-il pas vrai que c’est l’élaboration de la grammaire et de l’orthographe qui marque le passage incontestable du tribalisme à la civilisation ouvrant vers notre liberté démocratique ?

Le pouvoir trompeur des images :

Le propos n’est évidemment pas de réduire l’importance sociale considérable de l’image, mais de mettre en évidence la distinction à faire entre la passion émotionnelle, en ce qu’elle a de dyonisiaque et la tempérance rationnelle, en ce qu’elle a d’apollinien. En d’autres termes, l’émotion artistique émane du plaisir voyeuriste de la contemplation tandis que la raison s’échafaude selon le cheminement induit à partir du décodage de prémisses permettant des raisonnements logico-déductifs. En plus d’inviter à l’exercice de la technique de déchiffrage des lettres, de la mémorisation du vocabulaire et de la maîtrise de la grammaire, la lecture permet d’aiguiser notre sens critique. Grâce à ses enseignements en tous domaines, elle nous prémunit contre le conditionnement que ne cessent de générer les médias. Toutefois, par certaines de ses évocations, il arrive qu’elle nous fasse rêver de choses imaginaires, plus ou moins inspirées de la réalité. Certains récits à caractère poétique, romanesque ou religieux, font apparaître dans notre imaginaire des figures de nature à susciter la même subjugation que celle produite par d’authentiques images. Le spectacle mental de ces figures oniriques n’engendre cependant pas de véritables envoûtements microtraumatiques puisqu’elles ne sont pas perçues par notre système sensitif. Néanmoins, elles ne sont pas exempts de danger car elles peuvent figer la conscience dans la contemplativité intérieure et ainsi marquer, à différents niveaux, les strates de notre mémoire.

L’intelligence des mots :

Se préserver des débordements oniriques de la lecture nécessite une certaine maîtrise de soi par le recul vigilant et la critique rationnelle. C’est en ce sens, que la littérature structure notre libre-arbitre en nous apprenant à nous distancer de la séduction des fictions et à débusquer leur dubitabilité. Car succomber à des chimères nous amène à être récupérables par une croyance ou une autre, pouvant conduire au fanatisme. En outre, la lecture permet, aussi et surtout, de découvrir les merveilleuses richesses culturelles du passé. Ainsi par exemple, dans ses « fragments », Héraclite d’Ephèse expose, sous forme de maximes énigmatiques, le recul propre à la philosophie dialectique qu’il enseignait lors de ses promenades bucoliques, en compagnie de ses disciples au bord de la mer Egée.

La liberté citoyenne par la lecture :

Ce précieux héritage ainsi que celui des autres grands penseurs philosophiques qui ont élaboré les règles de la dignité et de la convivialité citoyenne, sont a l’origine du civisme fondateur de nos valeurs démocratiques. D’un abord moins facile et moins séduisant que celui de l’image, ces textes révèlent au lecteur, qui veut bien faire l’effort de réfléchir à leur diverses interprétations critiques, les principes essentiels de la civilisation occidentale encore actuelle.
C’est à ces principes que nous devons notre capacité d’expression sans contrainte et notre existence d’hommes libres et égaux en droit. Si une grande partie de la population continue de ne plus vouloir se soumettre à cet effort intellectuel qu’est lire, qu’adviendra-t-il des générations à venir ? Celles-ci ne vont-elles pas se trouver livrées au cynisme ultra-autoritaire qui régira l’impérialisme des maîtres de l’univers du virtuel ? Quel meilleur moyen pour mieux les dominer que d’abreuver leur inconscience d’éblouissants mirages cathodiques, comme par un retour funeste aux icônes de l’obscurantisme moyen-âgeux ? Seul remède contre l’asservissement, la lecture s’avère un devoir citoyen pour chacun de nous personnellement afin de réveiller d’urgence notre faculté de juger et de faire revivre l’humanisme qui nous distingue des animaux. Sans quoi, la République ne risque-t-elle pas de s’éteindre définitivement en permettant, ainsi, au joug religieux et monarchique de resurgir en force pour soumettre à nouveau le peuple à la misère matérielle et morale ?

Ecrit par Georges S. Zeiller


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