Les Danseurs

Les Danseurs : Chapitre I

Benjamin récolte de drôles de fruits dans son jardin.

Benjamin s’était découvert une passion tardive pour le jardinage. Mais tout cela avait commencé au début du printemps, alors qu’il prenait un galopin, petit verre de bière mélangé à de la limonade chez Maxime, au moment de payer, il sentit dans son dos un effluve gelé qui le fit frissonner. Comme un souffle étrange et inhumain. Il se retourna vivement. Devant lui, tout près, un vieil homme lui souriait benoitement. Aussitôt rassuré, il se détendit. L’homme prit la parole.

- Bonjour ! tu es bien le fils de Caroline  ?

- Oui  ! vous l’avez connu  ? répondit Benjamin étonné, car cette physionomie ne lui disait rien.

- Bien sûr  ! une belle femme qui faisait tourner la tête de tous les types du quartier.

Cet aspect de la vie de sa mère l’abasourdit. Il chercha dans le regard du bonhomme une ombre d’ironie ou de mépris, mais il ne vit rien de tel, sinon une admiration rétrospective. Benjamin se souvenait du plus loin qu’il le pût que sa mère fût une femme un peu effacée, au visage frais sans maquillage, sans bijoux et encore moins d’apprêts vestimentaires. «  Sa petite souris grise  » c’était ainsi que son père l’appelait.

- Tu es le fils de Nicolas  ?

- Oui vous l’avez connu lui aussi  ?

- Quand il a rencontré ta mère, elle n’a plus jamais été la même. C’était une fleur exotique flamboyante, il en a fait une ronce. C’est bien triste.

Benjamin qui n’aimait pas que l’on critique son père répliqua vertement.

- C’était son choix.

- Oui, bien entendu et c’est d’autant plus terrible  !

Ces dernières paroles furent prononcées à voix basse sur un ton lugubre.

- Elle a été heureuse, vous savez  !

Benjamin avait presque crié cette dernière phrase, mais un peu gêné, il ajouta  :

- Heureux oui, il l’a rendue heureuse.

- Elle te l’a dit  ?

Le jeune homme hésita.

- Non, mais cela se voyait.

- Elle éclatait de rire souvent  ? Elle chantait  ? ...Elle dansait  ?

- Chantait  ! non, rien de tout cela...mais elle était..., de toute façon c’était son choix. Rien ne l’empêchait…

L’homme dont les fins cheveux blancs flottaient sur ses épaules comme des plumes scrutait le visage du jeune homme de ses bons yeux gris d’oiseau de proie.

- Tu vois, tu n’en es plus très sûr. Mais passons  ! ce temps est révolu, ils ne sont plus de ce monde, ils sont morts tous les deux, il ne reste que les regrets...

- Quels regrets  ? clama Benjamin.

- Oh ce n’est rien, le passé c’est le passé  ! mais je voudrais te faire un cadeau.

Il plongea sa main dans sa poche et en retira une poignée de graines qu’il déposa délicatement sur le comptoir. Benjamin se retourna étonné, mais l’homme devança sa question.

- Tu as un jardin n’est-ce pas  ?

- Oui, un tout petit carré de verdure, juste ...

- Cela suffira largement  ! N’oublie pas, promets-moi d’en prendre soin et de les planter avec amour dans ton petit jardin.

Le ton à la fois doux et autoritaire de l’homme au regard pénétrant intimidèrent le jeune-homme qui répondit

- Oui, je veux bien...

Il commença à ramasser délicatement les graines et quand il releva la tête, le vieil homme avait disparu. Maxime le patron s’approcha de lui.

- Quel drôle de type  !

Murmura Benjamin. Le patron tourna la tête en tous sens.

- Quel type  ? il n’y a personne  !

- Celui qui était là près de moi, qui m’a parlé...

- Bah, il n’y a que toi et Sosyme là-bas qui dort sur sa chaise et je me demande d’ailleurs comment il ne se casse pas la figure  ! Dis donc, ne me laisse pas tes cochonneries sur mon comptoir  !

Il parlait des graines qu’il voyait dans la main du jeune homme.

- Je te sers un autre petit galopin  ?

- Non, merci j’y vais.

Il enfila son manteau et sortit pensif rejoindre sa maison. Le patron aurait dû voir le vieil homme...tout cela était bien étrange, s’il n’y avait pas eu les graines dans sa main, il aurait pu croire qu’il avait rêvé.

Ecrit par Marie-Laure Bousquet

Je suis rédactrice à Bordeaux-Gazette depuis 2016 où j’interviens le plus souvent dans les rubriques sur le théâtre, la culture, ou l’Art de vivre. J’alimente aussi la rubrique roman-feuilleton « Et si je vous racontais » avec des nouvelles fantastiques ou d’anticipation.


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