Un monde meilleur

Le Meilleur des Mondes : Chapitre III

Dernier chapitre du Monde Meilleur.
Un matin, Pierrick s’est réveillé dans une ville inconnue dont les habitants avaient tous disparu.

Pierrick après la solitude d’un monde désert se retrouve planté dans un aéroport dont les voyageurs ne le voient pas. Tous, sauf une.

Celle qui vient de s’exprimer ainsi se tient devant lui. Elle est plutôt grande, elle doit avoir le même âge que lui, les cheveux serrés en chignon, vêtue d’un ensemble blouse blanche sur un teeshirt blanc et un pantalon rouge.

- Ne craignez-vous pas de vous faire remarquer en parlant toute seule. ?

– Ben non ! Puisqu’ils ne me voient pas ! Je veux dire qu’ils ne me voient pas, moi non plus !

-  C’est de la magie ?

-  Non c’est de la physique. Mais, ne restons pas là, on nous écoute. Suivez-moi.
Ils s’éloignent pour s’assoir sur les fauteuils d’une salle d’attente vide.

-  D’abord, ne me demandez pas comment cela est possible, je ne sais plus, j’ai oublié.

-  Comment ça oublié ?

-  Je connais mon nom, Isée Delambre, mais mon passé s’est dilué dans l’espace-temps. Je me souviens juste de la dernière heure avant le black-out. J’étais là, trifouillant l’accélérateur de particules le plus puissant du monde pas un petit cyclotron de merde, bon bref, ce jour-là j’avais l’esprit préoccupé par ma recherche sur l’antimatière. « Où était donc passé cette foutue antimatière » c’était le sujet de ma thèse… en gros … je vous résume... comme vous ne m’avez pas l’air très éveillé. Toujours est-il que je n’arrive pas à m’expliquer pourquoi, mais soudainement je me suis retrouvé là. J’avoue que j’ignore totalement si je suis à l’origine de ce bazar, car les collègues aussi testaient des trucs pas toujours très nets.

-  Comment ça aussi ? Enfin ce n’est pas grave, c’est formidable, vous êtes une scientifique alors vous allez nous sortir de là !

-  Ah ben non, j’ai tout oublié j’vous dis, même le temps de la cuisson des œufs à la coque me laisse perplexe.

Pierrick sent s’évanouir la bouffée d’espoir qui l’avait un instant submergé. La scientifique vient de lui avouer que ses souvenirs s’effacent et ses compétences suivent le même chemin de l’oubli. Elle enlève sa blouse blanche, dernier signe de sa fonction passée de chercheuse. Il lui demande.

- Vous êtes là depuis combien de temps ?

- Sais pas, une heure ? Une heure et demie ? Comment savoir, ce que je sais, c’est que j’ai tout le temps envie de manger… Vois pas bien le rapport, mais c’est un fait…
Pierrick réfléchit à sa propre détention dans le monde vide d’humanité dans lequel il s’était retrouvé avant d’atterrir ici. Il lui semble que cela a duré plus d’une année, peut-être plusieurs. Il lui parle de ses malheurs. Elle explique didactique :

– Ah je vois, vous comme moi, nous avons glissé d’une possibilité de monde à une autre. Vous, un monde où tous les habitants ont disparu, ensuite, un autre où la vitesse du temps est ralentie et enfin une autre dimension que je partage avec vous dans cet aéroport où ils ne nous voient pas. C’est quand même fou, pourquoi nous ? Bon sang, j’ai la cervelle en marmelade ! Notre rencontre va peut-être bouleverser cette espèce de foutu désordre établi.

Pierrick est quand même soulagé de n’être plus seul. Il a à peine soupiré qu’il voit la jeune femme qui disparait petit à petit devant lui comme une image virtuelle qui s’estompe. Il veut la rattraper et tend ses bras vers elle quand il constate que lui aussi disparait.
....

- Isée, tu dors ?

La petite fille sursaute. Elle semble affolée. Elle se lève sur ses petites jambes maigres d’enfant de huit ans. La maîtresse l’examine avec un regard qu’elle voudrait
sévère.

- Je suis étonnée, une si bonne élève ! Que Pierrick dorme, cela me surprend moins, mais toi ma fille ! Qu’est-ce qui se passe ici, c’est cet orage qui vous a perturbé ?

Isée se retourne vers celui qui vient d’être évoqué ; un petit garçon les cheveux en brosse et les yeux effarés, la regarde. Une cloche sonne ; tous les élèves sortent.
Ils courent l’un vers l’autre. Ils sont ensemble, Pierrick et Isée… mais ils ont huit ans !

- M’enfin c’est quoi encore cette merde ! s’écrit la petite fille.

C’est la récréation, les deux voyageurs du temps réfléchissent. Alors comme un voile qui se déchire, le passé ressurgit dans l’esprit de Pierrick. La glycine, le préau, les cris des enfants. Il connait cet endroit.

Pierrick s’écrie :

-  Je me souviens, nous étions dans la même classe ! Je t’appelais Izette , tu détestais cela et tu me donnais des coups de pied. Je te tirais les cheveux.

-  Ce n’est pas vrai, mais c’est ce petit maigrichon de Pierrick ! la mémoire lui revient.

-  Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? s’inquiète Pierrick.
Isée lève les yeux au ciel et au bout de quelques instants :

-  Tu veux mon avis, on revit notre enfance, on en profite et surtout on évite de refaire les mêmes conneries ! Ah ! Et puis, si tu m’appelles à nouveau Izette, je te défonce !

Pierrick est d’accord il lui tarde de revoir ses parents, il vient de se souvenir qu’il les aimait.

Fin.

(Illustration Sandra Bousquet)


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