Bordeaux
Pour ce mois de Février ce sont trois nouveaux spectacles qui attendent les amateurs. La vida es sueño, Un chien dans la tête et Le sorelle Macaluso.
La vida es sueño
TnBA Grande salle Vitez Durée 2h00
Du mardi 2 au vendredi 5 février
Mardi et vendredi à 20h30 / Mercredi et jeudi à 19h30
En espagnol surtitré en français
« Hélas malheureux ! Hélas infortuné ! Ô ciel ! Je voudrais savoir au moins, dans mon malheur, quel crime j’ai commis contre toi en naissant ! » Ce sont les larmes amères du plus célèbre monologue du théâtre espagnol. Ce chef-d’oeuvre de l’art baroque, écrit en 1635, tient dans une idée maîtresse : la vie est un songe, toute réalité n’est qu’illusion trompeuse. À l’instar de Shakespeare, Pedro Calderón de la Barca fait sien le questionnement de Prospero dans La Tempête (1611) : « Nous sommes de l’étoffe dont sont faits nos rêves et notre petite vie est entourée de sommeil. » Les protagonistes de l’histoire vont en faire l’expérience. Basile, roi de Pologne, fait enfermer son fils Sigismond. Les astres avaient prédit la mort de sa mère au moment où elle donnerait naissance à leur enfant. Dès lors, à la mort de la reine, le roi se réfugie dans l’occultisme. Endormi par un puissant narcotique, Sigismond devenu jeune homme va lutter, se réveiller et prendre conscience de lui-même. Mais que croire ? La réalité est-elle une fiction ou les rêves sont-ils la réalité ? Helena Pimenta, directrice de la Compagnie Nationale de Théâtre Classique d’Espagne (une Comédie-Française entièrement dédiée au Siècle d’or espagnol), nous prouve que cette oeuvre visionnaire n’a rien perdu de sa jeunesse ni de son souffle. Dans une très juste adaptation de Juan Mayorga, la mise en scène, toute en intensité, se déploie dans des décors et des costumes somptueux. Parmi une magnifique distribution de dix-neuf comédiens accompagnés par un quatuor d’excellents musiciens, Blanca Portillo, interprète de Pedro Almodóvar, Miloš Forman et Alejandro González Iñárritu, pénètre dans la peau du pauvre Sigismond et nous entraîne dans un monde vertigineux.
- La vida es sueño
Un chien dans la tête
TnBA - Salle Vauthier Durée 1h00 A partir de 9 ans
Texte Stéphane Jaubertie - Mise en scène Olivier Letellier
Du mardi 9 au vendredi 12 février
Mercredi à 14h30 et jeudi à 14h / Jeudi et vendredi à 10h30 (séances pour les scolaires)
Mardi et vendredi à 20h / Mercredi à 19h30
Un jeune homme se souvient : « La tête de mon père a commencé à partir et elle a tout emporté ». Petit garçon, il a vu son père perdre la tête. Et comme son père est fou, sa mère dépressive lui a même ordonné d’« effacer les autres ». Mais comment faire face aux regards, aux moqueries cruelles ? La honte s’est installée avec ses conséquences, le sentiment pénible d’infériorité, l’humiliation quotidienne, la souffrance et la solitude. Les souvenirs du Fils émergent et avec eux, renaissent son jardin secret et deux amis imaginaires,enjoués, vifs et chaleureux, qui l’aident à affronter la réalité oppressante : le fils de la Baleine dont la mère est obèse et une fillette effacée, Celle qui reste. Pour aborder ce thème de la honte, cette émotion violente que l’on expérimente tous un jour où l’autre, Stéphane Jaubertie à l’écriture et Olivier Letellier à la mise en scène ont tissé une histoire dans laquelle s’harmonisent conte et théâtre, acteurs et marionnettes,merveilleux et réel. Avec délicatesse, Un chien dans la tête nous rappelle joliment combien il faut prendre au sérieux l’imagination
- Un chien dans la tête
Le sorelle Macaluso
TnBA - Grande salle Vitez Durée 1h10
Texte et mise en scène Emma Dante
Du mardi 9 au samedi 13 février
Mardi et vendredi à 20h30 / Mercredi et jeudi à 19h30 / Samedi à 19h
En italien surtitré en français
L’italienne Emma Dante enfante son théâtre dans les enfers de Palerme la lépreuse dont elle dit que « sa désespérance fait partie du Patrimoine mondial de l’humanité ». Le sorelle Macaluso est un spectacle débordant de vie sur la mort comme seul son esprit créatif peut en concevoir. Entre théâtre, danse et chanson, l’auteure-metteure en scène orchestre une saga familiale dont l’apparente truculence ouvre sur une béance de douleurs non dites. Alignées sur scène, avec leurs corps de femme généreux, imparfaits, chevelus, les sept soeurs jacassent comme des pies, chantent, rigolent, se disputent. Elles veulent aller à la mer, elles en rêvent. Dans leurs petites robes d’été aux couleurs bariolées, en maillot de bain, bouées coincées autour de la taille, elles oublient leurs pastèques au bord de la route, arrêtent leur bus pour cause de mal au coeur…Jusqu’à ce que le jeu enfantin et innocent vire au drame. L’histoire des sœurs Macaluso est une comédie humaine sicilienne où la tragédie fait partie de la vie quotidienne. Loin de tout pathos ou misérabilisme, Emma Dante et ses actrices magnifiques nous offrent un chant terrien, sauvage, incantatoire, qui célèbre le sentiment précieux de la vie. Car comme le disait Pier Paolo Pasolini : « Il faut de l’espoir dans le désespoir ».
- Le sorelle Macaluso

Ecrit par Bernard Lamarque
Co-fondateur de Bordeaux Gazette
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