Les Danseurs

Les Danseurs : Chapitre III

Benjamin récolte de drôles de fruits dans son jardin. (3ème et dernier chapitre)

Le lundi fut agité, Benjamin ne pouvait s’empêcher de lever les yeux vers son jardin à travers la fenêtre. Chaque fois, c’était une foule de questions effarantes qui l’envahissait en même temps qu’un éblouissement de voir toutes ces merveilleuses plantes et ces fleurs qui avaient poussé en une seule nuit !

À midi, il dévora rapidement une salade de thon pour se remettre au plus vite à son travail. L’après-midi s’écoula dans la fébrilité. Quand le soir descendit, Benjamin sentit au fond de lui qu’il allait se passer quelque chose. Ce sentiment se renforça quand la lune pleine éclaira de sa lueur blanche et dorée tout le jardin. Tout à coup, un couple de tourterelles se posa sur le puits. Quel puits ? Il n’y avait jamais eu de puits dans son jardin ! Aussitôt suivit une famille de merles qui vint se percher sur le buisson grimpant de passiflores accompagné de deux grosses pies qui choisirent les branches d’un petit arbuste de pivoines rouges. Une tension terrible submergea Benjamin. Il sortit, l’air sentait le jasmin et le miel.

Une musique s’éleva et aussitôt une force le repoussa, il s’effondra sur la chaise du jardin qu’il n’utilisait jamais. Il ne pouvait plus bouger.

La valse surgie du passé et du néant s’éleva si nettement que l’orchestre semblait tout prêt, tout en restant invisible. Benjamin pensa qu’il s’agissait d’un rêve, il décida de se laisser aller à ce moment intensément beau. Il avait oublié l’homme bizarre qui lui avait offert ces petites graines qui avaient donné naissance à ce si magnifique jardin. Il pensa que probablement, demain, il retrouverait sa pelouse bien rase et bien verte. C’est alors qu’apparut devant lui à quelques mètres un couple de danseurs. Un homme vêtu d’un costume noir au bras d’une jeune femme magnifique toute en blanc. Les volants de la robe ressemblaient à des pétales délicats qui voletaient autour d’elle. Ses cheveux châtains et longs se soulevaient comme des papillons sur ses épaules. Benjamin ne distinguait pas très bien son visage, quand il l’aperçut vraiment au détour d’une figure de danse, il ne la reconnut pas tout de suite et pourtant ce visage si jeune et si joyeux lui était familier. L’homme, à n’en pas douter, était celui qui lui avait donné les graines et qui lui avait parlé de sa mère. L’homme était bien plus jeune que lors de leur rencontre ; un beau visage aux grands yeux gris avec une chevelure un peu longue et brune. Le couple tournait, valsait, il pouvait entendre leur rire et il pouvait voir la joie sur le visage de la jeune femme qu’il avait enfin reconnut, c’était sa mère, sa mère très jeune comme il ne l’avait jamais connu ! Ils cessèrent de tournoyer et dans le silence la femme se mit à chanter. Sa voix était claire et douce, une voix de gorge bien timbrée. Benjamin n’en revenait pas. Cette femme avant d’être sa mère avait été un magnifique soleil irradiant la joie de vivre. L’homme applaudit. Il se pencha sur le visage de la femme pour l’embrasser et ils disparurent tous les deux.

La fraicheur nocturne le fit frissonner. Il ne rêvait pas, il était bien là, assis dehors. Benjamin se demanda soudain si cette scène venait du passé ? pourquoi voyait-il cela ? Il se leva péniblement tout engourdi. Il s’approcha et comme on entre dans l’eau, il s’avança au milieu de cette profusion de fleurs magnifiques. Laissant ses mains caresser les plantes, peut-être pour s’assurer qu’elles étaient bien réelles, il constata soudain en se retournant que les fleurs commençaient à flétrir, à faner et à tomber en poussière. Horrifié, Benjamin se retrouva seul au milieu d’un terrain nu.

Il sentit des larmes monter, mais quelqu’un sonna à la porte.
C’était Johanna. Elle lui sauta au cou et lui un peu gêné recula. Il était encore sous le choc. Elle ne sembla pas remarquer cet étrange comportement. Elle pénétra aussitôt dans son bureau et vit par la fenêtre le jardin retourné.

- Tiens, tu as fait du jardinage ?

- Heu, oui, enfin non, je n’ai pas fini.

- Oui je vois, il faut que tu plantes des fleurs !

- Oui, probablement.

Elle sortit dans le jardin. Alors une musique qu’il avait déjà entendue s’éleva dans le silence de la nuit. Johanna se retourna.

- D’où ça vient ça ?

- Je ne sais pas.

Le jardin instantanément, se couvrit à nouveau de fleurs merveilleuses. Johanna n’en revenait pas, quand elle se mit à tournoyer sur elle-même. Elle s’arrêta un peu prise de vertige. Elle était coiffée d’un chignon d’où des mèches blondes s’allongeaient sur ses épaules et portait une robe longue blanche. Benjamin, lui-même était vêtu d’un costume et d’un nœud papillon noir sur son col. Ils se regardèrent abasourdis et soudain une envie de danser, une envie irrépressible les saisit. Ils se mirent à virevolter comme des fous au rythme de la musique. Au début ce fut agréable, ils se laissaient porter et bientôt des femmes venues d’on ne sait où surgirent et se mirent à danser autour d’eux. Les minutes se changèrent en heures, sans qu’ils puissent s’arrêter seulement pour se reposer. Ils n’en pouvaient plus, alors Johanna s’effondra et bientôt ce fut le tour de Benjamin.

Johanna disparut. Comme cela, tout d’un coup, sans comprendre quel sens cela pouvait avoir, Benjamin se retrouva seul, effaré. Il se rassit sur la chaise du jardin, essayant de réfléchir. C’est alors que devant lui sur un écran virtuel, un étrange film se déroula. Il vit le temps qui défilait à une vitesse accélérée. Johanna qui se mariait avec Simon. Visiblement, ils avaient un enfant ensemble, un petit garçon. Et les années passaient et Johanna si joyeuse et pleine de vie s’éteignait comme une petite chandelle en manque d’oxygène et le petit garçon grandissait et il vivait là tout seul. Alors le temps cessa et se figea.

Benjamin se secoua comme après un cauchemar. Il se leva péniblement et entra dans cette maison qui n’était plus la sienne. Tout avait changé. Il entendit du bruit dans la cuisine. Invisible pour lui, il passa à côté du jeune homme, le fils de Johanna.

Il était épuisé. Passant devant un grand miroir il se vit. Il était vieux, ses cheveux avaient blanchi. Sur un porte-manteau, il vit un pardessus usé qu’il avait déjà vu. C’était celui de l’homme qui l’avait accosté et qui lui avait donné... instinctivement, il plongea sa main dans les poches et presque sans surprise, il trouva des graines ....

FIN

Illustration tableau de Raoul Dufy (la fée électricité)

Ecrit par Marie-Laure Bousquet

Auteure de romans à suspense ainsi que de romans d’aventures, je suis rédactrice à Bordeaux-Gazette depuis 2016 où j’interviens le plus souvent dans les rubriques sur le théâtre, la culture, ou l’Art de vivre. J’alimente aussi la rubrique roman-feuilleton « Et si je vous racontais » avec des nouvelles fantastiques ou étranges.


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