Bordeaux

RANCINAN et Caroline Gaudriault dialoguent à l’institut Bernard Magrez jusqu’au 9 juin 2019

« Festin », tel est le thème de l’exposition consacrée aux deux artistes Gérard Rancinan, photographe, et Caroline Gaudriault. Les espaces de l’institut de Bernard Magrez se prêtent magnifiquement à la mise en scène de leurs œuvres. Caroline Gaudriault écrit des textes qui font miroir aux monumentales photographies de Gérard Rancinan.

Le visiteur est accueilli par une représentation de la cène à la manière de Gérard Rancinan. Treize hommes portent le costume noir des hommes d’affaire, un carton sur la tête enfoncé jusqu’au cou, obstruant leurs organes des sens l’odorat, la vue, le goût et l’ouie. Que s’échangent ces individus ? Des billets de banque. Au dessus d’une grande table blanche, l’argent sale se passe de mains en mains, ni vu ni connu pourvu que l’on s’enrichisse. Le ton est donné, le photographe caricature la financiarisation de la société et le royaume de l’argent. La photographie est parfaitement léchée, esthétiquement parfaite, cependant le malaise ne peut qu’envahir le spectateur face à cette évocation.

DECADENCE ou L’apothéose des modernes

Des œuvres beaucoup plus baroques, telle « Décadence » ou « The feast of barbarians » mettent en scène de nombreux et divers travers de l’être humain. La spiritualité ou plutôt la religion est tournée en dérision. Un pape au milieu d’une orgie de corps, d’hommes ou de femmes déguisés nous rappelle des événements récents. Les questions du genre, de la sexualité, du sexe sont ainsi évoquées dans une vision à la fois décadente et nihiliste. Que font tous ces jeunes individus tous beaux et riches ? L’ennui semble tant les envahir que leurs yeux fixes et vagues ne cherchent même plus de sens à leur existence. Encore des œuvres magnifiques d’esthétisme, de précision, le noir et le même fond blanc pur dominent. Quelques touches de rouge dans le détail des chaussures, des fruits tombés au sol signalent la violence d’une telle décadence. Gérard Rancinan, orchestre ses mises en scène en jetant magistralement de multiples objets épars que le visiteur découvrira petit à petit dans l’observation minutieuse. Ainsi, une télévision des années 60, des colonnes corinthiennes, des toges romaines, des vêtements contemporains montrent que luxure, décadence, traversent les époques et qu’inexorablement rien ne change.

Chaussure d’une installation (Décadence)

Plusieurs œuvres beaucoup plus colorées sont consacrées à la culture américaine. « The big supper » est composée d’un festin pour des personnages obèses portant des vêtements de couleurs franches rouge, jaune, bleu ou encore le rose typiquement américain des années 60. Au centre, un cuisinier mince et ascète ne mange que des pommes coutant plusieurs centaine de dollars. Tout ceci met en exergue la névrose qui s’installe face à la nourriture pour de nombreux individus. Quant à l’œuvre photographique « Salome in Wonderland », elle met en scène une tête de Mickey avec une blessure sanguinolente et un clou enfoncé dans la tête. La société américaine, la mal bouffe, la société de loisir, ou de consommation de culture mainstream sont ici dénoncées. Dans la photographie le visiteur rencontre toujours le même esthétisme, le même fond blanc pur et la violence qui est ici symbolisée par une mitraillette. Allons- nous connaître ou connaissons-nous la guerre de nouveau pour se nourrir ?

Les surréalistes Tirage argentique 180 x 288 cm

Parmi ces monumentales scènes photographiques composées par Gérard Rancinan, les textes de Caroline Gaudriault apportent un peu de poésie. Une suspension de multiples papiers japonais à message instille légèreté, calme, une respiration. Nous entendrions presque le vent qui souffle dans un jardin asiatique. Cependant, ne nous laissons pas emporter il y a aussi la dureté de message tel que «  le festin célèbre tout le plaisir avant d’être instrumentalisé pour des causes plus politiques   ».

Installation calligraphique de Caroline Gaudriault

Grâce à cet ensemble d’œuvres photographiques et textuelles le visiteur pourra appréhender facilement le sens de cette exposition qui dénonce la vacuité d’une société matérialiste. L’œuvre « Batman Family Boys », est une des plus emblématiques. Elle représente un couple richissime et ses garçons miniatures des adultes postés tels les daltons, devant l’immuable table blanche. Cette photographie contient tous les symboles de la « réussite » sociale le caviar mangé par le chien, le sac et le foulard d’une grande marque de luxe, des portraits ancestraux du XVI ou XVIIe etc.. Esthétique, dépression, absence de communication et ennui transpirent de ce tableau, nous donnant peu envie de partager leur existence de « pauvres gens riches ».

Batman Family Boy Tirage argentique 245 x 345 cm
Collection Privée Claude Broll

L’ensemble des oeuvres de cette exposition « Festin » fait appel aux compositions classiques des tableaux des temps anciens sur un media très moderne la photographie en utilisant des technologies high-tech. Ici tout est contraste et opposition dans un esthétisme parfait.
Toutes les photos de l’article sont d’Aurélia Thévenin


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