Bordeaux
Du classique comme spectacle théâtral des élèves des classes d’art dramatique du Conservatoire de Mérignac avec le Professeur et Metteur en scène Gérard David …« Quoi de neuf ? Molière ! » (L.Jouvet )
Alceste, ( Thibault Marissal dont on apprivoisera le nom tant son talent explose)… jeune seigneur d’ humeur ombrageuse, arrive fort en colère dans le salon de Célimène, en compagnie de son ami Philinte, à qui il reproche violemment d’avoir prodigué des témoignages d’amitié à un individu qu’il connaissait à peine.
Alceste, est homme d’esprit passionné est intransigeant. L’exigence de la vérité prime tous les autres devoirs au sein d’une société mondaine dont les rites et les usages sont fondés sur le mensonge. Il s’emporte contre les hypocrisies mondaines et contre l’humanité en général, pour qui il a conçu une effroyable haine qui est d’ailleurs accrue pas un procès qu’il est menacé de perdre, car il se refuse à solliciter ses juges, selon l’usage d’alors, et aussi, nous le devinons, par la coquetterie de Célimène, une jeune veuve éprise des plaisirs de la société dont, par un hasard ironique, il est devenu amoureux, malgré ses défauts.
Aussi n’épargnera-t-il ni la prétention d’Oronte( excellent Mathieu Marmié) , poète ridicule, ni la pruderie d’Arsinoé, coquette mûrissante, ni la vanité d’Acaste ( Subtil Julien Rateau) et de Clitandre (surprenant Yann Ar Branov) , petits marquis à la mode, ni la duplicité insouciante de Célimène, jeune veuve dont il est devenu amoureux. C’est la constance de cet amour qui le place dans une situation intenable : sa passion trop exigeante le détermine à quitter le monde.
Sur un plateau nu, pendrilloné de noir éclairé de subtils effets lumineux, quelques bancs et tabourets et des costumes lumineux, une « brochette » de onze comédiens servent cette pièce avec élégance, énergie, drôlerie et délicatesse.
Plus qu’un « exercice d’école » Gérard David, subtil architecte de la mise en scène, a su tirer de ses comédiens toute la force talentueuse qui doit servir Molière. Beau travail !
Entre Tartuffe et le Misdanthrope, la réflexion philosophique que mène Molière concerne la vaste question du rapport de l’homme et du monde, de l’homme et de la vérité impossible. Le Misanthrope contient une critique de la vie mondaine et plus largement de la société.
Quels sont les vices qu’Alceste reproche au monde dans lequel il vit ? Certes, la duplicité et l’hypocrisie, les démonstrations d’amitié qui sont de purs mensonges, et les éloges dont on accable ceux dont on vient de dire tout le mal possible. Mais, par delà la critique de ces travers humains, Molière dénonce un mal inhérent à la nature humaine, l’amour-propre qui se dissimule sous le masque des usages.
Ce chef-d’œuvre témoigne de l’extraordinaire lucidité de Molière. À la fois Alceste et Philinte, il renonce à proposer un sens univoque aux dépens d’un héros complètement ridicule, afin d’offrir une profonde méditation sur la nature humaine.
Alceste, passionnément amoureux de Célimène, hante constamment son salon. Des incidents vont augmenter la colère initiale d’Alceste : l’affaire du sonnet, le jeu des portraits, l’entrée des marquis importuns, et la découverte du billet doux.
Son explication avec Célimène est sans cesse retardée. Les personnages, chose exceptionnelle, sont ici du même âge et du même milieu, la haute aristocratie.
Contrairement à ce que demande la tradition du genre comique, la scène, loin de rassembler tous les acteurs dans une liesse commune, les voit sortir un à un, laissant le misanthrope dans un isolement lourd de sens.

Ecrit par Pierre Chep
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