Arcachon

Pas de Lune de Miel pour les abeilles

Dans les armoiries de la ville d’Arcachon... une ruche, bourdonnante d’abeilles !
L’abeille est un attribut héraldique qui compte ; sa symbolique est particulièrement riche. Ainsi, le blason de beaucoup grandes villes comportaient obligatoirement trois abeilles : attribut de la monarchie, particulièrement sous Napoléon III en recherche de légitimité. Mais en nombre autour du ruché, c’est un modèle d’organisation, un symbole de cohésion sociale ; celui de la maison aussi, rassurant, protecteur. Également synonyme d’acharnement au travail, c’est donc l’énergie vitale ; par extension, emblème de l’industrie. Enfin, bien sûr, elle peut être tout simplement liée à une activité apicole.



Le Blason d’Arcachon
Une ruche, bourdonnante d’abeilles dans les armoiries de la ville d’Arcachon

Et dans ce cas précis, les hyménoptères (ordre d’insectes le plus évolué) reflétaient bien une intense activité apicole dans les futaies alentours. En effet, autour d’Arcachon, la forêt usagère (proche de l’état de forêt primaire) abritait des essaims qui donnaient un miel excellent : de bruyère cendrée ou callune, de bourdaine… et, de manière plus confidentielle, d’arbousier, aussi de châtaigner. Le Sud ouest, plus généralement, offre des essences florales aux butineuses durant une période assez longue de l’année.
Or en 2016, qui ne s’avère pas du tout un bon millésime, certains apiculteurs sont passés de 40kg à 2kg de production de miel, ces ruches n’ayant même pas réussi à amasser une quantité suffisante pour les mois d’hiver... Bordeaux gazette enquête sur l’apiculture en Aquitaine à la veille du Congrès de Clermont Ferrand qui se déroulait ce week-end et juste après la journée de l’abeille noire, organisée dimanche 23 octobre à Bidaray.
Au Pays basque précisément, l’abeille noire aimablement appelée aniere ederra (jolie dame !), tenait aussi un rôle important. Par exemple, à l’occasion de la mort d’une personne, quelqu’un de la famille ou le premier voisin allait taper sur le couvercle des ruches de la maison et parlait aux abeilles : ainsi on pensait qu’elles faisaient plus de cire, qui était ensuite brûlée sur la tombe … ou même qu’elles accompagnaient l’âme des morts. Voilà pour la petite histoire de la « mouche à miel »…

L’ABEILLE. Mais de quelle abeille parle t-on ?

L’abeille mellifère comprend vingt sous espèces regroupées en quatre rameaux : A, O, C, M. 
Ce dernier se divise encore en quatre, dont Apis mélliféra mélliféra, la fameuse abeille noire qui est l’abeille sauvage, autochtone en Europe (se rencontre donc en France, Angleterre…). Elle même est formée de cinq écotypes (méditerranéens, subméditerranéen ...)
Cette variété européenne indigène fait l’objet aujourd’hui d’actions de conservation, portées ici par une association d’apiculteurs, aidés par le conservatoire des races d’aquitaines (voir site régional des races en conservation : www.racesaquitaine.fr). Il y a une vingtaine d’année, un mouvement a vu le jour pour la sauvegarde des populations d’abeilles noires. Des conservatoires se sont crées : sur l’Île d’ Ouessant en premier, puis dans les Cevennes, l’Ile de france, la Loire … et récemment en Pays basque.
Durant cette journée de l’abeille noire (Euskal Erlea Belza en Euskara) nous interrogeons Michel Setoain (trésorier) très actif au sein du conservatoire de l’abeille noire d’Itxassou :
- Bordeaux gazette : reste t-il vraiment des abeilles sauvages ? Génétiquement pures ! Et quelles particularités Euskal Erlea Belza présente t-elle par rapport à d’autres écotypes ?
- M. Setoain : Bien sûr il y a eu de nombreux croisements d’abeilles sur le terrain, mais l’intérêt d’un conservatoire est de trouver et de préserver des individus génétiquement pures (certains critères permettent de le vérifier, notamment au niveau des ailes...) ; ceci avec l’aide d’apiculteurs du Pays basque sud qui ont déjà bien avancé sur ce travail de sauvegarde. Maintenant, la plupart travaillent avec des abeilles noires. Étant donné les conditions climatiques océaniques de notre région, non seulement d’humidité importante, mais surtout de grandes variations thermiques, même au cours d’une journée, E.E.B. est mieux adaptée que les abeilles caucasiennes ou italiennes introduites en France par nombre d’apiculteurs et pour multiples raisons (réputées plus productives en miel ou en propolis ou plus douces… encore faudrait il en débattre d’après les défenseurs de l’abeille noire !!)

Les Apiculteurs

Chacun d’eux, en fonction de leur production, ont des exigences particulières. L’homme s’est très anciennement mêlé de la vie des abeilles… pour le meilleur ou pour le pire ?! De nos jours, en Aquitaine, plus de 50 % du cheptel régional conduit par des apiculteurs professionnels se compose de :
- 130 travaillant à temps complet, avec des élevages de 150 à à 300 colonies ;
- 70 à temps partiel (70 à 150).
Les apiculteurs de loisir conduisent l’autre moitié.
De tout temps et dans toutes les régions, les fermes détenaient quelques ruches qui donnaient plus ou moins de miel familial, sans trop de travail. Aujourd’hui, en ville comme en campagne, un grand nombre d’amateurs, à coté des professionnels, entretiennent un rucher avec passion.
Celui qui désire s’initier peut se rapprocher d’un apiculteur de son voisinage ou mieux : des ruchers écoles offrent une formation, un accompagnement intéressant. Celui de Cambo forme de nombreux apiculteurs, dans un rayon d’une quarantaine de kilomètres.
Jean Jo Salette, installé en vallée de Cize, élève ses abeilles au dessus de Saint Jean Pied de Port ; « Originaire d’Osserein où mon père agriculteur détenait des ruches, j’ai débuté cette activité en 1986, après avoir suivi des cours à Saint Pé ». Lycées agricoles, ruchers écoles, comme celui de Gélos dans le Bearn… distillent ce savoir à la fois ancestral et technique. L’apiculture, semble un passe temps privilégié… mais pas que !

Des apiculteurs du rucher école de Cambo

Amour vache ou Lune de Miel

De 10000 fleurs butinées, naît une goutte de miel : poétique non !? Mais dans le monde agricole moderne, une seule préoccupation : le maintient ou l’augmentation des volumes. L’apiculture n’échappe pas à cela : introduction de sous espèces étrangères et de lignées hybrides pour obtenir des ruches populeuses avant les grandes floraisons, appelées miellées, enfin d’engranger le maximum de miel.
Ainsi, les pratiques modernes peuvent stresser les abeilles (déplacement des ruches, enfumages, traitements toujours plus nombreux …) ; les fragilisent. La quantité de miel produite, ainsi que sa qualité s’en ressentent.
Bordeaux- gazette : De quoi a besoin l’abeille ?
Intervenants du rucher école de Cambo : d’eau et d’un certain nombre de produits… qui constituent les productions de la ruche. En voici la liste :

  • - La cire dont on connaît l’utilisation par les abeilles, afin d’abriter les pontes de la reine. Essentiellement utilisée pendant des siècles, elle se trouve concurrencée par des produits de synthèse et donc son utilisation décline à l’orée du siècle dernier.
  • - Les miels  : monofloraux (acacia, tilleul… et de grandes cultures tel que colza ou tournesol) et polyfloraux (toutes fleurs, de forêt, de montagne). Ils sont constitués du nectar que les fleurs fabriquent pour attirer les polinisateurs ; se composent de 75 % d’eau, de beaucoup de glucides et aussi les enzymes salivaires des abeilles, qui récoltent ce nectar et le transforme, dans le but d’en faire des réserves pour les mois d’hiver où elles ne peuvent butiner. Il est mis à l’honneur à partir du 20ème siècle (c’était auparavant un produit médicinal) ; aujourd’hui plus que jamais l’apithérapie retrouve ses droits ; notamment, il est réutilisé en clinique comme cicatrisant et antiseptique. Très lié à la notion d’alicament : aliment / médicament, dans un usage plus domestique.
  • - La propolis : résine végétale produite par les bourgeons et transformée par l’abeille.
  • - La gelée royale qui nourrit la reine et les jeunes pendant leurs premiers jours.
  • - Enfin, le pollen offre une source de protéines à l’insecte et à l’homme qui s’en nourrit.

Les français, amateurs de miel en consomment toujours beaucoup, ainsi que ses produits dérivés.

Pain d’épice, vinaigre, huiles essentielles… hydromel apprécié des bretons.
Pour la petite histoire : l’hydromel, chez les germains, était consommée par les époux pendant la « lune (un mois, un cycle lunaire) de miel » (substance édulcorante, aux vertus aphrodisiaques et réputée pour augmenter la fécondité) et le voyage de noce, temps pour couper avec l’environnement familial, sorte de voyage initiatique. Hydromel, tout est dit dans le mot : composé d’eau et de miel, cette boisson fermentée est une des premier alcools que l’homme ai bu (des traces aux alentours de 7000 ans av JC). La fermentation alcoolique, réaction exothermique comparable à celle du vin, transforme les sucres du moût en alcool éthylique sous l’action de levures, endogènes insuffisantes et donc exogènes ajoutées ; sont également ajoutés des sels nourriciers absent du miel . On utilise plutôt des miels clairs : d’acacia de colza ou de tournesol… mais surtout de bonne qualité et dans des proportions variables en fonction du produit désiré (sec, doux)… le vin des dieux !

Mais revenons sur terre ; la quantité produite de cette panacée universelle, qu’est le miel, a baissé : en 95 / 32000 tonnes ; en 2011 / 20000 t ; en 2014 : 10000 t… soit une diminution de 50 % à 80 % de la production nationale. 30 % des ruches périssent chaque année , même si le nombre d’apiculteurs est repassé à la hausse en 2014 (70000 apiculteurs et 1,3 m de ruches). Le bilan de la situation est inquiétante depuis de nombreuses années – nous vous ferons grâce de ce qu’en pensait déjà Einstein ! Pourtant, depuis deux, voir trois décennies, on entend des chiffres toujours plus alarmants sur la mortalité des abeilles domestiques.

Ne pas confondre frelon, frelon et frelon !

Quand à l’abeille sauvage, pourtant originellement mieux adaptée à son milieu, elle est bien sûr tout aussi menacée par :

  • - les intoxications aux pesticides ;
  • - la pression climatique ;
  • - le parasitisme du veroa, depuis déjà plus de 25 ans ;
  • - la prédation par le frelon asiatique (débarqué en Aquitaine en 2004) ;
  • - diverses pathologies encore ;
    Voir plus atteinte encore par :
  • - la famine, due à la destruction de la flore mellifère sauvage concurrencée par les cultures ;
  • - et d’autres dangers spécifiques tels que le manque de sites naturels du fait de l’urbanisation galopante ; la pollution génétique par des sous-espèces étrangères et les hybrides d’abeilles
    domestiques crées à des fins « productivistes »…
  • - ainsi qu’une absence de protection légale, contrairement à l’abeille domestique ( loi Lefol* 2013)

* Victoire de l’Union Nationale des Apiculteurs de France qui se bat depuis des années face à la mortalité grandissante des abeilles domestiquées. En 2013 : Stephane Lefoll, ministre de l’agriculture envisage le Plan de Développement Durable pour l’apiculture (interdiction de produits phytosanitaires tel que les néonicotinoides pendant deux ans) ; mais la résistance du lobby agricole est tenace… Or pendant que les rapports et les conférences pullulen, la mortalité continue d’augmenter !! N’oublions pas que 80 % des plantes cultivées dépendent des pollinisateurs , surtout de l’abeille.

Que peut on faire ? Bien sûr le bio gagne du terrain chez les apiculteurs… mais à la même vitesse que dans tout le reste de l’agriculture !! Des ruches écologiques de pollinisation, de biodiversité sont mises en place. Nombre de particuliers amateurs tentent l’aventure du miel… ou même certains apiculteurs repentis ne prélèvent plus de récolte : que pensez vous de laisser le miel aux abeilles ? Pour plus de réflexion sur le sujet, à lire :

« Abeilles sauvages, les connaitres, les accueillir, les protéger » Vincent Albouy / Delachaux & Neslé)

Ce livre m’a été conseillé par une amie de la nature, Francoise Brangé ; elle accueille une ruche dans son jardin arcachonais, juste pour observer ce monde merveilleux des abeilles. C’est un excellent moyen de militer en faveur de l’écologie. Pour ceux qui désire tenter leur chance, encore un ouvrage, simple :

« Une ruche au jardin » Henri Clément / Rustica

« Dans les moments difficiles, la seule sagesse est l’optimisme »… à vos bournacs !

Ecrit par Vassof


Recherche

Nous suivre

Vous pouvez nous suivre sur les différents réseaux sociaux ci-dessous!


Newsletter!

Recevez directement le nouvelles actualités de Bordeaux Gazette.

Bordeaux Gazette Annuaire

Et si je vous racontais...

Chapitres : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12 - 13
Le Crime de la Pizzéria

Chapitres : 1 - 2 - 3 - 4 - 5
Jeanne et Gédéon

Chapitres : 1 - 2 - 3 - 4 - 5
On ne sait jamais de qui l’on peut avoir besoin

Chapitres : 1 - 2 - 3 - 4
Et cum animo

Chapitres : 1 - 2 - 3
Une Vie de Chat

Nous suivre sur Facebook

Agenda